Ordinations diaconales : « Configurés au Christ serviteur »

Jour de joie pour notre diocèse : le dimanche 1er juillet 2018, en l’église Notre-Dame de la Miséricorde à Ars, Mgr Pascal Roland a ordonné diacres :

• Axel Albar, pour le diocèse de Belley-Ars

• Arsène Niambi et Théodon Mitoumou pour le diocèse de Pointe-Noire, en République du Congo

• Pierre Nguyen Ven Tien de Thanh Hoa au Vietnam

 

Pour eux, cette ordination diaconale est la dernière étape avant d’être ordonné prêtres. Au cours de cette célébration, il se sont engagés à servir leurs frères, à leur annoncer l’Evangile, la Parole de Dieu, à prier avec toute l’Eglise, à obéir à leur évêque, et à demeurer célibataire. Tous les quatre ont été formés au Séminaire de la Société Jean-Marie Vianney, à Ars. Ce séminaire a en effet une vocation internationale, et de nombreux séminaristes africains et asiatiques y sont accueillis.

 

Voici l’homélie de Mgr Roland pour la messe d’ordination (Lectures : Jérémie 1, 4-9 ; Psaume 95 ; Actes 6, 1-7 ; Jean 12, 24-26)

 

 

Chers amis, dans quelques instants, vous allez être ordonnés diacres, dans la perspective d’être ordonnés prêtres d’ici quelques mois. Pourquoi êtes-vous d’abord ordonnés diacres et non pas immédiatement prêtres ? Est-ce une étape à franchir ? Serait-ce une phase transitoire destinée à être oubliée une fois que vous serez ordonnés prêtres ?

 

L’usage qui consiste à dénommer « diacres permanents » les hommes qui ne sont pas destinés à devenir prêtres n’est-il pas ambigu ? Ce qualificatif de « permanent » ne pourrait-il pas laisser penser en effet que les autres diacres – c’est-à-dire vous-mêmes – seraient des diacres temporaires ?

 

 

Pourquoi donc commencer par l’ordination diaconale ? Si aujourd’hui vous n’êtes pas ordonnés directement prêtres, et si vous devez commencer non seulement par être ordonnés diacres, mais devoir aussi attendre au moins six mois avant de pouvoir être ordonnés prêtres, c’est parce que ce premier degré du sacrement de l’ordre, le diaconat, constitue le fondement du presbytérat et de l’épiscopat.

 

Il faut intégrer que les prêtres et les évêques demeurent diacres. J’en prends pour témoignage que, selon un usage reçu de l’Antiquité, lors des célébrations liturgiques solennelles, il est prévu que l’évêque puisse porter sous la chasuble le vêtement liturgique propre du diacre, la dalmatique.

 

Il n’est pas besoin de vous rappeler que le mot « diacre » signifie « serviteur ». La base du ministère ordonné est donc le service. Autrement dit, il n’est pas possible de devenir prêtre ni évêque sans commencer par se laisser configurer au Christ Serviteur ! Devenir prêtre ou évêque, suppose d’être d’abord identifié au Christ Serviteur, qui prend la dernière place, celle de l’esclave, pour laver les pieds de ses disciples, avant de livrer sa personne jusqu’à la mort en versant son sang sur la croix.

 

Lorsque vous serez devenus prêtres, vous aurez donc à vous souvenir constamment que la prêtrise n’est pas une promotion humaine et que vous recevrez la mission d’agir au nom du Bon Pasteur qui « n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour la multitude » (Mt 20, 28). Celui qui n’a pas une âme de serviteur ne saurait être un bon pasteur !

 

Je vous renvoie aux exhortations répétées du pape François et à ses nombreuses mises en garde contre les tentations qui nous guettent. Ainsi, par exemple, dans l’exhortation apostolique sur la Joie de l’Evangile, le pape écrit-il : « Le sacerdoce ministériel est un des moyens que Jésus utilise au service de son peuple, mais la grande dignité vient du Baptême, qui est accessible à tous. La configuration du prêtre au Christ-Tête – c’est-à-dire comme source principale de la grâce – n’entraîne pas une exaltation qui le place en haut de tout le reste. Dans l’Eglise, les fonctions ne justifient aucune supériorité des uns sur les autres ».

 

 

La première lecture de ce jour nous rend témoins de la vocation du prophète Jérémie. Celui-ci s’étonne et se défend même du choix opéré par Dieu. Il se sait faible et fragile. Il a conscience d’être comme un enfant qui ne sait pas parler. Et il éprouve de la crainte à la perspective de recevoir la lourde et délicate mission de parler au nom du Seigneur.

 

Il en est pour vous, et pour chacun des ministres ordonnés, comme de Jérémie. Le Seigneur ne nous choisit pas en vertu de quelque mérite personnel, ni d’un quelconque faisceau de qualités hors du commun. Ne vous méprenez surtout pas, et conservez toujours un regard lucide sur vous-même ! Vous êtes de pauvres hommes, pas plus brillants que les Douze Apôtres ! Vous êtes de pauvres pécheurs qui ont simplement eu la grâce et le bonheur de rencontrer Jésus et d’accueillir ainsi la Miséricorde du Père !

 

 

Cependant, ne vous laissez pas paralyser par vos pauvretés et vos péchés, n’arrêtez pas votre regard sur vous-mêmes ! Mais ne cessez jamais d’écouter le Père ; ne quittez pas du regard Jésus qui vous appelle à le suivre ; et faites confiance à la puissance de l’Esprit Saint que vous allez recevoir.

 

N’oubliez pas que la première qualité requise est l’humilité, comme nous l’enseigne St Jean-Marie Vianney. Selon ce que rapporte Catherine Lassagne, celui-ci disait de lui-même : « Je pense souvent que le Bon Dieu n’a pas trouvé des hommes plus chétifs que moi pour le mettre à ma place pour faire beaucoup de bien. Ordinairement il se sert de ce qu’il y a de moindre pour faire beaucoup de bien, parce que c’est lui qui fait tout ».

 

La deuxième qualité requise est l’obéissance, qui se traduit par une disponibilité inconditionnelle à l’œuvre toujours surprenante et innovante de l’Esprit Saint. Lorsque l’on devient diacre, on n’élabore pas un plan de carrière, mais on décide de suivre le Christ Serviteur : on accepte donc qu’un autre nous mette la ceinture pour nous emmener là où ne nous voudrions pas aller spontanément (cf. Jean 21, 18).

 

Dans l’Evangile qui vient d’être proclamé, Jésus vous enseigne comment être serviteurs. Etre serviteur implique de ressembler au Christ identifié au grain de blé tombé en terre. Le Christ a consenti à mourir pour ne pas rester seul. Comme le grain de blé tombé en terre en vient à porter beaucoup de fruit, de même, vous aurez à mourir à vous-mêmes, à entrer dans un dépouillement toujours plus radical, à vous détacher de votre volonté propre et renoncer à vous préserver, car « qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle », avertit Jésus.

 

L’obéissance au Père, avec le Christ Serviteur, se traduira très concrètement. Aujourd’hui, vous allez promettre devant tout le monde « de vivre en communion avec votre évêque dans le respect et l’obéissance ». Il s’agit que ce ne soit pas des paroles vaines, mais un véritable engagement. Parfois il se pourra que celui-ci vous coûte, mais soyez certains que c’est en y étant totalement fidèles que vous serez vraiment fidèles au Seigneur et que votre ministère sera fécond.

 

 

Vous pourrez toujours trouver des objections apparemment valables pour chercher à vous soustraire à la mission. Vous pourrez toujours imaginer de fausses « bonnes raisons » pour désobéir et en faire à votre tête. Mais dans ce cas-là vous ne serez plus d’authentiques témoins, parce que vous refuserez de suivre le Christ dans son mystère pascal.

 

Le récit des Actes des Apôtres nous rapporte quant à lui l’institution des sept premiers diacres. Vous avez remarqué qu’il nous place devant une tension. Tension entre, d’un côté, le service aux tables, c’est-à-dire l’exercice de la charité fraternelle auprès des personnes les plus pauvres, et, de l’autre côté, la prière et le service de la Parole, c’est-à-dire la gratuité de la relation à Dieu et l’annonce non moins gratuite de la Parole, qui porte sa propre puissance. Vous devrez apprendre à vivre dans cette tension permanente, qui sera source de fécondité.

 

Sans la prière et l’annonce explicite du mystère du Christ, la charité se dénature et se réduit à une simple action humanitaire. A l’inverse, la prière et la prédication déconnectées du service concret du pauvre perdent toute crédibilité et dégénèrent en mondanité spirituelle, selon l’expression du pape François.

 

Vous avez entendu l’appel à vous engager au célibat et aujourd’hui, devant tous, vous avez pris librement cet engagement pour signifier le don total et définitif de vous-mêmes au Christ, à cause du Royaume des cieux, et pour vous mettre exclusivement au service de Dieu et de votre prochain. Vous serez attachés au Christ d’un cœur sans partage, pour vous donner totalement au service de Dieu et des hommes. Dans quelques instants vous prendrez l’engagement solennel de conformer toujours davantage votre vie à celle du Christ Serviteur, « dont vous prendrez sur l’autel le corps et le sang pour le distribuer aux fidèles ».

 

« Que Dieu lui-même achève en vous ce qu’il a commencé ! » Qu’il fasse de vous de bons et fidèles serviteurs aptes à entraîner les fidèles laïcs à être eux-mêmes les serviteurs zélés dont la société contemporaine a besoin pour accueillir Jésus, celui qui est « le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jean 14, 6).

+ Pascal Roland