Paroisse Coligny

Notre-Dame de la Roche à Salavre

Notre-Dame de la Roche à Salavre
d’après une brochure de 1858

 

« Salavre , ce joli site, ce petit chef d’œuvre de la nature, qui offre réuni tout ce qui plaît aux yeux, des eaux, de la verdure, des rochers et des bois, a cessé d’être un lieu simplement profane ; car la religion vient d’en prendre possession et sous une des formes les plus aimables qu’elle puisse revêtir, par l’inauguration d’une statue de la très Sainte Vierge .

 

Carte Salavre

Carte de Salavre à la Grotte de Notre-Dame de la Roche

 

Le projet en était fait depuis longtemps ; le local s’y prêtait à merveille. Deux collines qui se prolongent parallèles, en se repliant sur elles-mêmes pour former comme le chœur d’une vaste cathédrale ; tout au fond, au-dessus d’un petit taillis en plan incliné, une ceinture de rochers abruptes, teintés de rose, et percés de grottes nombreuses, où la tradition place la demeure d’un ermite : tout n’invitait-il pas à déposer là quelque objet de dévotion populaire , à faire de ce lieu un but de procession ou de pèlerinage ? L’hésitation ne fut plus permise quand on vit, dans un mandement récent, le premier pasteur du diocèse, généralisant cette pieuse pensée, convier lui-même les fidèles à ériger partout, comme autant de palladiums, des statues à Marie ; la paroisse de Salavre aura eu sans doute,  l’honneur de répondre la première à l’appel du zélé prélat.

 

C’est le dimanche 15 octobre 1854, à la suite des exercices du Jubilé, prêchés par nos excellents missionnaires, pour qui Salavre est une station favorite, qu’a eu lieu la cérémonie d’inauguration. Le  pays en gardera une mémoire éternelle.

 

Malgré le mystère dont on avait voulu entourer cette fête de famille, une affluence étonnante s’y était rendue de toutes parts ; elle doublait au moins la population. Le Jura voisin avait fourni lui –même son contingent ; tant par ses musiciens, venus de Saint Amour, sous la conduite de M. Corbet, leur maître, toujours bon, toujours dévoué à son œuvre de propagande artistique et religieuse, que par les nombreux spectateurs descendus de la montagne, et qui bordaient pittoresquement les crêtes des roches d’alentour.  Et ce devait être un beau coup d’œil, en vérité, que de voir cette procession sans fin, dérouler le long de la vallée, son immense spirale, et s’avancer gravement au chant des litanies, interrompues de loin en loin par les brillants accords de la musique militaire ; que de voir flotter et resplendir dans les airs, et les bannières paroissiales et la croix d’or du Rosaire ; que de voir, au-devant de l’image votive, portée triomphalement par de jeunes filles voilées, marcher cette tribu d’enfants, vêtues de blanc, tenant en main des banderoles et des oriflammes, et spectacle plus touchant encore, deux d’entr’elles, plus jeunes que les autres, s’il se peut, plus recueillies, deux anges d’innocence, frayer comme le sentier à la Reine immortelle et semer des fleurs sous ses pas ! 

 

ND Roche Coligny 2016 (3)

Les pèlerins de Notre-Dame de la Roche en 2016

 

Mais on arrive. On s’engage d’abord sous un quinconce de vieux noyers, temple naturel, aux piliers verdoyants, à la voûte des rameaux entrelacés, au tapis de feuilles mortes et bruissantes. Là, toute la foule étant réunie et, par une manœuvre savante qui a été fort remarquée, agglomérée sans confusion et sans perdre les rangs, le digne supérieur des Missionnaires M. Camelet, venu exprès sur les lieux pour la circonstance, a gravi l’estrade préparée à cet effet et dans une chaleureuse allocution, a félicité les habitants sur leur esprit traditionnel de foi et de piété, et leur a développé , avec une grande hauteur de vue le sens de la démonstration religieuse à laquelle ils prenaient part, ainsi que les résultats heureux  qu’ils devaient en attendre. Nous n’essaierons pas de rendre l’effet que cette parole , vibrante et fortement accentuée, a produit sur la multitude : plus fidèle que les échos qui en ont retenti, l’âme des auditeurs saura longtemps en garder la salutaire impression. 

 

 

Le 15 octobre 1854 la procession conduisant Notre-Dame, quitte le bocage et s’ avance à découvert sur la verte pelouse qui mène à la station des rochers. C’est le même ordre ; toutefois une disposition nouvelle a surgi. Les jeunes filles qui jusque là soutenaient  l’image vénérée, ont dû, non sans regret, confier à d’autres mains, leur précieux fardeau. Six jeunes hommes – Joseph Tournier, Jean Druet, Marie François Tournier, Jean Gauthier, Joseph Féaud, Ferdinand Perréal –  choisis dans toute la paroisse et portant , sous le titre de garçons d’honneur ou chevaliers de la Sainte Vierge, une rosette à la boutonnière, s’en sont emparés à leur tour, pour lui faire franchir le court espace qui la sépare encore du lieu où, après une bénédiction solennelle, elle doit se fixer pour toujours. En ce moment et comme si le Ciel eût voulu, lui aussi, faire acte de présence, le rideau de vapeur qui, depuis plusieurs jours voilait l’atmosphère, qui, le matin même, inspirait l’inquiétude, s’est ouvert, et, à travers l’éclaircie, un sourire de soleil d’automne est venu illuminer les traits chéris de Celle qui semblait faire comme une nouvelle assomption. Cette coïncidence inattendue a frappé tout le monde ; un sentiment indicible a pénétré les cœurs, et suivant l’expression naïve du peuple , on s’est cru un instant dans le Paradis.

 

Il était temps de chanter le cantique de Notre-Dame de la Roche, composé à l’avance pour ce beau jour , mais que son jeune et pieux auteur, Avit Delacour d’Oyonnax, trop tôt ravi à l’amitié et aux lettres chrétiennes, n’aura pu entendre que des Cieux. Exécutée avec entrain et accompagnée par l’orchestre , cette pièce a produit le meilleur effet.

 

O Vierge de la Roche ! Jette-nous un regard, Et de ton cœur approche L’enfant et le vieillard.

 

Monte ô Mère divine ! dans le flanc du rocher, où près de l’aubépine L’oiseau vient se cacher. 

Ne prenez pas la fuite , joyeux petits oiseaux, la Vierge vous invite A vos airs les plus beaux.

Connaissez-vous la Reine qui vous vient en ce lieu elle est la souveraine de ce monde, après Dieu. 

C’est elle qui demande pour nous le vrai bonheur. C’est elle qui commande En mère au bon Sauveur.

C’est la douce colombe Qui fait fuir le vautour et sous elle succombe Le serpent sans retour.

A toi notre vallée, avec son clair ruisseau, la colline voilée  d’un verdoyant réseau. 

L’écho de la montagne répétera sans fin son nom à la campagne comme un refrain divin.   

Bénis notre vendange, et nos blés tour à tour ; dans ta grotte soit l’ange des beaux lieux d’alentour.

 

Ainsi, dans un simple village et pour fêter une humble fille de la terre, tout ce que les hommes estiment grand et beau s’était donné rendez-vous. La nature a offert son cadre ; la religion l’a rempli ; la poésie et  l’éloquence, la musique se sont plu à le décorer et quel sujet attrayant pour la palette du peintre. Et maintenant Notre-Dame de la Roche repose dans sa niche rustique. Elle est là suspendue entre le ciel et la terre, comme pour exercer l’office d’une sainte et douce médiation. Reine de la vallée, elle domine tout ce qui l’entoure, et, ce qu’elle domine, Mère, elle le bénit. Les pâtres du voisinage lui porteront des bouquets d’églantier, que rafraîchira la rosée nocturne et quand le soir de ses fêtes, une illumination champêtre viendra empourprer la grotte qu’elle habite, elle lui fera, visible  au loin dans la plaine, une auréole de feu. »

 

« Je tends vers vous des mains suppliantes, secourez-moi, Reine de la Roche de Salavre. Vous connaissez l’objet de mes vœux . En vous j’ai confiance, que ma confiance ne soit pas déçue. Ah ! daignez , parmi les récifs , guider ma nacelle errante. »

 

Notre-Dame Roche 2017 Salavre