Paroisse Pont-d'Ain

Mot du curé

La Tempête apaisée 

La barque fragile des disciples est ballottée par la tempête. La situation semble très vite désespérée, et Jésus dort ! Comment ne pas comprendre leur panique ? Dans la mentalité juive la mer représente le chaos, l’incompréhensible ; la mer fait disparaître tout repère, on y est perdu. Sa force destructrice représente la violence et la mort. La mer est le symbole du mal, elle révèle à l’homme sa vulnérabilité et son impuissance. Seul Dieu peut la maîtriser, et cette maîtrise, nous dit la première lecture tirée du livre de Job, nous révèle sa puissance infinie. La scène sur le lac rappelle aussi les premiers versets de la Genèse : l’obscurité, la tempête, l’abîme, le chaos incompréhensible avant que Dieu ne prononce sa parole créatrice. Dans leur barque, les disciples sont livrés à ce chaos, ils sont perdus, et ils sont menacés par la violence des éléments déchaînés. Et Jésus prononce sa parole de puissance, sa parole de paix et d’ordre. Les disciples passent de la peur a une crainte sacrée, du chaos de la tempête à la majesté mystérieuse de Dieu.

Dans ce récit, tout finit bien. Les disciples ne périssent pas, Jésus les sauve. Il y a souvent ceux qui, perdus dans une situation périlleuse, dans l’obscurité, dans le chaos, ne s’en sortent pas. Ils crient éperdument vers Jésus, et ne semble pas trouver satisfaction. Le but du récit de Marc n’est pas de dire aux disciples qu’ils survivront s’ils font appel à Jésus, mais de leur rappeler que même dans le danger, dans la souffrance incompréhensible, dans la mort, ils ne sont pas abandonnés. Ils sont dans un monde animé par la parole de Dieu, de Jésus, et ils sont entourés par sa puissance mystérieuse. Parfois, la vie peut nous submerger de problèmes et de difficultés. Elle peut souffler une véritable tempête de doute, de tension et d’inquiétudes. Peut-être alors faut nous souvenir d’une superbe phrase du Pasteur d’Hermas, un texte du début du IIème siècle : «  Il faut construire la tour sur du solide, c’est-à-dire sur de l’eau. L’eau du baptême, celle qui nous conduit à Jésus, celui qui sommeille à l’arrière de nos barques. Doucement, tendrement, comme s’il ne voulait pas que sa présence nous envahisse et nous empêche d’avancer, de continuer, il se réveille et dit à notre vent : Silence, tais-toi. »

Notre environnement peut être chaotique, notre psychologie intérieure peut être dévastée comme un champ de ruine, rappelons-nous alors qu’il y a bien plus important que ces décombres ou ces violences : la présence en nous du Ressuscité. Il est là. Il se repose mais ne demande qu’à être réveillé pour nous guider au travers de nos tempêtes. Il nous invite à retrouver en nous, quoi qu’il arrive, cette paix intérieure, un silence tout habité de sa présence. Lorsque nous sommes submergés, Jésus nous convie à refaire le pari de la confiance. Lui, il est Dieu. Nous, nous ne le sommes pas. Il y a 36 raisons d’avoir peur. Offrons-lui les tempêtes de nos vies. Il nous aidera à retrouver la paix intérieure, il nous ouvrira un chemin possible. ( Marc 4,35-41 )

Père Aimé Fulbert OWAH, Curé

Feuille Paroissiale

PtdAin FP 24 Juin 2018 (double « clic » gauche pour ouvrir le fichier)