Paroisse Bellegarde

Homélie Dimanche de la Divine Miséricorde: Ah, cette douce mélodie de la miséricorde si elle pouvait devenir l’hymne mondial !

   Les jeunes quand ils veulent parler d’un événement qui a été bien, ils disent : c’était hyper-méga cool ! Ils peuvent, comme ça, aligner des « hyper » des « méga », des « super » et bien d’autres mots encore en les accolant les uns aux autres, et plus il y en a de ces mots, plus c’était bien ! Nous, nous étions et nous sommes toujours, je l’imagine, plus sobres dans notre expression. Personnellement, j’ai l’impression que le superlatif le plus élevé que je connaisse, c’est « divin » il me semble que c’est encore plus fort que sublime ! Par exemple, quand on dit d’un artiste qu’il joue divinement bien, c’est pour exprimer que son art touche à la perfection. 

 

            Eh bien, cette petite leçon de vocabulaire nous permettra sûrement de mieux comprendre le titre qui a été donné à ce dimanche qui suit le dimanche de Pâques : le dimanche de la divine miséricorde. C’est Jean-Paul II qui a voulu ce dimanche de la divine miséricorde, et je vous rappelle qu’il est mort la veille au soir d’un dimanche de la miséricorde, très beau signe donné par le Seigneur pour attester que c’était bien sa volonté que Jean-Paul II mettait en œuvre en instituant ce dimanche. Mais je vous avoue que je me suis dit que le pape aurait pu choisir un nom plus accrocheur. Pour moi, divine miséricorde, ça faisait un peu ringard ! Alors bien sûr, je savais qu’il s’était inspiré pour trouver ce titre des révélations recueillies par sa sa compatriote, sœur Faustine Kowalska, mais je trouvais quand même le titre un peu ringard !

 

            Et puis, j’ai compris, ou plutôt le St Esprit m’a éclairé pour que je comprenne que ce titre était particulièrement bien choisi. J’ai compris que ce titre de divine miséricorde voulait finalement souligner deux points essentiels.

  • Le premier, c’est que lorsque Dieu joue la partition de la miséricorde, il la joue divinement bien ! Mais qui pourrait s’étonner que Dieu joue divinement bien ? Et d’ailleurs Dieu ne connaît qu’une seule partition qu’il ne se lasse pas de jouer, c’est la partition de la divine miséricorde. Le pape l’a exprimé à sa manière en choisissant comme titre pour son livre : le nom de Dieu est miséricorde. Quand on parle de Dieu, si on cherche comment le définir, il n’y a pas à s’interroger longtemps : Dieu est miséricorde, Dieu n’est que miséricorde. Et s’il ne se lasse pas de jouer cette partition, c’est parce qu’il la joue avec des interprétations qui font que c’est nouveau à chaque foi, que c’est unique à chaque fois. En effet, la manière dont Dieu m’offre sa miséricorde, à moi, aujourd’hui, elle est unique, il me l’offre dans ma situation d’aujourd’hui, à moi, Roger, son prêtre qui suis absolument unique. Et chacun de vous peut dire la même chose, chacun de vous est unique et la miséricorde que Dieu vous offre aujourd’hui, ce n’est pas les restes d’hier qu’il aurait fait réchauffer ! Non, vraiment, c’est très bien choisi comme titre pour ce dimanche : la divine miséricorde, parce que, c’est vrai, Dieu joue divinement bien cette partition de la miséricorde.

 

  • Le 2° point que ce titre m’a permis de comprendre, c’est qu’il aurait été bien difficile d’imaginer qu’on pourrait parler d’un dimanche de l’humaine miséricorde ! Il nous faut reconnaître que, si Dieu ne connaît qu’une partition, celle de la miséricorde, ce n’est pas notre cas. Oh, certes, nous la connaissons, mais nous en connaissons beaucoup d’autres et hélas, beaucoup d’autres qui sont moins glorieuses et que nous jouons souvent bien mieux que celle de la miséricorde. La partition de la rancune, nous la jouons pas mal celle-là ! La partition de la jalousie également, ou encore celle du jugement à l’emporte-pièce, enfin je ne vais pas les passer toutes en revue ! Pour jouer la partition de la miséricorde, nous avons besoin d’avoir les notes sous les yeux parce que nous ne la connaissons pas par cœur ; par contre les autres, celles qui sont moins glorieuses, là, nous n’avons pas besoin d’avoir les notes sous les yeux car nous les jouons si souvent que nous les connaissons par cœur !

 

            Et, voyez-vous c’est un véritable drame, parce que notre monde, le pape François ne cesse de le répéter, ce dont il a le plus besoin, c’est de miséricorde. Avec le climat de violence que nous connaissons, c’est évident que, seule la miséricorde ouvre un avenir. Dieu, lui, il ne cesse de jouer cette mélodie de la miséricorde en espérant que ça nous donnera des idées sur terre. Hélas, trop souvent, le concert joué par les hommes, à partir de leurs partitions souvent glauques, vient couvrir cette mélodie divine. Ah, si nous l’écoutions plus souvent cette mélodie divine, et si nous nous mettions à la reproduire, qu’il serait beau notre monde, qu’elle serait belle la vie !

 

            En ce moment, je visite très régulièrement un détenu qui est en situation bien difficile. Vendredi, il m’a lu une lettre qu’il était en train d’écrire au juge pour essayer de lui faire comprendre ce qu’a été sa vie. Je lui ai demandé qu’il me donne le brouillon et je vous en lis quelques lignes en transformant quelques mots difficiles à prononcer dans une homélie ! « Le jour de ma naissance, ma marraine a demandé à ma mère quel prénom elle m’avait donné. Quand elle a su mon prénom, elle a dit : avec un prénom comme ça il finira en prison. Toute mon enfance, on m’a bassiné avec cette histoire. J’ai donc fini par me convaincre que je ne valais rien. J’ai fait des conneries pour, consciemment ou pas, leur donner raison à tous ceux qui me voyaient finir en prison. » 

 

            J’arrête là, mais toute cette lettre est si émouvante ! Voilà ce que produisent des propos qui enferment quelqu’un, qui le condamnent avant même qu’il ait commencé à exister. S’il avait pu entendre, de la bouche de sa marraine et des adultes qui l’entouraient, la mélodie de la miséricorde, nul doute : aujourd’hui, il ne serait pas  dans une cellule à vivre une expérience qui finit de le broyer. J’essaie, à chacune de mes visites, de lui jouer la mélodie de la miséricorde pour qu’il se sorte de la tête cette idée qu’il ne vaut rien, mais il a tellement peu été habitué à l’entendre qu’il n’arrive pas à faire entrer cette mélodie ni dans sa tête, ni dans son cœur. 

 

            Mes amis, nous sommes venus dans cette église pour entendre encore une fois la mélodie de la miséricorde que le Seigneur joue divinement bien et de manière unique et nouvelle pour chacun de nous, puissions-nous en l’entendant décider de jeter et même de brûler toutes nos vieilles partitions qui ne produisent que de la cacophonie. Décidons aujourd’hui de jouer la partition de la miséricorde, de ne plus jouer que cette partition, jouons la de plus en plus fort, de plus en plus nombreux, il n’y a pas de raison, un jour elle pourra couvrir le bruit monstrueux que font toutes les autres partitions.

 

Jésus