Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 29 mai: Fête du Saint Sacrement

On raconte que St. Augustin avait trouvé une magnifique astuce pour que les chrétiens ne puissent pas aller aux jeux du cirque. Il avait, semble-t-il, tout essayé pour les en dissuader, ses explications, ses mises en garde n’avaient eu aucune efficacité. Alors, un jour, il a compris qu’il disposait d’une formidable arme pour lutter contre ce fléau. C’était tout à fait le hasard, mais il se trouvait que les jeux du cirque commençaient juste après la messe, alors il s’est mis à prêcher longtemps, très longtemps, tellement longtemps que lorsque la messe était finie, il disait aux gens : c’est trop tard pour y aller maintenant ! Comme quoi une homélie trop longue peut quand même avoir des vertus !

 

En méditant cet évangile, je me suis demandé si Jésus n’avait pas fait exprès, lui aussi, de prêcher très longtemps. Certes, il a des circonstances atténuantes, l’évangéliste nous dit qu’il parlait du Règne de Dieu, c’est un sujet dont, nous les prédicateurs, nous ne parlons pas très souvent, mais pour Jésus ce fut l’essentiel de sa prédication, presque toutes les paraboles commencent par ces mots : il en va du règne de Dieu comme d’un homme ou comme d’une femme qui, et vient l’histoire. Donc quand Jésus parle du Règne de Dieu, le sujet lui tient tellement a cœur que si on ne l’arrête pas, lui, il ne s’arrêtera pas tout seul ! Et c’est ce que vont faire les apôtres, ils vont l’arrêter. Mais au fond de moi, je me demande si ce jour-là, Jésus n’a pas fait exprès de parler longtemps. Certes, le sujet était vaste, mais j’aime à penser qu’il a tout fait pour que cette situation compliquée se produise.

 

Car, il faut bien le reconnaître, la situation est compliquée : la nuit commence à baisser et il y a 5000 hommes et au moins autant de femmes et 4 fois plus d’enfants qui n’ont rien a manger. Si vous avez fait l’opération au fur et à mesure que j’énonçais les chiffres, ça fait environ 30 000 personnes qu’il faut nourrir à la nuit tombée. Redoutable défi. Les apôtres l’ont bien compris, c’est pourquoi ils interrompent Jésus parce qu’il serait encore temps de renvoyer tout le monde avant qu’il ne fasse nuit noire. Oui, je me demande vraiment si Jésus n’a pas fait exprès de parler si longtemps pour voir comment ses apôtres allaient s’en sortir face à un défi qui les dépasse.

 

Dans leur réaction, il y a un point positif et un autre qui l’est moins. Le positif, c’est qu’ils ont le souci de ces gens, comment vont-ils faire pour manger et dormir ? Avec Jésus, les apôtres devaient être habitués à manger un peu à n’importe quelle heure et n’importe où, en fonction des opportunités qui se présentaient dans leur mission itinérante, de même pour dormir. Donc ils ne se font pas de soucis pour eux, mais ils se font du souci pour les autres, point positif. Ce qui est moins positif, c’est la stratégie qu’ils proposent : demander aux gens de rentrer chez eux ; finalement ils règlent le problème sans s’impliquer vraiment. Et ça ne plait pas à Jésus qui les renvoie à leurs responsabilités : donnez leur vous-mêmes a manger.

 

Il en a de bonnes Jésus ! Donnez leur vous-mêmes à manger, ils sont 30 000 et eux n’ont que 5 pains et 2 poissons. Ils en concluent qu’ils doivent vite partir pour acheter des provisions. J’imagine que Judas ne devait pas être heureux, lui l’intendant du groupe se demandait comment financer une telle opération ! Acheter un peu pour tout le monde, ce n’est encore pas la solution qui convient à Jésus. Il a voulu tester ses apôtres pour voir comment ils réagiraient face à des défis qui les dépassaient et il se rend compte qu’ils n’ont encore pas le bon réflexe.  Pour Jésus, c’était absolument essentiel de préparer ses apôtres à affronter ce genre de situation qui les dépassent car ils allaient sans cesse y être confrontés surtout quand, lui, il ne serait plus là. 

Alors il prend les affaires en main et leur montre qu’il y a une solution à laquelle ils n’ont pas pensé et qui était pourtant la plus opérante. Ils ont Jésus à côté d’eux et ils ne pensent pas à faire appel à lui, à sa puissance. Les seules stratégies qu’ils développent, c’est d’envisager de contourner le problème ou une tentative de régler le problème par leurs propres moyens alors que, précisément, ils n’en ont pas les moyens.

 

Ça me fait penser à cette histoire d’un enfant qui voit son père travailler dans le jardin et qui lui demande s’il peut l’aider. Le père accepte l’aide et décide de mettre son fils devant un défi qui le dépasse : puisque tu veux m’aider, déplace donc ce très gros cailloux qui est sur la pelouse et que je voudrais enlever. Le fils a bien peur de ne pas y arriver, mais puisque son père le lui demande, c’est qu’il le croit capable, alors il ne veut pas le décevoir. Il essaie par tous les moyens en poussant, en tirant, en faisant un levier, mais rien n’y fait, le rocher ne bouge pas. Il retourne vers son père et lui dit : j’ai tout essayé, mais je n’y arrive pas ! Et son père lui dit : non, tu n’as encore pas tout essayé, tu n’as pas utilisé toutes les forces qui sont à ta disposition puisque tu n’es pas venu me demander de t’aider. Vous ne pensez pas que Jésus aurait pu dire la même chose à ses apôtres ?

 

Mes amis, laissons-nous interroger : comment réagissons-nous face aux situations qui nous dépassent ? Ne mettons-nous pas en œuvre, nous aussi, des stratégies de contournement du problème ? Dans ces cas-là, on le règle finalement en refusant de l’affronter. Ou alors nous mettons en œuvre des stratégies qui nous épuisent et nous découragent parce que nous ne voyons pas d’autre solution que de tout prendre sur nous ? Comme nous ressemblons aux apôtres ! Alors que nous avons Jésus à nos côtés, nous ne faisons pas vraiment appel à sa puissance ? Oh, ne nous faisons pas illusion, il ne fera pas à notre place, il a bien fallu que les apôtres donnent tout ce qu’ils avaient, mais il a permis que ce qu’ils étaient capables de donner devienne suffisant pour nourrir la foule. Quand notre don est multiplié par la puissance d’amour du Seigneur, de véritables miracles peuvent s’accomplir. 

 

Comment croyez-vous que la mère Teresa, ce si petit bout de femme, a pu réaliser une aussi grande œuvre ? Elle était bien trop consciente de sa fragilité pour croire que c’était elle qui accomplissait tant de merveilles auprès des plus pauvres. Chaque jour, alors que nous le savons maintenant, elle était dans une nuit de la foi si éprouvante, elle venait puiser dans l’Eucharistie, reçue et adorée, la foi nécessaire pour croire que la puissance du Seigneur serait capable de donner une puissance invraisemblable a ce que, elle, elle était capable de donner avec ses sœurs. Chaque jour, dans l’Eucharistie, elle venait puiser dans l’inépuisable charité du Christ, cet amour qu’elle voulait distribuer si largement. 

 

Voilà pourquoi cet évangile de la multiplication des pains nous a été donné pour notre méditation en cette fête du Corps et du sang du Christ. Quand nous nous sentons dépassés et que nous avons envie de baisser les bras, Jésus nous dit : tu n’as encore pas utilisé toutes les forces qui sont à ta disposition puisque tu ne m’as pas encore demandé de t’aider. L’Eucharistie, c’est le pain pour les faibles, pour ceux qui osent reconnaître qu’ils sont trop petits, trop fragiles pour pouvoir régler les immenses défis qui se présentent à eux. 

 

Vous imaginez un peu si tous ceux qui se disent chrétiens venaient vraiment à la messe chaque dimanche, que de défis pourraient être relevés !  Et du coup, c’est sûr notre monde irait beaucoup mieux.

 

Saint sacrement