« Un prophète n’est méprisé que dans son pays »

 Quatorzième Dimanche du Temps Ordinaire  

St Marc 6, 1—6

 

Ecoutez les commérages sur la place du village de Nazareth au sortir de l’office de ce Sabbat. Les une disent : « Qu’est-ce qu’il parle bien, ce Jésus ; on est ému, on est accroché en l’entendant ! » D’autres ajoutent : « Et ses miracles, alors ! C’est tout de même extraordinaire ce qu’il fait ! » Mais d’autres encore, ceux qui vont l’emporter, minimisent : « Bof… ! Après tout, ce n’est que le fils à Joseph, le fils du menuisier ! »- « Oui ! C’est vrai ! » Tout tombe par terre : on ne s’émerveille plus, ni sur les discours, ni sur les guérisons !

 

Ceci, d’emblée, doit nous mettre en garde : évitons de juger les gens sur leur apparence ! Le petit que nous serions portés à mépriser peut être plein de sagesse, de bon sens, et savoir-faire bien des choses que nous ne saurions pas faire nous-mêmes. Seulement il risque fort d’être paralysé, d’être écrasé, justement parce que nous ne lui faisons pas confiance, parce que nous le dédaignons.

 

Ensuite, nous pourrions peut-être nous examiner en nous demandant quelles sont les occasions dans la vie où nous essayons d’exercer le pouvoir sur les autres. Il y a une soif du pouvoir innée en tout être humain. Combien de fois nous laissons-nous guider subtilement – ou peut-être pas si subtilement- par cette soif du pouvoir ? Nous connaissons tous de ces personnes (nous peut-être…) qui croient qu’en criant plus fort que les autres, elles arriveront à mieux imposer leurs idées. Elles ont l’impression de gagner une bataille, mais en fait elles restent constamment sur la défensive de peur de devoir à nouveau se battre pour leur vérité. En s’imposant ainsi, elles font en réalité le vide autour d’elles.

 

 

L’Evangile nous montre à l’opposé un Jésus qui ne s’impose pas, mais qui en impose. Il y a une nuance importante entre s’imposer et en imposer, entre user d’autorité et faire autorité. Jésus refuse le pouvoir qui violente. Il choisit d’en imposer par la connaissance intime qu’il a de Dieu, par la manière dont il vit sa vie et bouscule ceux qui croisent sa route. Il choisit de convaincre et non de contraindre. Il permet à chacune et chacun de faire son propre chemin de foi, d’avancer et de reculer. Ainsi remplit-il sa mission de Fils de Dieu en étant un vrai prophète. Dieu, quand in envoie Ezéchiel annoncer sa parole au peuple d’Israël, ne lui donne pas de pouvoir spécial qui puisse forcer l’assentiment du peuple. Il l’invite simplement à parler avec autorité : « … Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu… Alors, qu’ils écoutent ou qu’ils refusent, ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » (1ère lecture). Le prophète ne cherche pas forcer l’adhésion. Comme le Christ, comme St Paul, il sait que c’est dans la fragilité que se trouve la vraie puissance. « C’est parce que je suis faible qu’alors que je suis fort », s’écrie l’apôtre aujourd’hui. (2ème Lecture)

 

La force ne procure que des réussites illusoires, tandis que partir de ses propres fragilités pour en permettant à Dieu de nous y rejoindre, lui permet d’habiter nos mots, nos gestes, notre vie tout entière. Les gens que nous respectons et qui touchent sont souvent ceux qui construisent leur vie à partir de leurs fragilités. En agissant de la sorte, nous nous apprenons à nous accepter tels que nous sommes pour avancer sur le chemin de notre vraie mission.

 

Détenteurs d’une petite parcelle de la vérité, la posant en Dieu, nous devons ses messagers, ses prophètes. Nous ne nous imposerons pas, mais nous en imposerons par la sagesse de nos propos qui prennent leur source dans la méditation des Écritures et dans la prière personnelle et quotidienne.