Paroisse Montrevel-en-Bresse

Mettons-nous à la suite des grands témoins et lisons la vie du père Lagrange

« Lumière de l’Eglise »

Albert Lagrange, Marie-Joseph sera son nom de religieux, est né le 7 mars 1855, à Bourg-en-Bresse, où son père exerçait l’office de notaire. Son père était « chrétien jusqu’aux moelles », sa mère, très douce, artiste, et femme de prière. A trois ans, l’enfant est présenté au curé d’Ars qui aurait dit en le voyant : « Cet enfant deviendra une lumière de l’Église ». Pensionnaire au petit séminaire d’Autun, Albert fit d’excellentes études secondaires. On apprenait alors, par coeur, l’Évangile de Luc en grec, on lisait les grands classiques en grec et en latin. Admissible à Saint-Cyr, le jeune étudiant préfère le droit, il se destine à la carrière d’avocat. Il passera le doctorat à la faculté catholique de Paris, s’inscrit au barreau et plaide quelques fois. Mais un jour où il priait dans l’église Saint-Sulpice, il avait éprouvé une émotion intense. « En sortant, écrira-t-il, je n’étais plus le même ».
Il songe alors à la vie religieuse dominicaine, et pour se préparer aux austérités de l’ordre des prêcheurs, il entre au séminaire d’Issy-les-Moulineaux où il nouera de solides amitiés et rencontrera des maîtres spirituels qui lui donneront le goût des Écritures. Le 6 octobre 1879, il prend l’habit au couvent des dominicains de Saint-Maximin, dans le Var. Un an plus tard, des décrets d’expulsion obligent les religieux à émigrer en Espagne. Le frère Marie-Joseph Lagrange part à Salamanque où il va étudier la théologie et les langues orientales. Ordonné prêtre le 22 décembre 1883, il enseigne à la maison d’études des dominicains de Salamanque puis à Toulouse où il arrive en 1886.
A Vienne, où il avait été envoyé pour parfaire sa connaissance des langues anciennes, le Père Lagrange reçoit, le 5 février 1889, l’ordre de son prieur provincial de se rendre au couvent de Jérusalem pour y fonder une École d’Écriture Sainte. Cette école s’ouvrira le 15 novembre 1890, dans un ancien abattoir turc.

 

L’École Biblique de Jérusalem

L’étude de la Bible posait alors bien des problèmes à l’Église catholique. L’avancée des sciences humaines ne risquait-elle pas de mettre en question les données fondamentales de la Bible ? Pouvait-on se livrer à une étude scientifique de textes sacrés que les croyants considéraient comme Parole de Dieu ?
Persuadé que la recherche de la vérité ne doit jamais avoir peur de ce qu’elle va découvrir, le Père Lagrange s’engagera dans la bataille afin de concilier la foi et la raison, la science et la conscience, le dogme et la critique. Toutes les sciences humaines devaient être mises au service de l’étude de la Bible, Parole de Dieu en langage d’homme. La méthode historico-critique, indispensable pour l’étude scientifique du sens des textes anciens, s’appliquait aussi à la Bible. L’exégèse catholique devait donc étudier les processus historiques de production des textes bibliques, suivre leur cheminement progressif, et mettre en oeuvre pour y parvenir des critères scientifiques aussi objectifs que possible. Elle devait tenir compte des genres littéraires, de la provenance géographique et de l’origine historique des écrits. L’entreprise n’alla pas sans difficultés.
Injustement dénoncé, Lagrange, longtemps suspect aux yeux des autorités romaines, fut accusé de sacrifier la lettre de la Bible aux exigences de la critique. Jamais lâche, toujours docile, travailleur acharné, théologien sans failles, il cherchait avant tout à servir l’Église et son honneur. Il se souciait du salut des âmes, à une époque qui les exposait aux dérives nombreuses. Il consacra sa vie au service de la Parole de Dieu par l’enseignement oral ou par les livres. Il fut tout autant savant qu’homme de prière et contemplatif. Dans la célébration commune de la liturgie, dans la récitation personnelle du rosaire, il puisait une force intérieure et une sérénité que rien ne parvenait à ébranler.