Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche premier mai: Inouï !

   En 1990, j’avais eu la chance de faire un voyage en Afrique du Sud avec le CCFD. Nelson Mandela avait été libéré en février et nous, nous sommes partis quelques mois après. Le pays était en pleine effervescence, les noirs qui représentaient plus de 80% de la population sentaient bien que leur heure allait venir, cette heure où ils pourraient enfin être reconnus comme des citoyens à part entière et peut-être même accéder au pouvoir. Mais, quand nous étions là-bas, les blancs étaient toujours les maîtres. Ils sentaient bien que le vent allait tourner, mais ils s’accrochaient pour maintenir à tout prix ce régime monstrueux de l’apartheid qui, par exemple, interdisait aux noirs de coucher dans les villes toutes réservées aux blancs, qui interdisaient aux noirs de mettre leurs enfants dans les écoles fréquentées par les blancs et je pourrais continuer la liste très longtemps. Avec la libération de Mandela, un signal fort avait été donné, tout le monde avait la conviction que la sortie du tunnel était proche, mais on était encore dedans. Du coup, un climat de violence épouvantable régnait un peu partout et particulièrement dans les Townships, ces ghettos dans lesquels on avait entassé les noirs à des dizaines de kilomètres des villes dans lesquelles ils devaient aller travailler. 

 

            Pour nous rendre vraiment compte de la situation, il a été proposé à quelques personnes du groupe de passer une nuit dans un de ces ghettos en logeant chez des personnes désireuses de nous accueillir. J’en faisais partie. C’était une opération très risquée, nous le mesurions sans doute pas totalement. C’est au petit matin, quand je me suis levé, que je l’ai vraiment compris en découvrant que le père de la famille qui m’avait accueilli avait veillé toute la nuit avec son fusil, aidé de ses voisins, il était resté à la porte de sa maison pour assurer ma sécurité. Avec le peu d’anglais que je suis capable de comprendre, j’ai réalisé que, au-delà de ma personne, ce qui les inquiétait le plus, c’est qu’il puisse arriver quelque chose au prêtre que j’étais. Jamais un blanc n’était venu chez eux et encore moins un prêtre blanc ! Ils étaient tellement impressionnés par la venue d’un prêtre chez eux qu’ils avaient tout mis en œuvre pour qu’il ne m’arrive rien. Ce jour-là, j’ai un peu mieux mesuré ce que représentait un prêtre.

 

            Je m’excuse d’avoir été un peu long dans cette introduction qui pourrait sembler complètement hors-sujet par rapport au commentaire de l’Évangile qu’il me faut déployer dans l’homélie. Mais en fait, vous allez vite comprendre qu’avec cette histoire, on est au cœur de la Bonne Nouvelle que nous livre cet Évangile, une Bonne Nouvelle que nous avons entendue mais qui n’a peut-être pas produit tout son effet en nous. En effet, ce que nous dit Jésus dans cet Évangile est proprement inouï : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » Vous avez bien entendu ? Jésus avec Dieu son Père va venir établir sa demeure dans notre cœur ! Le créateur de tout l’univers, le Dieu dont l’amour est tout-puissant va venir, avec Jésus, établir sa demeure dans notre cœur. Quand je pense à ce que ces gens d’Afrique du Sud ont mis en œuvre parce qu’un pauvre prêtre comme moi venait chez eux, vous imaginez ce que nous avons à mettre en œuvre pour accueillir Dieu le Père et son Fils Jésus auxquels ont peut rajouter le St Esprit puisqu’il en sera question quelques versets après. 

            La Trinité vient chez nous, mais c’est encore plus impensable que la visite d’un prêtre blanc dans une famille noire en pleine période d’apartheid ! Evidemment, peut-être que cette comparaison avec l’accueil d’un prêtre ne vous parle pas trop, alors prenons l’exemple avec le Pape. J’imagine que si demain on vous téléphonait pour vous annoncer que le pape François a choisi de venir prendre un repas chez vous, ça serait un vrai branlebas de combat, le Pape à la maison, mais ce n’est pas pensable ! Eh bien c’est encore plus que le Pape qui s’invite chez nous puisque c’est la Trinité qui s’annonce et qui promet de venir établir sa demeure dans notre cœur. Inouï !

 

            Et nous, pendant ce temps, qu’est-ce que nous faisons ? Nous continuons à vivre comme si cette promesse n’était que du vent, de belles paroles pour les mystiques ! Vous comprenez bien que d’avoir la Trinité à demeure chez nous, ça devrait avoir de multiples conséquences. D’abord, si vous receviez le Pape chez vous, vous ne feriez pas une tête d’enterrement, comment êtes-vous entrés dans cette église ? Quelle tête vous avez donné à voir ? Et quand je dis vous, je me pose la même question et les questions suivantes, je me les pose de la même manière. Est-ce que le fait d’avoir la Trinité à demeure dans votre cœur, ça change votre manière de parler, de choisir ? Si le pape était chez vous, vous ne regarderiez pas n’importe quoi à la télé, vous ne parleriez pas n’importe comment à votre conjoint, à vos enfants … vous ne diriez pas de mal des voisins, du curé et de tant d’autres ! Et si le Pape était chez vous, vous en profiteriez pour lui confier vos soucis, pour lui demander ses lumières à propos de telle ou telle décision sur laquelle vous ne voyez pas très clair. Est-ce que vous consultez la Trinité qui habite en vous, est-ce que vous lui confiez tous vos soucis, est-ce que vous lui demandez en permanence son aide ? 

 

            Mais hélas, 99% de notre temps, nous ne sommes pas conscients de cette présence et nous vivons comme si nous n’étions pas habités, comme si Dieu était loin, absent. C’est pour cela que Jésus nous promet l’Esprit-Saint. Avez-vous remarqué qu’il lui donne trois fonctions : il est le Défenseur, il nous enseignera et nous aidera à nous souvenir de tout ce que Jésus a dit. 

 

            Commençons par la dernière fonction. L’Esprit-Saint, c’est celui qui nous aide à nous souvenir de tout ce que Jésus nous a dit et particulièrement de cette promesse qu’il vient de faire que la Trinité veut habiter notre cœur. J’imagine que, comme moi, vous écrivez des petits papiers, des post-its pour ne pas oublier de faire ceci ou cela. Eh bien, il faudrait que nous nous fassions tatouer sur les deux bras la promesse de Jésus : Roger n’oublie jamais que la Trinité demeure en toi. Mais, comme nous ne le ferons jamais, c’est l’Esprit-Saint qui va se charger de nous aider à ne jamais l’oublier. Ensuite, l’Esprit-Saint va nous enseigner, il va nous aider à comprendre toutes les implications concrètes de cette promesse extraordinaire : la Trinité habite en toi. Il nous enseignera comment vivre de manière cohérente, en tenant compte de cette présence. Enfin l’Esprit-Saint sera notre Défenseur et va d’abord nous défendre contre nous-mêmes, il va nous donner sa force pour que nos vies ne dérivent pas, pour que nous restions ancrés dans cette certitude de foi, même quand la vie devient difficile, que nous puissions continuer à croire que Dieu est avec nous, mieux qu’il est en nous. Oh Esprit-Saint, viens, nous avons tant besoin de toi !

Trinité