Paroisse Saint-Didier-sur-Chalaronne

Les Rameaux : joie et amertume

 

J’aime bien ce jour des rameaux. Nos églises se remplissent plus que d’habitude. De nombreuses personnes qui pratiquent peu se sentent aujourd’hui invitées et accueillies. Tous ces buis que nous agitons donnent un air de fête. Nombreux sont parmi nous vont mettre ces buis en évidence dans leur maison, ou en porteront à des amis qui ne peuvent pas se déplacer. Ceux qui jugent la foi de l’extérieur pensent voir là une superstition. Mais ils n’ont rien compris. Pour nous, nous savons que les rameaux n’ont de sens que parce que nos cœurs, et nos regards sont déjà tournés vers la fête de Pâques que nous allons célébrer dans une semaine.

Pourtant, je dois le reconnaitre que la marche vers Pâques ne sera pas facile pendant la semaine qui vient. D’ailleurs, la fête des rameaux, elle-même, a un petit goût amer. La foule qui vient d’acclamer Jésus faisant son entrée à Jérusalem sera celle qui va crier sur lui: à mort! Un peu plus tard. Alors et moi, et chacun de nous, nous pouvons nous demander: cette attitude versatile n’est-ce pas un peu moi-même?

Autre chose est bien dur aujourd’hui, c’est la lecture de la passion de Jésus que nous avons entendu. Nous n’aimons pas trop le mot passion. Parce qu’il nous fait souvent peur. Parce qu’il est synonyme de grande souffrance. Des paroles humiliantes de ses bourreaux. « Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui. Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent ses habits.» L’humiliation du Fils de Dieu est allé jusqu’à son comble. L’homme déshabille Dieu.

Pourquoi faut-il que Jésus souffre? Pourquoi faut-il que Dieu, par Jésus son Fils, passe par le rejet le plus total et par la mort? Je crains de ne pas avoir une réponse définitive. Dieu ici nous entraine au-delà de nos raisonnements. Essayons cependant de trouver une voie.

Frères et sœurs, nous sommes là confrontés au mal sous toutes ses formes. Que ce soit la souffrance, la mort, ou bien le désir de faire le mal. C’est ce qu’on appelle le péché. Et parfois nous rêvons que Dieu vienne effacer tout cela de notre vie ou bien on lui reproche de ne pas le faire. Autour de nous ceux qui ne croient pas, ils se moquent de nous: «Mais où est-il ton Dieu, puisqu’il n’intervient pas?» Dieu n’est pas comme un magicien. Voici comment il intervient : en Jésus, il nous rejoint. Ce Jésus il affronte avec nous le mal, tout ce qui porte atteinte à la dignité humaine. Il est bien clair que nous ne devons pas minimiser les souffrances du Christ.

 

Mais pour bien vivre cette semaine Sainte nous ne devons pas la vivre seulement comme la semaine de l’épreuve et de la souffrance. Dans le projet de Dieu et dans l’obéissance du Christ, la semaine sainte est la semaine de l’amour. Que ce soit le dernier repas et le lavement des pieds, la nuit au jardin des oliviers, avant l’arrestation, tout sur le chemin suivi par Jésus vers sa mort est amour.

 

La croix n’est plus le sommet de l’horreur, elle est le sommet de l’amour, qui est de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Oui, depuis Jésus tant de croyants nous ont montré le chemin qui conduit à la vie en donnant leur vie, en pardonnant, en se battant pour la justice, en luttant contre la violence. Ils sont nos ancêtres dans la foi et c’est à leur suite que nous brandissons ces rameaux. Les yeux fixés sur Jésus Christ entrons dans le combat de Dieu qui est le combat pour la vie.