« Laissons-nous aimer pour devenir aimants à notre tour. »

«Vingt-Sixième Dimanche du Temps Ordinaire»

St Matthieu 21, 28—32

Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils… Ainsi commence l’évangile d’aujourd’hui. Ceux deux fils sont notre cœur qui dit oui, qui dit non ; qui dit oui en parole, mais non en acte ; qui dit non, puis se ravise. Un cœur partagé. Comme le dit St Paul : « Je fais ce que je ne veux pas et ce que je veux, je ne le fais pas ».

 

N’est-ce pas l’un des drames de notre société moderne ? La parole donnée cesse d’être tenue et traduite en actes. Nous ne faisons plus guère confiance aux discours des politiques, aux promesses des publicitaires, aux commentaires des journalistes et, hélas même, à la « langue de buis » de certains ecclésiastiques. La confiance dans nos représentants et dans nos institutions se fragilise. Même dans la vie familiale, tout paraît incertain et précaire.

 

« Va travailler aujourd’hui à ma vigne ». Travailler à la vigne c’est travailler à rendre le monde un peu meilleur par des gestes concrets. L’évangile demande des choses très simples : un peu de tendresse, un sourire, un geste de solidarité, une visite, du temps consacré, un peu d’argent. Aller à la vigne, c’est aller à l’autre, vers les autres.

C’est ce que nous montre la deuxième lecture, celle de la lettre aux Philippiens. Regardons le Christ. De condition divine. Il s’est abaissé, prenant la condition humaine dans ce qu’elle a de plus modeste, souffrant et mourant de la mort des esclaves. « Ayez entre vous les dispositions que l’on doit avoir dans le Christ Jésus », recommande St Paul. Au lieu de penser à soi, que chacun préoccupe un peu des autres. Voilà ce qu’est travailler à la vigne du Père.

 

Lui, Il nous offre toujours la possibilité de repartir à nouveau. C’est bien le sens de la première lecture du prophète Ezéchiel. « Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Parce qu’il a ouvert les yeux, parce qu’il s’est détourné de ses fautes, il ne mourra pas, il vivre. »

 

Quel que soit les blessures de notre passé, si lourdes soient nos fautes, tout reste encore possible. Rien n’est jamais perdu. Il n’y a pas de fatalisme. On peut toujours repartir et, avec Dieu, faire du neuf. Comme pour nous en convaincre, Jésus parle de situations extrêmes : les publicains, les prostituées. Pensons à Zachée, à Matthieu ou à la Samaritaine que Jésus rencontre au puits de Jacob. Dans un premier temps, ils ont dit « non », parce qu’ils n’y arrivaient pas. Mais, restés assez humbles pour reconnaître leur soif béante d’amour, ils se mettent pauvrement en route et apprennent peu à peu à laisser Dieu transformer leur « non » en « oui » jailli comme une source d’eau vive.

 

Le repentir, c’est le cœur qui pleure les larmes d’une douloureuse joie. Ces larmes du nouveau baptême nous purifient et nous font naître fils du Père. « Désormais les plus souillés des êtres savent qu’il leur appartient d’être les plus aimés parce qu’ils ont été les souillés », a écrit magnifiquement François Mauriac. Laissons-nous aimer pour devenir aimants à notre tour.