Paroisse Pont-d'Ain

Mot du curé

 Après la journée de Capharnaüm, voici Jésus face à un lépreux. Aucune indication de lieu, ici. La foule semble avoir soudain disparu. Manifestement saint Marc n’a voulu retenir que le tête-à-tête entre Jésus, prédicateur de la Bonne Nouvelle et ce malade anonyme représentant de tous les autres. En raison de son caractère mystérieux et dégradant, la lèpre évoquait le péché et ses profonds ravages. Ceux qui en étaient atteints devaient habiter à l’écart, voiler leur visage, crier « impur !impur ! » pour signaler leur approche, afin que tous s’éloignent au plus vite. Pendant longtemps, on n’a connu qu’un moyen de se prémunir contre les dangers de contagion de cette maladie sans remède : l’exclusion, l’isolement strict des malades. Du coup, les malheureux lépreux étaient soumis à des conditions de vie inhumaines. Or Jésus laisse le lépreux venir jusqu’à lui. Bouleversé de pitié pour cet homme qui l’implore à genou, il étend la main, le touche et d’un mot le guérit. L’humble supplication du lépreux manifeste la confiance qu’il porte en Jésus. Oui, il est des situations où le seul recours soit ce « cri » vers Dieu, maître de l’impossible : «  Seigneur, si tu le veux, tu peux me sauver ».C’est une prière à redire sans cesse.

Jésus dit : « Je le veux! sois purifié ! »

Jésus sauve par un geste et par une parole. C’est le principe même de chaque sacrement. Jésus étend la main et touche le lépreux qui est guéri au moment même de ce geste. Jésus ne craint pas l’impureté ni la contagion. Il sait qu’il est la guérison. Son pouvoir vient d’ailleurs. Il sait qu’il ne peut être souillé par cette lèpre comme il n’est pas souillé par le péché. Il est la Vie qui ne peut craindre la corruption. D’une certaine manière, il anticipe sa résurrection par cette guérison qui rend pleine vie à celui qui est venu demander de vivre comme tous les autres et au milieu d’eux. Nous avons tous besoin de la guérison. Il nous faut la foi de ce lépreux  pour reconnaître en Jésus qu’il est le sauveur. Paschase RADBERT, commentateur des Pères de l’Eglise disait ceci : « La foi pure, vécue dans l’amour, maintenue par le persévérance, patiente dans l’attente, humble dans son affirmation, ferme dans sa confiance, pleine de respect dans sa prière et sagesse dans ce qu’elle demande, est certaine d’entendre en toute circonstance cette parole du Seigneur : Je le veux. »

Etre en contact avec ceux et celles qui souffrent est essentiel à notre engagement chrétien. François d’Assise doit sa conversion en grande partie à  une rencontre avec un lépreux. C’est le texte de l’évangile d’aujourd’hui qui l’a fait sortir de sa médiocrité et a provoqué un changement radical dans sa vie. Il écrit dans son Testament : « La vue des lépreux m’était insupportable, mais quand je me sentis intérieurement porté à embrasser l’un d’eux, tout à basculé, tout à changé ». François est converti par un baiser au lépreux. Il est littéralement retourné, transformé, il voit les gens, il voit la vie d’une autre façon. Le contact de Jésus avec le lépreux est en fait l’équivalent de la parabole du bon Samaritain dans la vie réelle. C’est aussi le symbole de l’intervention de Dieu dans chacune de nos vies.

Derrière l’image de la lèpre, nous retrouvons toutes nos fragilités, nos handicaps, ce qui défigure et nous ronge de l’intérieur, tout ce qui nous empêche d’être un membre à part entière de la communauté humaine et d’offrir ce que nous avons d’unique. Tous nous avons besoin de la tendresse de Dieu. Et tous nous sommes invités à suivre l’exemple du Christ, à apporter un peu de réconfort et d’espérance à ceux et celles qui sont malades, rejetés et isolés. A la fin de l’évangile de saint Marc, Jésus indique les signes qui accompagneront les membres de son peuple : « Ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci se sentiront mieux ». (Marc 16,18). Etre disciple du Christ, c’est être guéri par lui et marcher à sa suite en agissant comme lui.

« Seigneur, si tu le veux, tu peux me guérir ».

 Père Aimé Fulbert OWAH, Curé

Feuille paroissiale

PtdAin FP 11 Fev 2018 Careme 2018 (double « clic » gauche pour ouvrir le fichier)