Le nouvel autel de la Basilique d’Ars : Mario Rudelli, 8 décembre 2009

Histoire et regards sur un autel

Le 8 décembre dernier, jour de l’ouverture du Jubilé à Ars, le nouvel autel de la Basilique fut consacré par le nonce apostolique en France, Mgr F. Baldelli. Retour sur un projet…

 

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Un nouvel autel pour la Basilique d’Ars ! Pour une église, à fortiori une Basilique, c’est un événement ! Avec le tabernacle, c’est vraiment le lieu focal de l’église, le lieu du sacrifice où Dieu se donne et se rend présent… Toute l’architecture de l’édifice et les célébrations qui s’y déroulent sont centrées sur l’autel ; les regards et le coeur de chacun y convergent…

 

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Historique

 

Depuis juillet 1999 la Basilique S. Sixte d’Ars est en restauration. Plus de sept années de travaux continus ont permis de retrouver la luminosité et la beauté d’antan. Mais cet édifice n’est pas monolithique, tant par son histoire que par l’architecture. Il comprend trois parties distinctes :

La première est la nef de l’ancienne église Saint Sixte, que connut le saint Curé. Il y pria longuement, il l’aménagea et l’embellit constamment jusqu’à sa mort. On y trouve encore son confessionnal et tant de souvenirs de lui ; seul le choeur a aujourd’hui disparu. Les travaux de restauration ont permis de retrouver l’ambiance originelle, puisque l’église a été remise pratiquement dans l’état dans laquelle elle se trouvait à la mort du Saint Curé.

La seconde correspond au choeur  de l’édifice prévu par Bossan et construit à partir de 1862, dont la décoration rappelle la dévotion du saint Curé à Ste Philomène. On notera particulièrement les fresques du peintre Borel ; c’est l’actuel choeur  de la Basilique et la restauration lui a redonné ses couleurs d’antan. On remarquera la richesse de la décoration.

 

Entre ces deux parties, la nef et les chapelles construites ultérieurement par Sainte-Marie Perrin en l’honneur du saint Curé lui-même. L’une de ces chapelles contient la châsse où est conservé son corps.

 

C’est donc bien le saint Curé qui unifie, par sa prière et son histoire, ces trois parties. Mais ultimement c’est le Seigneur, car les saints ne conduisent qu’à Dieu. L’autel prend ainsi la place centrale, tant par son sens que par sa visibilité.

 

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Description

 

Après tant de travaux qui ont permis de davantage retrouver le contexte originel, il restait donc un point à terminer, l’autel majeur ainsi que le mobilier liturgique du choeur  de la Basilique. Différentes réflexions furent lancées, plusieurs projets initiés, et finalement c’est vers un artiste italien que nous nous sommes tournés. M. Mario Rudelli est un artiste milanais (Italie) spécialisé dans l’art sacré, et ce depuis de nombreuses années. Il a réalisé de nombreux autels, sièges, portes d’église, vases sacrés, des statues, du mobilier liturgique… Il a entre autres créé une partie du mobilier de la chapelle privée des papes, utilisée par Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et maintenant Benoît XVI.

 

À Ars le projet avait plusieurs contraintes. Il fallait tenir compte du contexte : une église classée de la fin du XIX° accolée à une ancienne église romane transformée au milieu du XIX°. Un cadre très coloré et chargé, presque éclectique, illustrant un courant architectural particulier. Un lieu marqué par la présence d’un saint, pour qui rien n’était trop beau pour Dieu. Une église où des prêtres du monde entier viennent prier et célébrer l’Eucharistie. L’ensemble de ces données devaient être prises en compte par le projet qui voulait inclure, outre l’autel, l’ambon, le siège de présidence et une partie du matériel liturgique.

 

La choix d’un autel en bronze doré accompagné d’une pierre colorée fut rapidement fait ; la pierre choisie (Rose de Vérone, pierre italienne bien connue) rappelle des tons de pierre utilisés ailleurs dans la Basilique. Le bronze doré donne un côté sacré et tranche avec l’ensemble des tons utilisés dans la Basilique. De plus c’est une matière peu usitée dans l’édifice, ce qui attire le regard et focalise sur l’autel.

 

La décoration chercha à s’inspirer de l’histoire du lieu et de la signification de chaque objet.

 

Sur l’antependium de l’autel, les douze apôtres entourent le Christ représenté par un chrisme, comprenant deux lettres grecques signifiant le Christ rédempteur.

Pour l’ambon, c’est la figure de Jean-Baptiste qui est mise en relief. La précurseur, si cher à J-M Vianney prêche la conversion, annonce la Parole de Dieu tout en désignant l’autel sur lequel Jésus se rend présent « Voici l’agneau de Dieu ! ».

Le siège de présidence reprend lui des scènes de la vie du Saint Curé : le Curé d’Ars priant, confessant et prêchant.

Le reste du mobilier (pupitres, cierges) utilise des motifs esthétiques.

 

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Restait alors la réalisation de l’ensemble qui incombait principalement à M. Rudelli, avec la supervision de M. Olivier Naviglio, Architecte en Chef des Monuments Historiques. Il faut déjà sculpter le motif (autel et ambon) sur un plâtre spécial. Puis, quand le motif est validé, faire un moule et couler le bronze dans une fonderie spécialisée. Enfin il faut tout reprendre au burin, c’est-à-dire à la main, puis patiner l’ensemble dans la teinte choisie (ici un vieil or).

 

– 6 mois de travaux en atelier pour sculpter l’autel et l’ambon

– 500 kg de bronze pour l’autel

– Une table d’autel en pierre de Vérone de 700 kg

– Un emmarchement de 3,6 tonnes sous l’autel

 

Ainsi naquit le nouvel autel de la Basilique qui contient des reliques du Saint Curé. Maintenant le Seigneur va s’y rendre présent à chaque Eucharistie. Voici ce que précise l’oraison de la consécration :

 

« Tu as voulu, Seigneur notre Dieu,

que ton Fils élevé sur l’autel de la Croix attire à lui toute chose.

Du haut du ciel, répands ta grâce sur les fidèles

qui te dédient cet autel :

qu’ils se rassemblent autour de lui pour que tu les nourrisses

et que tu fasses d’eux, jour après jour, par le don de ton Esprit,

le peuple qui t’est consacré. »