Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 03 juillet: « J’embauche ! »

 Tous ceux qui sont de ma génération et plus âgés se rappellent forcément du Cardinal Marty, le truculent archevêque de Paris des années 70. Il avait été nommé un mois ½ avant les événements de mai 68. Quel baptême du feu pour celui qui avait déjà fait sensation en arrivant avec sa légendaire 2cv à l’archevêché de Paris. C’est d’ailleurs dans sa 2cv qu’il va mourir, une fois parvenu à la retraite, en étant emporté par un train à un passage à niveaux. L’une des paroles les plus célèbres du cardinal Marty a été ce fameux cri, « j’embauche ! » prononcé au cours d’une homélie pour un jeudi saint. La formule a connu un grand succès, beaucoup d’évêques la reprennent régulièrement à leur propre compte. Nôtre évêque ne l’a pas encore fait, mais il aurait pu le faire puisque, cette année, pour la 1° fois depuis une trentaine d’années, il n’y a pas eu d’ordination de prêtre chez nous. Quand le cardinal Marty disait : « J’embauche ! » c’était sa manière à lui de relayer les nombreux appels de Jésus dans l’Évangile et, comme il avait le sens de la communication, il savait trouver des formules qui marquaient les esprit, la preuve, plus de 40 ans après, on en parle encore !

 

            « J’embauche ! » ça pourrait donc être le titre-résumé de l’évangile que nous venons d’entendre. Et comme aujourd’hui, beaucoup d’embauches se font suite à une petite annonce, j’ai essayé d’imaginer la petite annonce que Jésus aurait pu faire passer dans les journaux de l’époque pour recruter les 72 disciples dont il avait besoin et voilà ce que ça aurait pu donner : « Fils de Dieu envoyé sur terre pour réaliser mission de très grande ampleur cherche collaborateurs. Qualités exigées : ne pas avoir peur pour aller comme des agneaux au milieu des loups. Accepter de ne compter que sur Dieu en refusant toute sécurité du type compte en banque pour faire face au cas où, sac avec toutes les réponses aux questions, sandales pour montrer sa supériorité. Nécessité d’accepter de se bouger en permanence sans papillonner toutefois. Etre capable de surmonter les échecs sans garder de rancune. Oser faire des miracles en guérissant toute forme de maladie et répondre aux attentes les plus profondes en annonçant le Royaume de Dieu. »

 

            Evidemment, avec une petite annonce rédigée en ces termes, on imagine bien qu’il n’y aurait pas eu beaucoup de réponses ! Nul ne peut prétendre avoir de telles qualités et surtout je ne vois pas bien qui aurait pu avoir envie de prendre de tels risques ! Pourtant Jésus les a trouvés ces 72 collaborateurs dont il avait besoin pour ce qui nous semblerait une « mission impossible. » L’évangile nous dit la technique qu’il a utilisée, ce n’était pas une petite annonce, il les a désignés lui-même, comme il avait fait d’ailleurs pour choisir les 12 apôtres. Et, ce n’est qu’après la désignation, qu’il leur donne toutes les consignes. L’histoire ne nous dit pas s’ils ont protesté en reprochant à Jésus sa manière de faire, tu nous appelles et c’est seulement après que tu nous donnes cette feuille de route impossible ! Ce qui est sûr, c’est qu’il les a envoyés et que ça a marché puisque le texte nous dit qu’ils reviennent tout joyeux, éblouis par les résultats obtenus. Oui, la mission semblait impossible, et c’est précisément pour cela qu’ils ont osé ne pas compter sur leurs forces, leur savoir-faire, mais sur la force de Dieu qui les envoyait. Et voilà comment les obstacles qui se dressaient sur le chemin sont tombés les uns après les autres. Alors, fort de cette réussite des 72 disciples, j’aimerais, à mon tour, reprendre le cri du cardinal Marty : « J’embauche ! » 

 

            Car, j’espère que vous l’avez compris, les 72 disciples que Jésus embauche, ils sont vos lointains prédécesseurs à vous les laïcs. Nos prédécesseurs, à nous les prêtres, ce sont les 12 apôtres. En fait, les apôtres sont les prédécesseurs des évêques et c’est par participation au ministère des évêques qu’ils sont aussi nos prédécesseurs. Les diacres, ils ont aussi leurs prédécesseurs dans les Ecritures, ce sont les 7 dont l’histoire nous est racontée dans le livre des Actes des Apôtres. Alors, il est clair que les 72, ce sont vos prédécesseurs à vous, les laïcs. Et c’est très suggestif qu’il y en ait 72.

 

            En effet, vous savez que dans les Ecritures les nombres ont une portée extrêmement symbolique, les juifs adoraient jouer avec les nombres. Alors, essayons de commencer à découvrir ce symbolisme du nombre 72. 72, c’est six douzaines, 12, c’est aussi un nombre symbolique puisque c’est le nombre des tribus d’Israël, 12 ça représente l’ensemble du Peule de Dieu. Ce sont donc six douzaines de disciples qui sont envoyés pour porter l’Évangile à tout le Peuple de Dieu. Mais 6, ce n’est pas un nombre symbolique, par contre 7 oui, c’est un nombre très symbolique qui évoque la totalité, ce qui n’est pas incomplet, pensons aux 7 jours de la semaine. Alors pourquoi Jésus n’a-t-il pas appelé 7 douzaines de disciples ? Eh bien tout simplement parce qu’il a voulu que ces six douzaines de disciples travaillent en lien étroit avec la douzaine d’apôtres, c’est ensemble qu’ils font 7 douzaines. Ce qui signifie que les prêtres ne devront jamais travailler sans les laïcs et les laïcs jamais sans les prêtres. Une mission qui serait accomplie les uns sans les autres serait donc une mission « incomplète. » La plénitude, c’est 7, donc laïcs et prêtres, main dans la main.

 

            Voilà pourquoi je peux dire et même je dois dire : « j’embauche ! » Oui, j’ai besoin de vous. Pas d’abord parce que je ne peux pas tout faire par moi-même, mais parce que je ne dois pas tout faire par moi-même. Une paroisse dans laquelle le prêtre déciderait de se passer de la collaboration des laïcs serait une paroisse dans laquelle la mission ne porterait aucun fruit qui dure dans le temps. Il en irait de même pour une paroisse dans laquelle les laïcs refuseraient de répondre aux appels lancés par le curé.

 

            Mais alors, certains pourraient me dire que cette mission leur fait peur. Aller comme des brebis au milieu des loups, c’est vrai que ce n’est pas réjouissant. Mais n’avez-vous pas l’impression que c’est déjà votre situation ? Vous êtes nombreux à me dire que lorsque vous avez une réunion de famille, par exemple, il vous est difficile de parler de votre foi et que, lorsque vous osez le faire, ça suscite bien des incompréhensions. Travailler sans filet en renonçant à toute sécurité, c’est encore votre situation de manière permanente quand l’un de vos petits enfants, de vos voisins de vos collèges de travail vous pose des questions difficiles parce qu’il vient d’être confronté à un drame et qu’il vous dit de manière plus ou moins agressive : et il fait quoi ton Dieu dans ces situations ? Bref, tout ce que demande Jésus, vous le vivez déjà et pourtant, vous êtes encore là ! C’est la preuve que vous avez expérimenté la même joie que les 72 en découvrant que lorsqu’on se met à compter vraiment sur Dieu, les loups ne mangent pas les agneaux qui s’aventurent au milieu d’eux ! C’est pour cela que j’ai confiance et que je sais qu’à la rentrée, quand je crierai encore une fois : « j’embauche ! » il y en a qui entendront mon appel, puissiez-vous être de ceux-là pour connaître cette immense joie des 72 dont il est question dans cet Évangile ! Et rassurez-vous dans les missions nécessaires à la vie de la paroisse, il y en a forcément une qui est taillée à votre mesure !

 

J'embouche