Redonner dans nos vies toute sa place au dimanche

 

Régulièrement, lors des visites pastorales, je souligne que nous avons à faire face au défi de vivre la foi dans un contexte social radicalement nouveau. Celui-ci est notamment caractérisé par le fait que l’Evangile a cessé de constituer la référence immédiate pour l’ensemble des citoyens français, comme cela l’a été durant de nombreuses années. Il est facile de le constater par exemple dans les récentes lois qui ont été adoptées pour régir notre vie commune. Même si la majorité des français se déclare encore catholique et même si la plupart des gens ignore que c’est à l’influence de l’Evangile que nous devons la qualité de vie que beaucoup nous envient, notamment en matière de libertés, de formation, de santé et de protection sociale.

 

Dans ce contexte inédit, il est vital pour l’ensemble de la société que ceux qui se reconnaissent chrétiens manifestent un attachement plus radical à la personne du Christ. Sinon ils ressembleront au sel devenu fade, qui ne vaut plus rien, et dont Jésus enseigne qu’on le jette dehors et qu’il est piétiné par les gens (voir Matthieu 5, 13). On ne naît pas chrétien, mais on le devient par le choix de suivre le Christ sur la voie de l’amour vrai, qui est un chemin exigeant. Beaucoup de nos frères chrétiens qui vivent dans des pays où ils sont brimés, menacés ou persécutés, nous l’enseignent avec force !

 

J’aime à rappeler que, comme nous le voyons dans la première communauté de Jérusalem, la vie chrétienne se construit en s’appuyant sur quatre piliers indissociables, l’écoute de l’enseignement des Apôtres, la communion fraternelle, l’Eucharistie et la prière (voir Actes 2, 42). Je demande donc constamment d’en faire nos orientations prioritaires, sans négliger aucun élément, puisque les quatre sont profondément liés et conditionnent une cinquième caractéristique qui est le témoignage évangélisateur.

 

 

Lorsqu’en commentant ces cinq essentiels de la vie chrétienne, j’aborde le sujet de l’Eucharistie, je commence par noter que la première caractéristique des chrétiens est leur rassemblement dominical, pour célébrer le Christ Ressuscité. N’ignorant ni ne minimisant les difficultés pratiques auxquelles nous sommes confrontés, j’insiste sur l’impératif de l’eucharistie dominicale en disant que dans les années à venir, les disciples authentiques du Christ se distingueront par le choix de se donner les moyens de prendre fidèlement part à la messe, quels qu’en soient les exigences et les risques.

 

En effet, ces vrais chrétiens ne mettront pas en balance la priorité de l’Eucharistie avec une autre activité importante, un horaire qui les arrange ou un style de chant qui les séduit. Ils ne s’effrayeront pas de quelques kilomètres à parcourir, organiseront le co-voiturage et prendront en charge ceux qui ont du mal à se déplacer seuls (personnes âgées et enfants), sans omettre de rendre visite à ceux qui ne peuvent plus bouger, pour aller prier avec eux et leur porter la Communion.

 

Mais aujourd’hui, dans notre société sécularisée, où l’on a banalisé le dimanche il m’apparaît nécessaire d’aller plus loin encore et de redonner dans nos vies toute sa place au dimanche avec sa signification de Jour du Seigneur. C’est un jour à vivre autrement si nous voulons entretenir notre foi et donner un signe fort et attrayant à nos concitoyens. Alors que beaucoup ne voient pas au-delà de l’horizon terrestre, il est important de nous souvenir que les premiers chrétiens ont qualifié le dimanche de 8e jour, pour signifier que nous sommes entrés dans une réalité nouvelle, qui fait éclater le temps pour l’introduire dans l’éternité.

 

Nous devons résister contre la tentation d’une conception réductrice du Jour du Seigneur et ne pas nous contenter d’une proposition minimaliste ou médiocre. Entendez bien qu’il ne s’agit pas d’un repli communautariste, mais d’un service à rendre à tous. Si l’Eucharistie est au cœur du dimanche, c’est pour imprégner tous les moments de la journée : famille, relations sociales, temps de détente, formation, recueillement, pèlerinage, gestes de solidarité, partage avec les plus pauvres… et donner le sens de notre vie !

 

J’ai demandé que tout au long de l’année 2018 soit menée une action de promotion du Jour du Seigneur et que soient valorisées et développées les nombreuses initiatives qui vont déjà dans ce sens. C’est pourquoi j’ai sollicité les membres du Conseil Diocésain pour l’Evangélisation, qui ont conçu et réalisé le livret que vous avez entre les mains. Je vous en souhaite bonne lecture !

 

+ Pascal ROLAND
Evêque de Belley-Ars