Paroisse Montrevel-en-Bresse

Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu

Arrêtons-nous sur le passage de l’Evangile. Il s’agit du texte sur la légitimité du tribut à payer à César, qui contient la fameuse réponse de Jésus: «Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu» (Matthieu 22:21). Mais, avant d’arriver à ce point, il y a un passage qui peut se référer à ceux qui ont la mission d’évangéliser. En effet, les interlocuteurs de Jésus – les disciples des pharisiens et des hérodiens – s’adressent à lui avec appréciation, en disant: «Nous savons que tu es vrai, et que tu enseignes la voie de Dieu selon la vérité. Tu ne t’inquiètes de personne » (v. 16).

 

C’est justement cette affirmation qui, bien que motivée par l’hypocrisie, doit attirer notre attention. Les disciples des Pharisiens et les Hérodiens ne croient pas ce qu’ils disent. Ils ne l’affirment que comme une captatio benevolentiae, pour être entendus, mais leur coeur est bien loin de cette vérité: et même, ils veulent attirer Jésus dans un piège pour pouvoir l’accuser.

 

Pour nous, cependant, cette expression est précieuse et vraie: Jésus, en effet, est vrai et enseigne la voie de Dieu dans la vérité, et n’a la crainte de quiconque. Il est lui-même ce «chemin de Dieu», que nous sommes invités à parcourir. Nous pouvons rappeler ici les paroles de Jésus dans l’Évangile de Jean: «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie». Le commentaire de saint Augustin à ce sujet est éclairant: «Il était nécessaire que Jésus dise « Je suis le chemin, la vérité et la vie », car, une fois connu le chemin, il restait à connaître le but. Le chemin conduisait à la vérité, conduisait à la vie … Et nous, où allons-nous, sinon à Lui ? et par quel chemin marchons-nous, sinon à travers lui ? ».

 

Les nouveaux évangélisateurs sont appelés à marcher les premiers dans ce chemin qui est le Christ, pour faire connaître aux autres la beauté de l’Évangile qui donne la vie. Et sur ce chemin, on ne marche jamais seul, mais accompagné: une expérience de communion et de fraternité qui est offerte à ceux que nous rencontrons, pour les faire participer à notre expérience du Christ et de son Église. Ainsi, le témoignage, uni à l’annonce, peut ouvrir les coeurs de ceux qui cherchent la vérité, afin qu’ils puissent arriver à la signification de leur propre vie.

 

Encore une brève réflexion sur la question central du tribut (l’impôt) à César. Jésus répond avec un surprenant réalisme politique, liée au théocentrisme de la tradition prophétique. Le tribut doit être payé à César, parce que l’image sur la monnaie est la sienne; mais l’homme, chaque homme porte en lui une autre image, celle de Dieu, et donc c’est à Lui, et à Lui seul, que chacun est débiteur de sa propre existence.

 

Les Pères de l’Eglise, partant du fait que Jésus se réfère à l’image de l’empereur imprimée sur la pièce du tribut, ont interprété ce passage à la lumière du concept fondamental de l’homme, image de Dieu, dans le premier chapitre de la Genèse.

 

Un auteur anonyme écrit: «L’image de Dieu n’est pas imprimée sur l’or, mais sur le genre humain. La pièce de César est d’or, celle de Dieu est l’humanité … Donc donne ta richesse matérielle à César, mais garde pour Dieu l’innocence unique de ta conscience, où Dieu est contemplé … César, en effet, a réclamé son image sur chaque pièce, mais Dieu a choisi l’homme, qu’il a créé, afin de refléter sa gloire ».

 

Et saint Augustin a maintes fois utilisé cette référence dans ses homélies: « Si César réclame son image imprimée sur la monnaie – affirme-t-il – Dieu n’exigera-t-il pas de l’homme l’image divine en lui sculpté ? ». Et encore: « Comme on rend à César sa monnaie, de même, on rend à Dieu l’âme éclairée et imprimée par la lumière de son visage … Car le Christ habite dans l’homme intérieur ».

 

Cette parole de Jésus est riche de contenu anthropologique, et on ne peut la réduire à la seule sphère politique. L’Eglise, par conséquent, ne se limite pas simplement à rappeler aux hommes la juste distinction entre la sphère d’autorité de César et celle de Dieu, entre le politique et le religieux. La mission de l’Eglise, comme du Christ, est essentiellement de parler de Dieu, de faire mémoire de sa souveraineté, rappelant à chacun, en particulier aux chrétiens, qui ont perdu leur identité, le droit de Dieu sur ce qui lui appartient, c’est-à-dire notre vie.

 

Benoît XVI – 16 octobre 2011
Extrait de l’Homélie de la Messe pour la Nouvelle Évangélisation