La Chapelle Sainte-Madeleine de Bourg : 1935

 

facade

Georges Curtelin, un architecte inspiré

Diplômé des Beaux-Arts en 1923, Georges Curtelin est l’une des acteurs principaux de l’architecture religieuse à Lyon entre les deux guerres. Son oeuvre est marquée par l’architecte bénédictin Dom Bellot, figure du renouvellement de l’art sacré au début du 20e siècle. Curtelin prête une attention particulière à intégrer ses édifices dans leur cadre urbain et à harmoniser l’apport nouveau avec l’oeuvre du passé. Il couvre ses édifices de charpentes métalliques, emploie fréquemment la brique pour les voûtes et le béton pour les murs dont il soigne la finition en recherchant des effets de matière.

carillon

1828-1935, d’une chapelle à l’autre…

La première chapelle de l’asile Sainte-Madeleine tenue par les soeurs de Saint-Joseph de Bourg est construite en 1828 (150 malades alors), suivie d’une seconde bénite par Mgr Devie en 1839. Devenue vétuste et trop exigüe, il est nécessaire d’en rebâtir une en 1902, l’hôpital accueillant alors 1.200 malades. Mais ce n’est qu’en 1933 que Mère Ambroise donne l’autorisation de construire une nouvelle chapelle. Le chantier débute en mai 1933 pour s’achever en juillet 1935.

nef_1935

La chapelle est édifiée au même emplacement que l’ancienne, en deux tranches pour permettre la célébration du culte pendant les travaux. Ils sont réalisés par l’entrepreneur A. Senetère de Bourg-en-Bresse. Pour qu’elle serve à la fois aux religieuses et aux malades, Curtelin conçoit une abside polygonale ouvrant sur sept chapelles rayonnantes. L’éclairage est assuré par les verrières zénithales colorées disposées en croix dans la nef et dans les chapelles du choeur.

lustre_et_verriere_zenithale

Clocher, cloches, carillon et brevet de l’abbé Amphoux

Au campanile en façade dessiné par Curtelin, les Soeurs préfèrent un clocher fermé au-dessus du choeur… que l’architecte réalisera à contresoeur en béton armé ajouré, dans le style de l’architecte Perret. Les neuf cloches proviennent des fonderies Granier dans l’Hérault. Le synchronisme des cloches du carillon est obtenu grâce au système de transmission électrique breveté par l’abbé Amphoux, aumônier de l’hôpital Debrousse à Lyon. Les cinq premières cloches sont bénites solennellement par Mgr Béguin, évêque de Belley, le 18 mars 1934, en présence d’un clergé et d’une foule très nombreuse.

benediction_des_cloches

24 octobre 1935 : consécration de la chapelle

La chapelle est consacrée le 24 octobre 1935 par Mgr Maisonobe, nouvel évêque de Belley. Une foule très nombreuse se presse, constituée du clergé, des religieuses des communautés de Bourg, de Mère Marie-Ambroise, supérieure, du Chanoine Chevallier, aumônier, du Dr Massot, médecin-chef, du Procureur de la République, de l’adjoint au Maire de Bourg, l’architecte Curtelin, l’entrepreneur et tous les patrons et ouvriers ayant oeuvré à la construction de la chapelle.

L’accueil de cette chapelle est unanime, la presse est enthousiaste concernant « le plan inspiré d’art moderne, très élégant, admirablement éclairé et dont l’ornementation pieuse est unifiée par le meilleur goût ». Le Nouvelliste de Lyon célèbre « l’atmosphère mystique de la chapelle qui permet aux âmes d’y rencontrer Dieu, d’y trouver un climat de soulagement et d’allégresse, d’y puiser enfin l’esprit de dévouement et de charité ».

consecration

Une décoration homogène et de grande qualité

Curtelin conçoit les plans de l’édifice et dessine aussi l’intégralité du mobilier et de l’orfèvrerie dans le but de créer des ensembles coordonnés et cohérents sur le plan du style. Il reproduit son vocabulaire personnel comme une signature : les trois rangs de stries horizontales, les carrés avec ou sans croix, les colonnettes surmontées d’un globe et sommées d’une croix… Il fait appel au décorateur Jean Coquet pour les vitraux et les peintures murales. Pour réaliser ses plans, il s’entoure des meilleurs artistes lyonnais : les sculpteurs Joseph Belloni et Ange Michel, l’orfèvre Amédée Cateland, le marbrier Gotard-Debrut, l’Ecole d’Apprentissage Supérieur de l’abbé La Mâche pour le mobilier en bois et en fer forgé et Joanny Coquillat pour les tissus des ornements. Les matériaux employés sont nobles car ici tout est réalisé « pour la plus grande gloire de Dieu » : les marbres abondamment présents, mais aussi le chêne, le fer forgé et le bronze doré. La richesse des matériaux s’harmonise avec la simplicité de la décoration du choeur et de la nef.

bas-relief_Ste_famille

La statue de la Vierge à l’Enfant de la façade a été dessinée par Curtelin, sculptée par Joseph Belloni, coulée en bronze en Suisse et placée sur la façade en 1958.

Vierge_de_facade

Le choeur et la nef

Le maître-autel en marbre blanc veiné est décoré de six anges en bas-relief portant les Instruments de la Passion. Depuis la réforme liturgique, le tabernacle de Cateland est présenté en fond de choeur sur un piédestal. Les vitraux illustrent des épisodes de la vie de Jésus ; la scène de Jésus guérissant les malades fait écho au dévouement des religieuses pour les Pensionnaires. Les belles grilles des chapelles des malades sont aujourd’hui à l’Evêché de Bourg-en-Bresse.

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Dans la nef, le chemin de croix en bois dessiné par Curtelin est sculpté par Ange Michel. Par souci de dépouillement, on ne trouve que deux statues, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et la statuette de Sainte Jeanne d’Arc avec son credo en bas : « Faites sur toutes choses que Dieu soit le premier servi et le plus aimé ». Près du choeur, sont représentées les armoiries du Pape Pie XI ayant régné durant la construction et celles de Mgr Maisonobe. Réalisé et offert par un peintre à qui la Maison avait jadis porté secours, un grand tableau de Sainte Madeleine porte une inscription ajoutée en 1935 s’inspirant des paroles adressées par Mgr Devie, évêque de Belley, aux premières religieuses de l’asile : « A sainte Madeleine, choisie comme patronne de cette Maison, afin qu’elle serve de modèle aux âmes qui vouées aux soins incessants des malades, doivent pour soutenir leur dévouement, vivre dans un commerce intime avec Dieu. Sainte Madeleine, intercédez pour nous, entrainez-nous dans les voies de l’amour et du sacrifice ».

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Les chapelles latérales

Dans la chapelle de la Vierge, le vitrail représente La Vierge Marie au Ciel entourée d’un choeur d’anges. Elle a les mains jointes comme la statue en marbre blanc de Carrare d’Ange Michel. Le décor de roses blanches peint par Coquet porte des inscriptions reprenant les litanies de la Vierge comme « Reine des anges » ou « Reine de la Paix ». Cateland réalise en 1935 la nouvelle châsse de sainte Flavienne ainsi que les deux reliquaires en bronze doré.

En 1947, Belloni sculpte deux bas-reliefs dans la chapelle Saint-Joseph. Ces ex-votos ont été commandés par les religieuses « en souvenir de la protection particulière de la maison Sainte-Madeleine » en juin 1940 . Ils sont installés de part et d’autre du vitrail représentant La Mort de saint Joseph. Le décor peint s’inspire de la parole « Le Juste fleurira comme le palmier ». Derrière Joseph que l’Eglise nomme « le Juste », un palmier s’élargit pour soutenir le monde. Patron de l’Eglise universelle, saint Joseph est devenu celui de la Congrégation répandue à travers le globe comme l’indiquent les noms de villes.

Chapelle_St-Joseph

Un passé riche, un avenir à inventer…

La chapelle, remarquable témoin de l’architecture des années 1930 dans l’Ain, a reçu le label « Patrimoine du XXe siècle » du Ministère de la Culture en 2012. Elle est propriété du Conseil général de l’Ain depuis le 13 juillet 2001, comme l’ensemble de la propriété dans laquelle s’installent les services départementaux. Intégrée aux anciens bâtiments de la communauté de la rue Paul Bert, elle va côtoyer de près le futur Palais de la Justice et du droit qui va voir le jour en 2015. Toujours affectée au culte catholique, la messe y est célébrée chaque mercredi à 12h d’avril à octobre, ainsi que le 22 juillet, jour de la sainte Madeleine.

Violaine Savereux
Chargée du patrimoine mobilier diocésain
Service diocésain de l’Art Sacré
Conservateur délégué des Antiquités et Objets d’Art de l’Ain (CDAOA)

Sainte Madeleine Bourg