Vivre le chabbat aujourd’hui

« Loin de se substituer au sabbat, le dimanche en est donc la réalisation achevée et, en un sens, l’extension et la pleine expression, par référence au chemin de l’histoire du salut, qui a son sommet dans le Christ. » (Dies Domini § 59)

Mais comment nos frères Juifs vivent-ils le sabbat aujourd’hui ? Voici le témoignage de René Ansellem.

 

Né il y a 85 ans, à Béni-Ounif dans le sud de l’Algérie, d’une famille pratiquante, avec deux grand-parents rabbins, le chabbat était vécu à 100% ! Dans notre village vivaient une vingtaine de chrétiens que nous appelions les « européens », 2 000 musulmans et notre communauté de 200 juifs qui se réunissaient donc tous les vendredis à la synagogue. Quand ensuite, nous nous sommes installés à Oran, notre pratique a été la même ainsi qu’à notre arrivée en France, et cela jusqu’à la mort de nos parents. Par la suite, avec les exigences, on pratique ce que l’on peut pratiquer…

 

« Tu ne travailleras point, ni toi, ni tes serviteurs, ni tes animaux ». Et cela du vendredi à 15 heures pour se terminer le samedi soir à l’apparition des premières étoiles. On ne doit pas travailler mais pas seulement, ce temps doit aussi être consacré à la prière, à l’Eternel. On doit prier et se reposer !

 

Comment vivions-nous notre chabbat ? Cela posait des problèmes d’ordre pratique car il est interdit de faire du feu et aujourd’hui d’utiliser de l’électricité. Pour mémoire, dans notre calendrier, nous sommes en 5 778 ! Nous sommes donc obligés de marcher car nous ne pouvons utiliser ni de voiture, ni de métro, ni d’âne ou de bœufs pour tirer une charrette ! Un autre exemple : la maîtresse de maison doit préparer tous les repas à l’avance, soit trois repas ainsi que le thé que nous mettions dans des pots en terre, chez mes grand-parents. Le tout était déposé dans des grands fours, sorte de four à pain, pour que la chaleur soit maintenue. Il était de notre devoir de conserver également au chaud ce que nous apportaient nos voisins nécessiteux et de partager ce que nous avions préparé. L’exigence crée la solidarité.

 

Entre les prières, chez soi et/ou à la synagogue, nous avions également une ‘causerie éducative’. Il s’agit d’un cours verbal car nous n’avons pas le droit d’écrire. Nous préparions également notre Bar Mitzvah pour le grand jour de nos 13 ans et 1 jour. Mais le plus sacré, c’est le repos car pour avoir la force de donner le maximum pendant la semaine, il faut se reposer ! Il faut se reposer pour se donner à fond pour travailler et nourrir la famille. Et la famille juive, ce n’est pas juste un concept. Elle est également sacrée, il faut respecter les parents : « Tu dois honorer Père et Mère ».

 

Donc pendant le chabbat, nous prenons du temps avec la famille, en promenade, en jeu, en discussion… et surtout en faisant la sieste ! « C’est le Chabbat qui procure aux 6 jours de semaine abondance de bien-être. »