La Madone et le campanile du Mas-Rillier : 1941

 

L’oeuvre du Père Thomas

Le 5 juillet 1941 était inaugurée la statue monumentale de « Notre-Dame du Sacré-Coeur, espérance des désespérés », plus communément dénommée « La Madone du Mas-Rillier ». Ce 70e anniversaire est l’occasion d’évoquer l’oeuvre gigantesque de l’Abbé Thomas, quelle soit spirituelle, avec la venue de dizaines de milliers de pèlerins, ou architecturale avec la construction de la statue mariale la plus haute du monde et l’érection d’un beffroi accueillant un carillon de 50 cloches, inscrit au titre des monuments historiques.

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Pierre Thomas est né le 23 décembre 1874 à Cailloux-sur-Fontaines. Il entre au petit séminaire puis à la maison des Chartreux de Lyon. Après son service militaire, il rejoint le noviciat de l’Oratoire à L’Hay, près de Bourg la Reine. Il est ordonné prêtre à Saint-Sulpice en 1900, à 26 ans. Il officiera à Saint-Lô, Juan-les-Pins, Crosses, Jussy-Champagne dans le Cher…

 

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En octobre 1929, âgé de 55 ans et malade, l’abbé Thomas arrive au Mas Rillier, petit hameau de Miribel,  où la famille d’un cousin prêtre possède une maison. Officiellement nommé curé du Mas-Rillier le 30 mai 1931, il ne quittera plus jamais ce village.

 

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Une dévotion à Notre-Dame du Sacré-Coeur

La petite église du Mas Rillier mériterait des réparations. Malgré des caisses vides, l’abbé Thomas achète un nouveau maître-autel et passe commande d’une statue de la Vierge auprès d’artistes italiens venus pour la chaire de Fourvière. Ses économies, des dons et des quêtes financeront ces achats. Parallèlement, le 8 février 1932, Mgr Béguin établit canoniquement au Mas-Rillier une Confrérie de Notre-Dame du Sacré-Coeur.
Cette dévotion à Notre-Dame du Sacré-Coeur et la statue dans l’église vont attirer les pèlerins dès juillet 1932. En 1933, on organise deux journées de rencontre en mai et le 8 septembre. Désormais, chaque année, des milliers de personnes se presseront aux grands pèlerinages du Mas-Rillier, à ces dates.

 

Aux côtés du Père Thomas, sa fidèle gouvernante, Mme Rose Durand, organise l’intendance avec son équipe : on construit un abri où les pèlerins peuvent se restaurer, on aménage un parking pour garer tous les cars. Il faut aussi gérer les magasins de vente d’objets de piété, rédiger et éditer le bulletin d’information bimestriel, répondre aux centaines de lettres…

 

En 1938, la photographie d’une fillette sauvée d’une méningite tuberculeuse est épinglée dans l’église. Arrive la guerre. Les pèlerins apportent des photographies de leurs proches, soldat, prisonnier, STO… Les grands draps fixés le long des murs se couvrent de milliers de photographies ! On parle aussi de guérisons miraculeuses, de conversions.

 

Faites-la grande !

 

Si l’abbé Thomas avait en tête de célébrer la Vierge par une statue, son imagination ne l’avait sûrement pas amené à une réalisation aussi gigantesque. Il avait envisagé une statue de sept mètres de hauteur. Mgr Béguin lui fait part de son souhait d’une belle et grande statue. La Vierge du Mas-Rillier fera 33 mètres de haut ! Il choisit le sculpteur Georges Serraz, qui vient d’achever la statue du Christ-Roi aux Houches (25m), et l’architecte Louis Mortamet. Les dons venus du monde entier financeront cette oeuvre phénoménale.

 

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Les travaux débutent le 14 février 1938 sur les ruines de l’ancien château de Miribel. Il faut creuser à 7 mètres de profondeur pour pouvoir couler des fondations circulaires de 8 mètres de diamètre.

 

Pendant ce temps, Georges Serraz sculpte la maquette de la statue au 1/10ème. Transposant des milliers de points, un par un, les compagnons charpentiers dressent les coffrages à la grandeur définitive. Les installations du chantier sont également monumentales : élévateur principal d’une hauteur de 42 mètres, élévateurs secondaires de 15 mètres… Même le puits pour l’eau a 33 mètres de profondeur !

 

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12 000 pèlerins pour la 1ère pierre

 

Le 9 octobre 1938, lors de la pose de la première pierre, quelques 12 000 personnes sont présentes. Les coffrages ont été décorés des drapeaux de toutes les nations qui, par leurs offrandes, ont contribué à l’érection de la statue. Avec l’acte qu’on a scellé dans la première pierre, on dépose des reliques du saint Curé d’Ars, de sainte Thérèse de Lisieux, de sainte Marguerite-Marie, de sainte Bernadette et de la terre de Lourdes.

 

La guerre, la mobilisation, l’occupation, les problèmes d’approvisionnement en matériaux et même la météo ralentiront le chantier. Le 1er juin 1939, les parties inférieures sont présentées aux visiteurs. Ils découvrent ce pied de la Vierge d’un mètre de largeur, qui pointe sous sa robe et écrase le serpent. On coule également les marches de l’escalier à vis.

 

Les parties supérieures, telles la main, l’Enfant Jésus ou le visage de la Vierge, sont réalisées grandeur nature par le sculpteur dans son atelier. Il en fait des moules en staff qui sont livrés au Mas-Rillier puis assemblés afin de couler le béton. L’aspect final est donné par un bouchardage qui fait apparaître le grain final d’un béton gris émaillé de petits cailloux colorés, rappelant le granit.

 

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Au final, le poids total du monument est de 1 500 tonnes, la statue pesant à elle seule 440 tonnes. Pour cela, il a fallu mettre en oeuvre 655 m3 de béton et 35 tonnes d’acier. Entre la sapine de 40 mètres de haut, les échafaudages et les coffrages, 1 000 m3 de bois ont été nécessaires. La statue est conçue pour résister à une pression de vent de 250 kilogrammes par m2.

Elle est inaugurée le 5 juillet 1941.

 

Un carillon pour appeler les foules à la prière

 

Dès sa conception, il a été prévu de placer 3 à 4 cloches dans les contreforts de la statue. Mais après une visite sur les lieux, en novembre 1940, Joseph Paccard propose à l’abbé Thomas un carillon de 45 cloches qu’il a rapatrié du nord de la France, du fait de la guerre. Le père demande d’ajouter quatre cloches et un bourdon de plus de 2 tonnes. Pour accueillir un tel instrument, un beffroi se révèle nécessaire. Louis Mortamet en sera l’architecte. Les 50 cloches arrivent au Mas-Rillier en août 1941. Elles sont baptisées le 20 juillet 1947. Cet instrument est l’unique carillon français construit au XXe siècle de façon logique et scientifique. L’architecte a travaillé à la manière d’un facteur d’orgue. Il a construit le campanile en fonction du nombre de cloches, tenu compte de leurs dimensions et respecté leur orientation sur le site. Haut de 28 mètres, le campanile, conçu pour une diffusion optimale du son, surplombe la plaine du Rhône.

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Une oeuvre inachevée

 

Le décès brutal du Père Thomas, le 9 septembre 1952, met fin à l’oeuvre grandiose qu’il avait lancé 20 ans auparavant. Une maison de charité et un téléphérique qui aurait mené les pèlerins du centre-ville au hameau faisaient partie de ses projets. Mais l’évêché voit d’un mauvais ?il l’existence de sociétés civiles chargées de la gestion financière des lieux. Le curé de Miribel est chargé de vider l’église de tous ses ex-voto. On ferme les magasins d’objets de piété, les pèlerinages ne sont plus les bienvenus, le Mas-Rillier n’est plus en odeur de sainteté ! En 1977, l’évêché cède, pour un franc symbolique, le tènement avec la statue et le beffroi à la commune.

 

Mais la Vierge est toujours présente et les habitants du Mas-Rillier n’ont jamais oublié ces années extraordinaires. Le temps a passé. Ce 70ème anniversaire est l’occasion d’oublier les rancoeurs d’antan et de raviver la flamme du souvenir.

 

Laurent Tronche

 

Depuis 2003, sous l’impulsion de l’Office de Tourisme de la Communauté de Communes de Miribel et du Plateau, un festival de jazz qui allie voix, cordes, percussions et art campanaire a lieu début juillet sur l’esplanade de la Madone. En 2005, ces rencontres ont pris le nom de « Swing sous les étoiles ». Reconnues dans la région, elles accueillent plusieurs centaines de spectateurs chaque soir. Aux beaux jours, des concerts sont également donnés par Chantal Bégeot, actuelle titulaire du carillon.

 

Légende des photos :

– Photo 1 et 1 bis : Pas de légende
– Photo 2 : L’abbé Pierre Thomas, une oeuvre gigantesque.
– Photo 3 : À partir de 1938, les murs de l’église du Mas Rillier se couvrent de milliers de photographies.
– Photo 4 : La main de la Madone.
– Photo 5 : Georges Serraz a sculpté grandeur nature les visages de la Vierge et de l’Enfant-Jésus.
– Photo 6 : La statue monumentale de 33 m se dévoile peu à peu.
– Photo 7 : Le campanile a été construit spécialement pour accueillir les 50 cloches du carillon.

 

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Mas Rillier