« Viens, Seigneur Jésus »

Quatrième Dimanche de l’Avent

St Matthieu 1, 18—24)

 

La scène se passe en 730 avant Jésus Christ. Le roi de Juda, Achaz, est dans une situation inextricable. Ses ennemies des royaumes du Nord, de Samarie et de Damas, sont prêts à envahir son pays. Par ailleurs, il n’a pas d’héritier. Donc, pour lui, de lourds nuages s’amoncellent à l’horizon. Il n’envisage plus qu’une solution : l’alliance avec l’Assyrie, le puissant royaume de Babylone, pour prendre ses ennemis à revers. C’est alors que Dieu envoie son prophète Isaïe pour lui dire : « Demande un signe ». Or, Achaz est un incroyant. Il dit : je n’ai pas besoin de signe. Et vous avez remarqué avec quelle force Isaïe lui dit : En bien, moi, je vais te donner quand même un signe. La jeune femme enfantera, elle mettra au monde un fils et on l’appellera Emmanuel, ce qui veut dire « Dieu-avec-nous ». L’horizon d’Achaz était doublement bouché, et voilà que malgré son incroyance, Dieu fait irruption dans sa vie pour lui ouvrir (ou plus exactement pour ouvrir à son peuple) un avenir : il aura un héritier, et Dieu sera avec lui.

 

Pour Joseph également, l’horizon était bien noir quand il s’est aperçu (mettez-vous à sa place) que sa fiancée Marie était enceinte. Dans la tradition juive, la promesse de mariage était bien plus que des fiançailles. On fiançait les enfants très jeunes, vers douze ou treize ans, puis, au bout d’un temps d’attente, on prenait chez soi sa fiancée et on était marié.

 

Joseph se demande ce qu’il va faire, lui qui avait fait des rêves d’avenir avec cette jeune fille. Et voilà que Dieu va faire irruption dans sa vie pour lui dire : « N’ai pas peur ». Dieu lui ouvre un avenir infiniment plus beau que tout ce qu’il aurait pu imaginer. Parce que l’enfant que Dieu lui confie, c’est Jésus, mot qui signifie « Dieu-sauve ». C’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. Et vraiment, Joseph aura là un signe éclatant que Dieu est avec nous. Cet enfant, c’est l’Emmanuel. L’horizon était fermé : Dieu ouvre un avenir heureux.  

 

L’histoire d’Achaz, comme celle de Joseph sont des histoires typiques de ce que Dieu nous offre. La question qui se pose à nous, comme à tous les hommes depuis le début de l’humanité, c’est : est-ce que Dieu est vraiment avec nous ? Est-ce qu’on peut compter sur Lui ? Achaz répondait : absolument pas. Pour lui, c’était : « Les Assyriens avec nous ». Pas Dieu. C’est toujours la même tentation qui nous assaille. Rappelez-vous la deuxième page de la Bible, la légende du serpent qui parle et qui sème le doute dans l’esprit de l’homme et de la femme : « Vous croyez en un Dieu-avec-vous ? Mais pas du tout ! C’est un Dieu méfiant, jaloux, rival, répressif ». Et l’homme et la femme, c’est-à-dire vous, moi et tout le monde « tombent dans le panneau » en se disant : mais oui, ce n’est pas possible. Un Dieu bon, cela n’existe pas.

 

Et voilà que l’Ecriture, aujourd’hui, nous répond : Dieu, c’est Dieu-avec-nous. Et c’est ce que nous allons célébrer à Noël. Un commencement. Dieu n’a pas fait semblant. Il a commencé d’épouser notre condition humaine en prenant chair dans le sein de Marie. La condition humaine dans ce qu’elle a de plus pauvre, de plus démuni. En Jésus, Dieu s’est rendu solidaire des petits, de ceux qui pleurent, de ceux qui sont écrasés, des malades et des exclus. Il n’a pas « tiré son épingle du jeu ». Il a vécu les solidarités humaine jusques et y compris dans la mort. Il est sauveur par sa vie, sa mort et sa résurrection.

Car l’histoire ne se termine pas à Noël. Je ne peux pas fêter Noël sans penser au Golgotha. Et je ne peux pas penser au Golgotha sans penser à Pâques. Et si je dis « Dieu s’est fait homme », je crois que c’est pour que moi aussi « je devienne Dieu ». Un double mouvement d’amour : il épouse l’humanité pour que l’humanité soit divinisée. Il y a Noël, il y a Pâques, et il y aura son Retour, quand il fera toutes choses nouvelles. C’est ce que nous célébrons chaque dimanche : « Il est venu, il est là, il reviendra ». Amen