La chapelle Notre-Dame-de-la-Paix à Bourg-en-Bresse dans le quartier des Vennes : 1965

C’est l’histoire d’une chapelle bien connue des burgiens, proche du champ de course et des stades de rugby, dans le quartier des Vennes. De forme rectangulaire, avec ses murs en béton et en préfabriqué, son armature et sa charpente métallique, elle a été construite en 1965 en face de celle que l’on appelle couramment la « chapelle des prisonniers » construite par les Chantiers de Jeunesse en 1941.

 

« Projet pour une chapelle de quartier »

4.Pere_Jean_MondesertC’est ainsi que le Père Jean Mondésert, curé de l’église du Sacré-Coeur de Bourg de 1950 à 1971, intitulera son document de présentation de la chapelle dont il a eu l’idée dès 1955. Ce quartier qu’il connait bien est en pleine expansion mais éloigné du centre paroissial du Sacré-Coeur dont il dépend : à dominante ouvrière à l’origine, les constructions nouvelles en font partiellement un quartier résidentiel qui est passé en 10 ans de 1.000 à 4.300 habitants. Etant donné ces chiffres mais aussi la forte densité d’enfants et adolescents inscrits dans les 4 années de catéchisme (320 en 1963), « il nous semble qu’un vaisseau pouvant contenir 450 à 500 places serait nécessaire »1.

Le terrain des Vennes est acheté le 7 février 1957 par l’Association diocésaine de Belley à Mmes Chagros et Maillet, par un acte notarié devant Me Cannard, notaire à Bourg-en-Bresse.

La même année, la Sécurité Sociale met en vente ses locaux en pré-fabriqués que le Père Mondésert achète, avec l’accord de ses deux vicaires, pour les reconstruire au Peloux (chapelle construite de 1959 à 1962) et aux Vennes.

En mai 1958, Mgr René Fourrey, évêque de Belley de 1955 à 1975, signe le permis de construire des salles de catéchisme que les habitants du quartier aidèrent à construire, et en mars 1960, celui de la salle des oeuvres.

Le Chanoine Jean Mondésert présente son projet de chapelle dans une note manuscrite du 1er décembre 1963 : « C’est une chapelle de quartier et d’un quartier « populaire » qu’il faut construire. Cet aspect sociologique de la population appelle une construction fonctionnelle de caractère simple ».

Concernant le mobilier envisagé, le curé remarque : « Etant donné son caractère de chapelle de quartier, nous n’avons à prévoir ni baptistère, ni chapelle annexe, ni presbytère mais seulement le vaisseau, le choeur et la sacristie. (…) Il faut néanmoins prévoir quelques confessionnaux dans cette chapelle ainsi qu’un emplacement pour une statue de la Sainte Vierge ».

« La chapelle du Peloux est dédiée à Notre-Dame-de-l’Unité (elle fut inaugurée à la veille de l’ouverture du Concile), j’aimerais que celle-ci soit placée sous le vocable de Notre-Dame-de-la-Paix (Pacem in terris) ».2

 

L’Evangélisation au coeur des préoccupations

1.construction_salles_paroissiales_vennes_1958-1960
Dans une réponse au questionnaire envoyé en 1964, soit un an avant l’inauguration de la chapelle, par le Comité National des Constructions d’Eglises en vue de la préparation d’un colloque d’Urbanisme religieux, le Père Mondésert nous livre le mode d’action qu’il a choisi ses chapelles de quartier dans une perspective pastorale et qu’il nomme lui-même « la pastorale de contact ». « Dès le départ, achat de terrain, permettant d’établir un bloc de catéchismes sur le quartier avec un réseau de catéchistes. Puis affectation d’un vicaire à ce quartier, ayant la responsabilité d’ensemble de ce quartier (fichier, contacts avec les habitants en place et les nouveaux arrivés, catéchismes, suivant spécialement malades, fiancés, baptisés…). Suivent ensuite l’organisation d’un comité de quartier (pour l’achat de terrain, kermesses, constructions, coordination des différentes activités du quartier…) et de grandes semaines de conférences pour l’Avent et le Carême. Mise en place du rassemblement des enfants le jeudi pour formation liturgique et préparation de la messe du dimanche et progressivement des « patro » (patronages de filles et de garçons), la gymnastique, les scouts, les activités de loisirs… et des mouvements diocésains suivis par le vicaire du quartier et également le curé.

« Tout ce tissu d’organisation et de militants peu à peu donne consistance à une communauté chrétienne, avec toute la variété de ses aspects, tout en appelant une unité appelée à s’exprimer dans l’acte liturgique. Si la chapelle n’a pas été nécessaire pour constituer cette communauté, je crois néanmoins qu’elle devient de plus en plus nécessaire au double point de vue : rassemblement des chrétiens militants et des autres pour qu’ils se connaissent et unissent leurs efforts pour l’évangélisation ; expression liturgique de toute cette vie chrétienne et apostolique afin qu’elle trouve son visage d’église. Ainsi se prépare progressivement la future paroisse de ce coin de Bourg, matériellement et spirituellement ».

L’application concrète de ce programme commence alors par la construction des salles paroissiales, édifiées par les habitants du quartier qui offrent leur temps et leurs talents entre 1958, date de la création de l’Association d’Education Populaire (AEP) « Le Quartier », et 19

« Nous avons pensé qu’il était plus nécessaire, ne pouvant tout faire d’un coup, d’édifier d’abord salles de catéchisme et locaux de réunion », dira le Père Mondésert en 1964. « Finalement, il était bon de poser comme premier et essentiel le travail apostolique, l’évangélisation, et il semble que, maintenant, l’organisation du culte revêtira un tout autre aspect que s’il avait été mis en route dès le départ ».3

Le curé Mondésert ne manque pas de situer son action en tenant compte de la population des Vennes qu’il connait bien et qu’il décrit comme « populaire, voire prolétaire, mentalité politique (« 50,6% vote communiste aux dernières élections) » et pas très pratiquante : « il est clair que dans un milieu déchristianisé, ce n’est pas par le culte que l’Eglise sera présente et visible, mais par des services, actions, campagnes répondant aux besoins actuels et ressentis des familles du quartier : catéchisme des enfants, gym, rencontre de parents autour de l’éducation, entraide dans le quartier, visite personnelle aux foyers… ». « Par ailleurs, si nous avons commencé par les locaux répondant aux besoins urgents d’évangélisation et de service du quartier, les habitants comprennent parfaitement qu’à partir d’un certain développement, il faille entreprendre la construction d’une chapelle, pour que l’équipement soit complet ».

 

La chapelle Notre-Dame-de-la-Paix

2.La_chapelle_
Les travaux de l’église commencent en février 1965, date à laquelle la mairie de Bourg-en-Bresse approuve le permis de construire. Ils furent menés par les entreprises Barbot et Fils de La-Haye-Descartes (Indre-et-Loire) pour la charpente métallique, et Masnada pour la maçonnerie, avec l’aide de nombreux bénévoles du quartier.

Cette chapelle « simple et digne », comme la qualifiera le curé Mondésert, fut mise en service à l’occasion des fêtes de Noël de l’année 1965. Le 30 décembre 1966, le maire délivrera le certificat de conformité de la chapelle. Les différents prêtres qui ont desservi cette chapelle sont les Pères Roger Jacquiot, Jean Massonnet, Louis Vazzoler, Paul Guillerminet, et aujourd’hui : Louis Josserand.

Récemment, le mur de ch?ur de la chapelle a été repeint dans un dégradé d’ocre et de jaune et les fenêtres fermées par des vitrages colorés des trois couleurs primaires bleu, rouge et jaune. Le mobilier liturgique est simple. Plusieurs objets ont été fabriqués par des habitants du quartier montrant leur attachement à la chapelle : ainsi, la statue de la Vierge à l’Enfant du ch?ur réalisée en bois par Monsieur Joannard dans les années 1980, le tableau du même sujet peint en 1999 par Mme Claude Tanazacq, coiffeuse, ou encore la représentation de la Nativité réalisée en cuivre repoussé par M. Jean Métivier, chaudronnier, accrochée à l’entrée de l’oratoire de semaine.

5.Nativite_J_Metivier
Nous laissons le curé Mondésert conclure et l’écoutons nous dire que « l’essentiel me paraît se situer dans une double perspective : A) que la structuration d’une communauté ne parte pas d’en haut, d’une décision hiérarchique, mais d’une fermentation intérieure, du dedans, des besoins découverts et des mises en route des éléments actifs ; autrement dit, que la structuration ne crée pas le besoin, mais réponde à un besoin ressenti ; B) que la structuration de la Communauté réalise la proximité de l’Eglise, qu’elle la rende autochtone, présente à la dimension de vie du quartier, qu’elle devienne leur affaire, parce que ce sont eux, les chrétiens du coin qui l’ont désirée, préparée et peu à peu réalisée ».4

 

Violaine Savereux, Chargée du patrimoine mobilier diocésain

Service diocésain de l’Art Sacré

Conservateur délégué des Antiquités et Objets d’Art de l’Ain (CDAOA)

Janvier 2010

3.la_chapelle_des_Vennes_interieur

Notes

1 In « Projet pour une chapelle de quartier – Bourg : quartier des Vennes », note manuscrite du Père Jean Mondésert datée du 1/12/1963.

2 Ce vocable n’est pas utilisé couramment puisqu’on connait surtout la « chapelle des Vennes » à Bourg. On trouve un vocable différent dans un document relatant la confirmation le 15 mai 1977 au Sacré-Coeur de Bourg de 18 garçons et 16 filles de la « chapelle Saint-Paul des Vennes ». Je n’ai pas trouvé d’autre mention de ce vocable ailleurs.

3 Réponse du Père Mondésert au questionnaire envoyé par le Comité National des Constructions d’Eglises du 1er/04/1964 pour préparer un colloque d’Urbanisme religieux prévu fin 1964 ou début 1965 sous la présidence de Mgr G. de Vaumas, Vicaire général de Paris et Directeur Général des Chantiers du Cardinal de Paris.

4 Id.