Saint Vincent de Paul

 

L’expérience est indissociable du temps, le grand maître d’œuvre de la vie et de la doctrine spirituelle du saint de la charité. Il est un lieu de sanctification parce qu’il est le vecteur de la persévérance et de la fidélité. Que le rythme des saisons et la lenteur des mûrissements soient inscrits au plus profond de son être, ne fait pas l’ombre d’un doute. Il a la lenteur calculée et toute tranquille du laboureur landais.

 

Ce paysan de nature aime le travail qu’il considère comme l’apanage de Dieu lui-même; le Créateur travaille incessamment, de toute éternité et avec chacun. Dieu agit pour le bien de l’homme et ce dernier n’a plus qu’à l’imiter: « Nous qui sommes ses créatures; travaillons, comme il l’a dit, à la sueur de nos visages. » A la campagne, le temps est une école de patience et de dépendance : labourage, semailles, récoltes, terres en jachère et en chantier. Vincent fait des recommandations qui sentent la connaissance des êtres et des choses : « Nous hâter lentement, le temps change tout, il est court » et dans une autre tonalité : « Suivre pas à pas l’adorable providence de Dieu, suivre l’ordre de la Providence, mettre toute confiance en la Providence. »

 

Ainsi compte-t-il sur le facteur temps pour parvenir à ses fins pour ne pas le perdre, le gaspiller ou le voir filer inexorablement. En ce dernier domaine, l’âge rappelle que la vie n’est qu’un songe, une seule leçon demeure: « Bienheureux sont ceux qui emploient tous les moments de leur vie au service de Dieu. »

 

Pour Vincent, l’inscription dans le temps nous envoie à l’action, nous demande d’être dans le monde tel qu’il est, d’y agir, d’y utiliser de l’expérience et d’en acquérir davantage au service du royaume de Dieu, ce que comprendront nombre de ses successeurs, notamment Frédéric Ozanam.

 

Damienne Van Beek