L’exemple des Chrétiens d’Orient

 

Lors de l’assemblée plénière des évêques de France à Lourdes, la semaine écoulée, nous avons eu la chance de pouvoir entendre le témoignage, d’une part de Mgr Yousif Thomas Mirkis, archevêque chaldéen de Kirkuk et Sulaimanyah, en Irak, et d’autre part celui des trois évêques responsables d’Eglises de rite oriental en France : maronites, arméniens et ukrainiens ; des communautés qui, comme vous les savez, ont été et continuent d’être éprouvées.

 

Inutile de vous dire combien ces témoignages ont constitué un moment particulièrement fort. Les uns et les autres nous ont fait toucher du doigt le concret de la vie des chrétiens dans des régions du monde, où il n’est pas confortable d’être disciple de Jésus. Le courage de ces chrétiens constitue une leçon pour nous chrétiens occidentaux. Nous voyons des hommes et des femmes profondément attachés à leur pays, en même temps que fermement enracinés dans leur foi chrétienne ; des personnes qui croient en l’avenir de leur pays et qui proclament leur confiance en Dieu. Ils sont des pôles de lumière au milieu des ténèbres.

 

Je crois qu’ils constituent un modèle pour nous, occidentaux, qui avons à traverser aujourd’hui un autre type d’épreuve. Nous ici, comme eux là-bas, avons à opérer des choix de vie courageux. Pour ce qui nous regarde, nous avons à savoir faire des choix en rupture avec ceux d’une culture dominante qui ne fait plus référence à l’Evangile et impose des orientations qui ne vont dans le sens ni de la vérité ni du bien commun.

 

Nous constatons qu’en Occident a émergé une nouvelle culture caractérisée par la sécularisation et le nihilisme. L’absence de référence à une transcendance divine conduit à la perte de sens de la dignité humaine et la soumission aux désirs individuels devient une véritable tyrannie.

 

Dans ce contexte, nous devons, non pas nous replier sur nous-mêmes, ce qui est une tentation forte à laquelle nous devons résister de toutes nos forces. Nous ne devons pas nourrir de haine ni de mépris à l’égard de ceux qui opèrent des choix contraires aux nôtre, mais nous devons les respecter et les aimer en vérité.

 

Dans ce contexte, nous devons choisir la défense de la vie, un mode de vie sobre et un détachement par rapport aux biens matériels, l’accueil de l’étranger, le dialogue avec tous, le service des plus pauvres, et avoir le courage aussi de refuser de poser des actes contraires à notre conscience.

 

Tel est le défi de la nouvelle évangélisation : il nous faut écouter l’Evangile et le prendre au sérieux ; choisir de nous attacher plus résolument à Jésus Christ, adopter plus étroitement sa manière de vivre, et vivre une fraternité étroite mais ouverte, entre chrétiens.

 

Alors, comme nos frères chrétiens des Eglises orientales, nous serons des témoins d’espérance. Je prendrai une comparaison : dans une recette de cuisine, s’il manque un ingrédient, le plat est raté. De même, la présence des chrétiens, aussi minime soit-elle, est un ingrédient indispensable pour l’avenir de nos sociétés occidentales comme au Proche-Orient. Elle garantit une ouverture vers Dieu et une possibilité de croissance de la fraternité. Les chrétiens sont une force d’espérance, parce qu’ils rompent le cercle infernal de la violence ; parce qu’ils sont témoins de l’amour plus fort que la mort. Mais cela suppose qu’ils ne soient pas fades et qu’ils soient disposés à aller jusqu’au bout de l’amour, comme leur Maître, Jésus Christ.

 

+ Pascal ROLAND

Evêque de Belley-Ars

RCF, Parole aux Eglises, 10 novembre 2017