L’église Saint-Pierre Chanel à Bourg-en-Bresse : 1967

Labellisée « Patrimoine du XXe siècle » en 2003 par le Ministère de la Culture, on redécouvre aujourd’hui l’église Saint-Pierre-Chanel de Bourg-en-Bresse comme un témoignage de l’architecture religieuse de la fin des années 1960 et de l’implantation de l’église dans les nouveaux quartiers.

 

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« 10 églises en 10 ans » !

En 1960, la première campagne de l’Office des Chantiers diocésains (OCD) est lancée pour financer le programme de construction de « 10 églises en 10 ans » voulu par Mgr René Fourrey, évêque de Belley depuis 1955 : « Visitez les quartiers neufs ou en voie de construction. (…) Rien ne semble manquer dans ces rassemblements humains, sinon presque toujours, le centre religieux qui devrait faire sentir aux habitants nouvellement implantés que Dieu a, comme ailleurs, sa place marquée au milieu d’eux, et mettre à leur portée l’indispensable secours de l’église »1.

 

La construction d’une nouvelle paroisse dans le quartier Nord de Bourg sur le parc de la Reyssouze fait partie des projets. Le Père Henri Guerry, alors curé de Notre-Dame, a déjà pris contact dès 1959 avec le maire, Amédée Mercier, pour obtenir un terrain qui lui sera finalement réservé près du cimetière. Une ordonnance épiscopale du 25/06/1964 crée la nouvelle paroisse Saint-Pierre-Chanel par démembrement d’une partie du territoire de celles de Notre-Dame de Bourg et de Viriat. Le Père Paul Guillerminet en est nommé officiellement curé le 9/07/1964. L’Association diocésaine de Belley se rendra propriétaire du terrain par acte notarié du 10/04/1967 devant Me Cannard, notaire à Bourg.

 

Le 18/10/1961, Mgr Fourrey nomme le lyonnais Pierre Pinsard (1906-1988), disciple de Le Corbusier, comme architecte de la nouvelle église. Déjà auteur de l’église Notre-Dame-de-la-Route-Blanche à Segny en 1952, de la crypte de Lourdes, de la basilique souterraine d’Ars-sur-Formans en 1961 et tout en ?uvrant pour l’église d’Oyonnax, l’architecte fournit un plan masse de l’église en 1963. Le premier coup de pioche est donné le 12 mai 1966 et la pose de la première pierre par Mgr Fourrey solennisée le 30 octobre suivant. Deux entreprises ont principalement ?uvré sur ce chantier pour lequel l’architecte a souhaité utiliser le béton pour le gros oeuvre, dans la tradition architecturale du 20e siècle : Maillard et Duclos et l’entreprise Barberot. L’église est inaugurée lors de la messe de minuit de Noël du dimanche 24 décembre 1967 par Mgr Fourrey.

 

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Un « centre paroissial » intégré à la cité

La nouvelle construction a été pensée comme un ensemble paroissial comprenant l’église mais aussi des salles de catéchisme ou de réunion, des bureaux et des logements pour les prêtres. Elle devait s’intégrer dans son quartier environné de H.L.M : « je souhaite que cette construction soit ressentie par chacun comme la Maison du Peuple Chrétien… » dira Pierre Pinsard 2.

 

Les volumes en angles droits rappellent un peu le bâti du quartier, même s’ils sont adoucis par un crépi clair. Sur le parvis, trois murs isolés surmontés d’un caisson à claire-voie abritent les cloches coulées à la fonderie Paccard et installées tardivement en 1998. Prénommées Pierre pour le saint patron, Paul en référence à l’apôtre et au premier curé de la paroisse, la troisième se nomme Rosalie, en mémoire de la Bienheureuse Jeanne-Marie Rendu (1786-1856), originaire de Confort, devenue religieuse à Paris. Sous le porche est scellée une pierre de 1654 provenant de Cuet, pays d’origine de saint Pierre Chanel.

 

Un intérieur résolument moderne et sobre

« La véritable tradition dans les grandes choses », dira Pierre Pinsard, « n’est pas de refaire ce que les autres ont fait mais de retrouver l’esprit qui a fait de grandes choses, en d’autres temps ».

 

w101008_016 Orientée d’est en ouest, l’église est une vaste salle construite en béton armé enduit d’un crépi rustique. L’intérieur est éclairé par des bandes verticales percées dans le mur latéral, dont le jeu ne va pas sans rappeler, dans son principe, les réseaux des fenêtres gothiques, tandis que l’autel reçoit un éclairage zénithal 3. Le plafond en béton armé est revêtu de 12.000 briques creuses posées de chant apportant un intérêt décoratif tout autant qu’acoustique. La tribune et l’ensemble du mobilier sont en béton brut de décoffrage. L’autel et l’ambon sont comme suspendus en avant des marches pour donner une impression de légèreté, tout comme les sièges de célébrant qui sont accrochés au mur à hauteur d’assise.

 

w061008_917 Tout le mobilier et la décoration de l’église, et du choeur notamment, ont été conçus par l’architecte dès l’origine, de manière à ce qu’il n’y ait rien à ajouter : ainsi, les confessionnaux sont inscrits dans les murs à gauche, les sièges de célébrant et les bancs d’acolytes sont en béton et donc indéplaçables, la crédence propose des emplacements creux déjà définis pour poser le nécessaire pour la messe, même le bac à fleurs circulaire au pied de l’autel est inscrit dans le sol. L’espace baptismal est placé dans le sanctuaire sous la forme d’une cuve où l’on descend, permettant les baptêmes par immersion, et donnant à « saisir le lien entre le baptistère et l’Eucharistie » 4.

 

Une chapelle de semaine simple abrite le Saint-Sacrement « afin que les fidèles n’en soient pas séparés par un grand espace vide et qu’ils trouvent les conditions souhaitables de recueillement, d’intimité, de silence » préconisées par le Père Gelineau dans le numéro 88 de la Maison-Dieu, dont se sont inspirés les concepteurs de l’aménagement du sanctuaire. Derrière l’autel, une porte longtemps ornée d’une peinture abstraite aux couleurs chaudes du Père Philippe Perdrix, donne accès à une petite chapelle des morts qui reçoit les corps avant les funérailles.

 

w061008_589 Peu d’objets dans cette église, pour respecter le dépouillement souhaité, mais il est intéressant de remarquer que l’ensemble des vases sacrés ou vêtements sacerdotaux est harmonieux et empreint de l’esprit post-conciliaire. On notera cette belle crèche réalisée à Noël 1996 dans un tronc de cerisier par Marie-Michèle Plagne, professeur d’arts plastiques à Bourg-en-Bresse, complétée d’un berger sculpté par le Père Comtet en 2006, ou le tableau de Saint Pierre Chanel peint par Suzanne Crouzier en 2003.

 

w101008_222 Le dépliant de présentation de l’église présente un « lieu privilégié, bien adapté aux célébrations communautaires ». La simplicité recherchée, qui a parfois pu choquer au point d’appeler l’église « le morceau de sucre », est ici présentée et vécue comme une présence chrétienne mesurée au coeur de ce quartier populaire : « Ce lieu affirme avec force mais discrétion, la présence de Dieu au milieu des hommes et celle d’une Eglise proche et à leur service ».

 

Violaine Savereux, Chargée du patrimoine mobilier diocésain

Service diocésain de l’Art Sacré – Conservateur délégué des Antiquités et Objets d’Art de l’Ain (CDAOA) – Juin 2010

 

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Notes :

1 Lettre de Mgr Fourrey publiée dans Voix de l’Ain du 16/12/19

2 Cité dans « 25e anniversaire de l’église Saint-Pierre Chanel » in Voix de l’Ain, 8/01/1993.

3 La description architecturale s’est inspirée de l’étude réalisée par la DRAC Rhône-Alpes en vue du label XXe.

4 In « Rapport sur l’aménagement du sanctuaire et de la chapelle de semaine de l’église Saint Pierre Chanel de Bourg », réalisé par les Pères Givre, Chossonnery et Brevet et M. Virieux en juin 1967.