L’enfant de chœur quêteur sur sa boîte à musique

Voici un petit enfant de choeur quêteur découvert au hasard de l’inventaire des églises du secteur pastoral de Coligny qui vient nous apporter un peu de rêve, et de souvenirs pour certains, avant Noël.

 

Il s’agit d’une petite poupée de 50 cm de haut, au corps de chiffon et de paille avec le visage et les mains en cire, les yeux en verre de couleur bleus, et les cheveux blonds naturels. Elle est revêtue d’un costume d’enfant de choeur d’autrefois composé d’une soutane rouge recouverte d’un surplis en tulle et dentelle, et d’une calotte rouge sur la tête.

 

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Le personnage surmonte une boîte en bois cubique de 23 cm de côté, à laquelle il se trouve attaché par une tige en fer glissée de manière invisible dans sa chausse gauche, lui permettant de pivoter sur lui-même autour de cet axe. Une clé de remontage dépasse d’un côté de cette boîte. A ses côtés, un grand conduit en métal plutôt inesthétique s’élève depuis la boîte en bois et se termine en haut par une bourse en tissu rouge confectionnée autour de l’ouverture.

 

Malheureusement, le mécanisme de ce personnage était encrassé et gêné par une pièce métallique introduite de manière fortuite ; l’enfant de choeur ne chantait plus… Un nettoyage minutieux a permis de le remettre en état de marche.

 

Sur un air de Noël…

 

A l’intérieur de la boîte en bois se trouve un système ingénieux bricolé artisanalement. Tout commence par le mécanisme d’une tapette à souris, avec une languette de métal sur laquelle vient frapper la pièce glissée dans le conduit en métal, et qui déclenche par un ressort une petite boîte à musique à 39 lames se soulevant au fur et à mesure de la rotation des ergots du cylindre métallique. Deux mélodies alternent en commençant par une version rapide de « Il est né le divin enfant » suivie pour la seconde pièce, d’un cantique de Noël retrouvé dans un manuel de chants de 1919 intitulé « Dans cette étable », sauvé de l’oubli grâce à la mémoire et aux talents musicaux du Père Jacques Cail, Archiviste et mélomane de l’Evêché, que nous remercions chaleureusement.

A côté, une pile de 4,5 volts d’une ancienne lampe de poche est reliée par des fils électriques au ressort de la languette et alimente une ampoule éclairant la plaque rouge située sur le dessus de la boîte en bois. A chaque pièce glissée, l’ampoule devait s’éclairer d’une lumière rouge en même temps que la boîte à musique chantait ses cantiques de Noël, au volume amplifié par la caisse en bois, provoquant sans aucun doute l’émerveillement des enfants.

 

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Un exemplaire très rare

 

Il s’agit donc d’un enfant de choeur quêteur, qui est à rapprocher des anges quêteurs qui inclinent la tête en signe de remerciement quand on leur glisse une pièce de monnaie. Il était placé devant la crèche de Noël jusque dans les années 1950-1955 d’après les paroissiens.

 

On connait deux autres automates de ce type en France. L’un est présent dans les collections du musée départemental d’Art Sacré de Pont-Saint-Esprit où il surmonte une boîte à musique de 4 airs de Noël qui se met en mouvement lorsqu’on glisse une pièce de monnaie entre les pieds du personnage. Le conservateur, M. Alain Girard, pense que cette statuette est à rapprocher des quêtes de Noël que faisaient les enfants de choeur dans les paroisses au XIXe siècle. De jolie facture, appartenant peut-être aux productions de cires provençales, elle a fait partie d’un don de 14 statuettes religieuses en cire par Paquita et Etienne Lefebvre en 1987. L’enfant de choeur a été récemment présenté au musée de Fourvière pour l’exposition de fin 2007 intitulée L’enfant, le jeu et Dieu : de Louis XIII à Baden Powell.

L’autre exemplaire a été acheté en 1983 chez un antiquaire par l’association « Trésors de Ferveur » de Châlon-sur-Saône. Il proviendrait d’un couvent de Visitandines et ressemble à l’exemplaire de l’Ain même s’il lui manque la calotte et le tronc sur lequel il était fixé. Celui-ci porte une bourse de velours rouge entre ses bras, dans laquelle nait un tube en carton sous la soutane rouge, conduisant les pièces au tronc.

 

L’exemplaire présenté aujourd’hui est le seul que nous ayons retrouvé dans les églises de l’Ain jusqu’à ce jour, ce qui le rend tellement précieux et intéressant. D’autant plus que son matériau en cire le rend fragile. La grosseur disproportionnée du conduit n’est pas très heureuse car elle accentue l’aspect mercantile de l’objet, mais on peut apprécier son minois enfantin et la justesse de reproduction de l’habit des enfants de choeur.

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L’enfant de choeur quêteur, propriété du diocèse, a été inscrit Monument Historique lors de la dernière Commission départementale des Objets Mobiliers (CDOM) de l’Ain et une demande de classement a même été déposée au niveau national.

 

A-t’il suscité des vocations d’enfants de choeur ? Nous n’en savons rien. Mais nous savons qu’il a au moins eu le mérite d’amuser les plus jeunes qui se souviennent encore de leurs jeux pour faire chanter la boîte à musique à l’aide de bâtons ou d’épis de blé… en cachette pendant la messe !

 

Violaine Savereux
Chargée du patrimoine mobilier diocésain
Service diocésain de l’Art Sacré

source : EPA n°21 du 19/12/2008

 

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