L’esprit des Assises de l’Immobilier

Le 22 décembre 2017 s’est tenue à la Maison Jean-Marie Vianney la deuxième étape des Assises de l’Immobilier, la présentation des projets des paroisses, des sanctuaires et du diocèse, qui a réuni une soixantaine de participants. Après le temps de la prière, Mgr Pascal Roland a présenté dans son introduction l’esprit et la vision de cette dynamique diocésaine.

 

En ouvrant cette journée de travail, je tiens d’abord à vous remercier chaleureusement de votre présence. J’ai conscience que l’agenda est bien rempli pour les uns et pour les autres (mais quand ne l’est-il pas ?) et je vous sais gré d’avoir pris le temps de préparer les dossiers qui vont être présentés dans quelques instants. Vous n’avez certes pas bénéficié d’un trop long délai pour les élaborer, mais, comme vous le savez certainement, nous avons des contraintes extérieures qui nous obligent à ne pas traîner. Je veux parler du moratoire accordé à titre exceptionnel par la Commission de Sécurité pour l’utilisation de bâtiments de la Maison Jean-Marie Vianney et de la Curie Diocésaine, au motif de la construction éminente d’un nouvel édifice.

 

Je voudrais maintenant préciser l’esprit de ces assises en soulignant plusieurs points importants. Il y a quelques mois, nous avons pris conscience que, malgré les efforts déployés, nos divers projets immobiliers n’étaient pas suffisamment portés par l’ensemble du diocèse. En particulier pour ce qui est de la Maison Jean-Marie Vianney. Si celle-ci est véritablement une maison au service de la famille diocésaine, il est indispensable que toute la famille diocésaine soit convaincue de sa nécessité, soit moralement partie prenante, et soutienne activement sa réalisation. La maison diocésaine est la maison de tous. Elle n’est comparable ni au siège d’une administration ni à celui d’une entreprise. C’est un bien commun au service de chacune des réalités locales. Elle doit donc être l’affaire de tous les chrétiens du diocèse, depuis les bords de Saône jusqu’à la frontière Suisse ; depuis des monts du Revermont jusqu’à ceux du Bugey !

 

Certainement avons-nous péché par manque de communication ; sans doute les pasteurs n’ont-ils pas suffisamment mobilisé leurs ouailles. Peu importe ! Il faut maintenant combler ces lacunes pour aller de l’avant. Ceci dit, il ne faut pas que notre attention soit exclusivement centrée sur la Maison Jean-Marie Vianney. Les diverses paroisses, les sanctuaires de Cuet et d’Ars font partie de notre grande maison diocésaine : leurs besoins sont à intégrer dans ceux de toute la famille. Ils doivent également être l’affaire de tout le monde et chacun doit en porter le souci.

 

Nous devons être réalistes et gérer nos biens de manière sage et contrôlée ! Nous ne sommes pas en mesure d’investir partout en même temps, ni au-delà de nos capacités financières. Il est donc nécessaire de hiérarchiser et de planifier les gros chantiers immobiliers et ceci en fonction de l’urgence des besoins pastoraux. Si nous n’adoptons pas un consensus en la matière, nous ne serons pas en communion et nous ne porterons pas les projets ensemble ! Notez bien que cette exigence coïncide avec la démarche pastorale entreprise auprès des doyens. Depuis environ dix mois, il leur a été demandé de réfléchir avec les curés aux besoins pastoraux et à leurs implications immobilières, en matière de logement des prêtres, de secrétariat et d’organisation de salles paroissiales. Car ce sont les exigences pastorales qui doivent commander la finance et les moyens immobiliers et non pas l’inverse. Or les besoins pastoraux doivent être revus, de manière à répondre aux défis de la nouvelle évangélisation.

 

Au moment où nous allons aborder ensemble les questions de l’avenir de l’immobilier de notre diocèse, il est indispensable d’avoir à la mémoire que, comme je ne cesse de le rappeler, la cellule de base de l’Eglise, ce n’est pas la paroisse, mais le diocèse, organisé autour d’un évêque successeur d’apôtre. Il importe que notre organisation pratique reflète les principes ecclésiologiques qui structurent l’Eglise. Alors que nous avons à faire face au défi de la nouvelle évangélisation, il est indispensable d’acquérir un esprit diocésain, avec un regard d’ensemble sur tous les besoins du diocèse et pas uniquement sur ceux de son clocher ou de son groupement paroissial. N’oublions pas que nous nous définissons comme étant catholiques. En grec, cet adjectif signifie littéralement selon le tout. C’est-à-dire que pour être des disciples du Christ dignes de ce nom, nous devons resituer notre réalité locale concrète dans le tout et penser soigneusement l’articulation du particulier avec les autres parties du tout.

 

Lorsque nous réfléchissons un tant soit peu et que nous dépassons le réflexe égoïste, le mouvement affectif ou le poids des habitudes, il est aisé d’adopter une vision plus large que celle du clocher ou de la paroisse. Il est inutile de souligner qu’à plusieurs nous sommes toujours plus riches : nous pouvons partager nos expériences mutuelles et avoir des propositions pastorales plus dynamiques, par exemple en matière de préparation aux sacrements ou de formation. Par ailleurs, il est évident que notre époque en manque de liens sociaux a particulièrement besoin de témoignages de fraternité et de solidarité. D’où l’exigence plus pressante de manifester de la solidarité entre paroisses. Malheureusement, dans l’Eglise, comme partout ailleurs dans la société, il arrive que les plus grands aient tendance à oublier les plus petits. Or il ne doit pas en être ainsi chez nous ! Chaque paroisse doit se montrer solidaire des autres paroisses du diocèse, notamment de celles qui manquent de moyens en raison de la modestie de leur héritage immobilier ou de la pauvreté des paroissiens. En particulier ne perdons pas de vue que le milieu urbain et le milieu rural n’ont ni les mêmes besoins, ni les mêmes ressources.

 

Pour résumer mon propos, je vous invite à retenir ces trois affirmations : 1) Nous devons nous montrer fraternels et solidaires en pensant la partie dans le tout. 2) Tous les gros travaux ne peuvent pas être réalisés en même temps. 3) Les chantiers doivent être hiérarchisés et programmés en fonction de l’urgence pastorale qui doit commander l’organisation. Et pour conclure : cette démarche des assises de l’immobilier est l’appel à un mouvement de conversion ! C’est le début d’une manière de penser et de vivre qui sera davantage conforme à l’Evangile en remettant ses propres projets en perspective avec tout le diocèse. Ce n’est pas une démarche ponctuelle pour les 5 ou 10 ans à venir, mais un nouvel habitus qui se met en place.

 

 

Après la présentation des projets et les échanges avec la salle, Mgr Roland a conclu cette journée de travail.

 

Nous avons vécu une bonne journée, car nous avons pu acquérir une vue globale de l’ensemble du diocèse et nous avons enclenché un processus novateur. Vous savez que le pape François nous enseigne que pour avancer dans la construction d’un peuple le temps est supérieur à l’espace (1). Lorsqu’on se préoccupe uniquement d’aménager un petit espace autour de soi, on fait fausse route. Mais lorsqu’on inscrit une démarche dans le temps, on entre dans une dynamique porteuse d’avenir. Pour ce qui est des prêtres, n’oubliez pas qu’aujourd’hui vous êtes curé ici… demain vous le serez ailleurs : peut-être dans une paroisse dont vous n’aurez pas été solidaire… et alors vous vous en mordrez les doigts !

 

Nous avons progressé dans l’identification des besoins pastoraux à moyen et long terme, et dans les besoins immobiliers que ceux-ci entraînent. Ainsi nous voyons se dégager peu à peu une vision commune, dont nous allons continuer de préciser les contours. Cette vision ne doit pas nous être imposée arbitrairement d’en-haut, mais nous devons la laisser émerger ensemble.

 

Un gros travail a été fourni, avec des présentations assez remarquables. En de nombreux lieux vous avez établi un inventaire assez précis. Nous avons pu repérer qu’un bon nombre de choses ont déjà été réalisées. Votre étude a aussi permis d’identifier des locaux qui sont peu ou plus utilisés et cela a suscité les réflexions nécessaires. Des projets ont pu être précisés et exposés à tout le monde, souvent avec des calendriers et des estimations chiffrées. En réponse aux questions posées, de nombreuses clarifications ont déjà été apportées.

 

L’expression a été libre, ce dont je me réjouis : chacun a pu exposer ses besoins, exprimer ses questions, dont beaucoup ont été fort pertinentes ; parfois posées aussi avec quelque impertinence, car nous avons entendu quelques revendications et coups de gueule. C’est bien ainsi : j’apprécie qu’on puisse dire les choses clairement plutôt que murmurées par derrière.

 

Bon courage maintenant au comité de pilotage. Je remercie ses membres, qui ont accepté d’étudier avec soin les dossiers présentés et d’accompagner leur suivi dans la durée. Ce comité me proposera une hiérarchisation et une planification des gros chantiers immobiliers tenant compte de l’urgence des besoins pastoraux et de nos capacités financières. Je consulterai alors le Conseil Diocésain pour les Affaires Economiques et le Collège des Consulteurs, avant d’arrêter une décision. Bien sûr, nous veillerons à laisser de la place pour l’imprévu et nous conserverons la possibilité d’introduire et intégrer des dossiers urgents susceptibles d’émerger en cours de route.

 

Nous sommes à quelques heures de Noël : nous allons accueillir le Fils de Dieu qui naît dans la pauvreté à Bethléem et n’aura pas de pierre où reposer la tête. N’oublions pas que tout ce que nous organisons est au service de cette Bonne Nouvelle ! Demandons un cœur ouvert et disponible comme celui de Marie pour servir le projet de Dieu comme il convient !

 

+ Pascal Roland

 

(1) « Ce principe permet de travailler à long terme, sans être obsédé par les résultats immédiats (…) Donner la priorité au temps c’est s’occuper d’initier des processus plutôt que de posséder des espaces » Evangelii Gaudium, n° 222-223.