Histoire de la chapelle Ste Madeleine à Bourg-en-Bresse : 1935

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La première chapelle de l’Asile Sainte-Madeleine tenue par les Soeurs de Saint-Joseph de Bourg-en-Bresse est construite en 1828, suivie d’une seconde bénite par Mgr Devie en 1839. Devenue vétuste et trop exigüe, il est nécessaire d’en rebâtir une en 1902 mais ce n’est qu’en 1933 que Mère Ambroise donne l’autorisation de réaliser la restauration complète de la chapelle qui dépend dorénavant de la nouvelle paroisse du Sacré-Coeur.

 

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La chapelle, « union de l’art moderne et de la foi catholique »I

Un mois plus tard, les travaux préliminaires commencent sous la direction du jeune architecte lyonnais Georges Curtelin qui vient d’achever l’église du Sacré-Coeur du Teil en Ardèche. La chapelle actuelle est édifiée au même emplacement que la précédente, en deux tranches pour permettre la célébration du culte pendant les travaux. De 1933 à 1935, les travaux sont réalisés par l’entrepreneur A. Senetère de Bourg-en-Bresse. Georges Curtelin dresse les plans de l’édifice, mais aussi ceux des autels et de l’ornementation intérieure, avec l’aide du décorateur Jean Coquet (1907-1990), peintre-sculpteur, directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon, et d’artistes renommés.

 

Chapelle Ste Madeleine Bourg

 

 

Le 18 mars 1934, Mgr Virgile Béguin bénit les 5 cloches II, rejointes quelques mois plus tard par 4 nouvelles qui complèteront le carillon dont le système de transmission électrique a été inventé par l’abbé Amphoux, aumônier de l’Hôpital Debrousse à Lyon.

La chapelle est bénite et consacrée le 24 octobre 1935 par Mgr Amédée Maisonobe, évêque de Belley, en présence de nombreux ecclésiastiques, de représentants des autorités civiles et des religieuses des communautés de Bourg. Les solennités de la liturgie se déroulent avec la litanie des saints, la bénédiction du pourtour de l’église et la consécration de l’autel dans la table duquel sont scellées les reliques des saints III. L’accueil est unanime : « en sa robe blanche constellée des bijoux de ses beaux vitraux, la nouvelle chapelle fait l’admiration de la foule nombreuse » IV ; « Les siècles antérieurs ont produit les basiliques romanes puissantes et les sveltes voûtes gothiques. Notre siècle, qui lui aussi aime la clarté et la simplicité, est bien capable de produire d’autres chefs-d’oeuvre » peut-on lire dans la presse de l’époque.

 

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En 1973, la Congrégation des Soeurs donne la propriété à l’ORSAC, moyennant une rente annuelle versée pendant 25 ans pour la retraite des religieuses âgées. Le 13 juillet 2001, le Conseil Général fait l’acquisition de l’ensemble de la propriété pour un montant total de 40 millions de francs.

 

Une décoration contemporaine

La Semaine religieuse du diocèse de Belley vantait les talents de l’architecte qui a su exécuter « un plan inspiré d’art moderne, très élégant, admirablement éclairé et dont l’ornementation pieuse est unifiée par le meilleur goût ». La chapelle comporte trois nefs et une abside semi-circulaire, divisée en deux parties : l’une pour la communauté des soeurs de Saint-Joseph, l’autre pour les malades placés pendant les offices dans les chapelles entourant le choeur – celles-ci seront murées plus tard (ce qui est toujours le cas aujourd’hui).

 

Chapelle Ste Madeleine Bourg

 

La chapelle a une architecture et un décor très homogènes dans le style des années 1930, conservés pratiquement intacts aujourd’hui. La richesse des marbres et des autres matériaux nobles comme le chêne, le fer forgé ou le bronze s’harmonise avec la simplicité de la décoration du choeur et des autels. « Bien plus, Mr Curtelin ne se permet ni ne permet aux artistes qui l’accompagnent aucune fantaisie d’art. Tout est strictement soumis à la liturgie, tout est réalisé uniquement en vue de la plus grande gloire de Dieu » lira-t’on dans un journal local en 1935.

 

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Les sept vitraux du choeur représentant des épisodes de la vie du Christ, les deux grandes verrières de la nef et les dessins du mobilier (confessionnaux, portes, stalles, lustres, grilles) sont l’oeuvre de Jean Coquet. L’orfèvrerie des reliquaires et du tabernacle a été réalisée par Amédée Cateland, successeur du grand orfèvre lyonnais Armand-Calliat. La statue de la Vierge à l’Enfant du porche sur rue et les bas-reliefs de la chapelle Saint-Joseph sont l’oeuvre de Louis Bertola, Grand Prix de Rome de Sculpture. Les menuiseries sont de l’école de l’abbé Lamache de Lyon. Les deux statues de la Vierge et de Saint-Joseph en marbre blanc de Carrare, posées sur les autels latéraux, sont de la main du sculpteur Ange Michel de Lyon qui a également réalisé le chemin de croix. Un décor peint à fresque et en mosaïques situé derrière présente de nombreux symboles de Marie « reine des Vierges et rose mystique », modèle des âmes consacrées à Dieu, et de saint Joseph « protecteur de l’Eglise universelle », dont l’Evangile dira : « le juste fleurira comme le palmier ». Dans la nef, deux petites statues de sainte Jeanne d’Arc et de sainte Thérèse, récemment canonisées, surmontent un décor de marbre rosé comportant une inscription gravée en lettres dorées. On retrouve les armoiries du Pape Pie XI et de Mgr Maisonobe peintes sur l’arc triomphal.

 

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Dans le bas-côté nord, se trouve la châsse des reliques de sainte Flavienne, jeune vierge martyre de l’Eglise primitive dont le corps avait été retrouvé dans les Catacombes de Saint-Cyriaque à Rome en 1836. Ses reliques arrivent de Rome en 1843, à la demande du Chanoine Perrier, aumônier de Sainte-Madeleine. Plus tard, le Chanoine Odezène, aumônier de 1958 à 1980, déposera dans la même chasse des reliques de sainte Maria Goretti (1890-1902), jeune martyre de 12 ans, « l’Agnès du 20e siècle », canonisée par le Pape Pie XII. En face, une statuette de l’Enfant Jésus de Prague, richement vêtue, déjà placée dans l’ancienne chapelle par Mère Angélique.

 

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Un grand tableau de Sainte Madeleine porte l’inscription des paroles adressées par Mgr Devie aux premières religieuses de l’Asile lors de la bénédiction de la deuxième chapelle en 1839 : « A sainte Madeleine, choisie comme patronne de cette Maison, afin que son application à se tenir aux pieds de Jésus serve de modèle aux âmes qui, vouées aux soins incessants des malades, doivent, pour soutenir leur dévouement, vivre dans un commerce intime avec Dieu. Sainte Madeleine, intercédez pour nous, entrainez-nous dans les voies de l’amour et du sacrifice ».

 

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Unique témoin dans l’Ain de l’architecture et de la décoration religieuse des années 1930, la chapelle Sainte-Madeleine possède un grand intérêt patrimonial puisqu’elle a conservé l’intégralité du mobilier créé pour elle dès sa construction. Ensemble du 20e siècle homogène et de qualité, elle mériterait une reconnaissance nationale des autorités culturelles. Consacrée en 1935, elle reste affectée au culte catholique. A l’heure où son avenir est incertain, nous laissons la Semaine religieuse du diocèse de Belley de 1935 conclure : « à elle aussi, il faut adresser le voeu qui termine les rites d’une consécration épiscopale : « ad multos annos », qu’elle dure des siècles comme ses soeurs aînées de Notre-Dame et de Brou ».

 

Depuis le 14 mai 2012, l’édifice est Label « Patrimoine du xxe siècle ». Depuis le 22 octobre 2013, il est inscrit au titre des monuments historiques.

 

Violaine Savereux, Chargée du patrimoine mobilier diocésain
Service diocésain de l’Art Sacré
Conservateur délégué des Antiquités et Objets d’Art de l’Ain

 

Chapelle Ste Madeleine Bourg

 

Notes :

I Citation extraite du travail historique du Chanoine Gustave Beau, aumônier de Sainte-Madeleine de 1948 à sa mort en 1958

II Répondant aux noms de Marie-Joseph, Marie-Madeleine de Béthanie, Jean-Marie-Baptiste Vianney, Marie-Ambroise et Thérèse-Marie Candide. Les 4 suivantes seront bénites dans l’intimité sous les noms de Marie-Clément, Marguerite-Marie-Flavienne, Marie-Vitaline et Félix-Marie-Camille.

III Reliques de saint Justin et sainte Thècle envoyées par l’Evêché, plus celles de saint Jean-Marie Vianney, saint François-de-Sales et sainte Marguerite-Marie (source : chanoine Beau)

IV « Bénédiction de la chapelle de Sainte-Madeleine », in La Semaine Religieuse du Diocèse de Belley, 31/10/1935, p. 531.

V 1er vitrail : naissance de Jésus à Bethléem avec la phrase de l’Evangile qui en donne la signification : « Il s’est humilié par amour » ; 2e) Présentation de Jésus au Temple : « Je viens faire votre volonté » ; 3e) Sainte Famille à Nazareth : « et Jésus leur était soumis » ; 4e axial) Jésus montrant son Coeur : « je mets ma confiance en Vous » ; 5e) Jésus guérissant les malades : « qu’il soit fait selon votre foi » ; 6e) Jésus à Béthanie : « une seule chose est nécessaire » ; 7e) Marie-Madeleine au pied de la croix : « Mon Dieu, je vous aime ».

 

Copie de 23 mai - BOURG Ste Madeleine 1 Vierge - J Belloni