« DE L’ORIGINE DU MAL… »

Dixième Dimanche du Temps Ordinaire   
St Marc 3, 20—35

 

A travers un récit qu’il habille des couleurs mythiques de l’Orient ancien, le merveilleux conteur biblique nous livre sa réflexion sur le problème de la souffrance de l’homme. Et voici sa conclusion : la source du mal moral est l’homme lui-même. Librement, a fait des choix en totale opposition avec la valeur essentielle de sa vie qu’est Dieu. Et cette révolte entraîne une quadruple rupture. Avec Dieu d’abord : en se coupant de sa source, l’homme devient un mince filet d’eau qui se perd dans la terre où il devait apporter la vie. Avec la nature : il y a lutte entre l’homme et la terre, et l’homme peut en venir à empoisonner la planète qui l’héberge. Avec les autres aussi, et en particulier avec sa femme, dont il a rompu la communion et l’amour par le soupçon et la peur. Avec lui-même enfin : il a brisé son harmonie intérieure, et la honte devant sa nudité devient l’image de cette division intime exprimée avec tant de force par le livre de la Genèse. Pourtant, signe d’espérance, il n’y a qu’un seul être qui est maudit, sans explication : Satan. L’homme finira par retrouver le sentier du paradis.

 

… à une tentative d’enlèvement
Si ce récit du jardin d’Eden relève de la poésie, la brève narration de la tentative d’enlèvement de Jésus par sa famille respire l’historicité la plus pure. Qui donc, après la résurrection, aurait osé inventer que les parents de Jésus le tenaient pour un exalté et qu’ils seraient venus de Nazareth à Capharnaüm pour le protéger contre ses propres excès en le reconduisant au village, si le fait n’était vrai ? Mus par leur affection inquiète et redoutant des ennuis, ils accourent pour le ramener à la maison. Les pharisiens n’éprouvent pas le même souci pour Jésus. Ils se sentent menacés dans leur importance. Pour détruire la popularité du Christ, ils l’accusent de rien de moins que de d’être « possédé par Béelzéboul le chef des démons ». C’est à ces scribes que Jésus répond d’abord, par des réflexions de bon sens. Si Satan était divisé contre lui-même, il serait déjà défait ! Au contraire, toute l’activité de Jésus est précisément dirigée contre l’auteur du mal. Par sa passion et sa résurrection, il l’a blessé à mort. La victoire finale est déjà assurée. Mais jusqu’alors, la lutte continue. Satan est à vaincre dans tout ce qu’il y a de dévié, de mauvais et de cassé en nous. Il est une créature pervertie, un ange déchu qui se glisse habilement dans la création et surtout dans le cœur de l’homme. Il se masque sous de faux visages de bonheur : l’égoïsme, le pouvoir dominateur, les idoles que sont l’argent, le sexe sans amour, la drogue, l’exploitation de l’homme.

 

Mais le mal le plus grave et le plus difficile à vaincre, c’est « le péché contre l’Esprit ». Et qu’y voir d’autre sinon le refus de la vérité, le bien qu’on appelle mal, les ténèbres qu’on appelle lumière, la volonté délibérée et meurtrière de rejeter la qualité d’être humain à celui qui est d’une autre ethnie, d’une autre religion, d’une autre race… Vient alors la désarmante simplicité de la réponse de Jésus à sa famille : sa mère, ses frères, ses sœurs sont ceux qui aiment Dieu. Marie est doublement sa mère. Sa vraie grandeur est de « faire la volonté de Dieu ». Devenons « frères ou sœur de Jésus » par notre amour et notre fidélité.