Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 24 Avril: Aimer c’est tout donner et se donner soi-même !

            Il paraît qu’il faut dire plusieurs fois les choses pour qu’elles arrivent à entrer en nous ! Ce que je vais dire, je suis à peu près sûr de l’avoir déjà dit, mais je le redis encore pour que nous le retenions mieux. Quand on lit l’évangile, il faut souvent être très attentif aux détails. Vous savez, à cette époque, on n’écrivait pas pour ne rien dire ! Le support de l’écriture, qu’il s’agisse du parchemin ou du papyrus était extrêmement cher et l’écriture elle-même demandait beaucoup de temps et de savoir-faire. A l’heure des tablettes numériques, nous avons du mal à imaginer ça. Du coup, on veille à ce que tout ce qui écrit soit vraiment utile. Si on fait une répétition, ce n’est pas une faute de style, elle est nécessaire pour donner le sens. Si on indique quelques détails, ils sont absolument essentiels pour la bonne compréhension du texte. Donc, quand on lit un texte de l’Écriture, il faut souvent être attentif aux détails. 

 

            Dans le texte que nous venons d’entendre, nous retenons facilement les deux parties, la première qui peut nous sembler assez énigmatique concernant la gloire et la seconde qui nous est plus habituelle, puisqu’elle comporte cet appel à l’amour, si souvent repris. Mais ne passons pas trop vite sur le petit détail du début : « Au cours du dernier repas que Jésus prenait avec ses disciples, quand Judas fut sorti du cénacle, Jésus déclara … » Il est vraisemblable que ce soit ce détail qui donne sens à tout le passage que nous venons d’entendre. Nous sommes donc dans ce contexte si particulier du dernier repas de Jésus avec ses apôtres. Le sens de ce repas est bien résumé dans cette parole que Jésus avait prononcé quelques temps avant : « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » Avant qu’on ne lui prenne sa vie, Jésus a voulu la donner dans un acte libre : « prenez et mangez, c’est mon corps, prenez et buvez c’est mon sang, ma vie livrée pour vous. » Et le détail que St Jean mentionne est encore plus précis, non seulement les paroles du texte que nous avons entendues ont été prononcées au cours de ce dernier repas, mais en plus, elles ont été prononcées au moment où Judas vient de sortir. Jésus donne sa vie librement dans ce dernier repas et la méchanceté, la trahison de l’un des siens ne remettent absolument pas en cause ce don. Il a décidé de donner sa vie et de faire de ce don le plus grand acte d’amour qui porte en lui la force du pardon. Maintenant que nous avons bien compris la portée de ce détail introductif, nous pouvons donc explorer les deux parties du texte qui, vous le verrez, sont bien plus liées qu’on ne le pense à première lecture.

 

            Commençons par la 1° partie qui nous parle de la gloire et qui pourrait paraître un peu choquante. Pourquoi Jésus semble-t-il si attaché à la Gloire, la sienne, celle de son Père ? Evidemment pour lui, le mot gloire a un sens tout différent de celui que nous lui donnons habituellement. Avec la mort du chanteur Prince (je vous avoue d’ailleurs que je n’ai jamais écouté une de ses chansons !) on a entendu parler de Gloire, de Gloire internationale. Ce n’est pas de cette gloire, somme toutes très éphémère, dont parle Jésus. C’est même très précisément l’inverse car, en hébreu, quand on parle de la Gloire de Dieu, on parle de ce qui ne passe pas. Quand Jésus dit : maintenant, le Fils de l’homme est glorifié, c’est comme s’il disait : maintenant ma vie va avoir du poids, ce que je vis va compter de manière extraordinaire. Or je vous rappelle que c’est au moment où il est en train de donner sa vie qu’il prononce ces paroles. Autrement dit ce qui donne du poids a sa vie, ce qui restera pour l’éternité, c’est le don de sa vie. Et il a raison de le dire. 

            On n’y pense pas assez mais ce qu’a vécu Jésus a eu un tel poids dans l’histoire qu’on s’est mis à compter les années à partir de l’événement de sa venue. Les révolutionnaires ont essayé de changer cette manière de compter les années, mais leur tentative a avorté. La vie de Jésus qui a été une vie toute donnée a eu un tel poids dans l’histoire de l’humanité qu’il y a un avant Jésus-Christ et après Jésus-Christ. Quand on parle de Gloire, on n’a pas de mal à voir la différence entre Jésus et toutes les stars.

 

            Venons en à la 2° partie, c’est l’appel à l’amour. Vous aurez remarqué que Jésus parle d’un commandement. Il ne nous dit pas : essayez de vous aimer, il nous dit, je vous donne un commandement, ce n’est pas matière à option. Et on comprend pourquoi juste après puisqu’il en donne la raison : on reconnaît les véritables disciples à l’amour qu’ils ont les uns pour les autres. C’est vrai que, à chaque fois qu’il y a de la division, de la haine, du mépris qui sont semées par les chrétiens, c’est véritablement un objet de scandale, c’est un contre-témoignage qui fait beaucoup de mal. 

 

            Dans cette parole, ce qui va être étonnant, c’est que Jésus qualifie cet appel de commandement « nouveau ». Qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans cet appel à l’amour ? Eh bien c’est que Jésus nous demande de nous aimer les uns les autres comme il nous a aimés. N’oublions pas le contexte dans lequel ces paroles sont prononcées, ça signifie que nous devons être prêts à donner notre vie les uns pour les autres. Thérèse de Lisieux en a fait un très beau poème de ce commandement : aimer, c’est tout donner et se donner soi-même. Ça signifie aussi que nous devons être prêts à aimer même ceux qui nous trahissent. Jésus prononce ces paroles quand Judas quitte la table et il sait bien ce qu’il va faire. 

 

            Alors en entendant cet appel et en comprenant jusqu’où va cet appel, on aurait vite envie de dire : mais on n’y arrivera jamais, on n’arrivera jamais à aimer comme Jésus. Il y a une belle consolation dans la manière dont cet appel est formulé. En grec pour dire le petit mot comme, on a deux mots, l’un qui signifie l’imitation : j’aimerais dessiner comme tel grand dessinateur. Ça, c’est mal parti, je n’y arriverai jamais ! L’imitation, c’est souvent déprimant car on n’arrive jamais à la hauteur du modèle. Eh bien soyez rassurés, Jésus, quand il dit : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés n’utilise pas le mot comme qui signifie l’imitation. Il utilise l’autre mot qui évoque la causalité : j’ai les yeux bleus comme ma mère. Je n’ai fait aucun effort pour avoir les yeux bleus, ça m’a été donné. En nous invitant à aimer comme lui, c’est dans ce sens de causalité que Jésus utilise le mot comme. Autrement dit, il ne s’agit pas de chercher à l’imiter, ça c’est au-delà de nos forces, il s’agit d’accueillir l’amour qu’il veut nous donner et qui peu à peu nous fera progresser. C’est bien pour cela que nous venons régulièrement à la messe, c’est pour accueillir son amour et devenir peu à peu meilleurs. Il faut que son amour passe en nous pour que nous devenions capables d’aimer comme lui. Et c’est cela qui donnera du poids à nos vies. Je ne suis pas sûr que dans deux siècles on parle encore de Prince, par contre on parlera encore de la mère Térésa et de tant d’autres saints qui sont rentrés à jamais dans le calendrier en raison du poids d’amour contenu dans leur vie donnée à la suite de Jésus. Oui, aimer, c’est tout donner et se donner soi-même, c’est bien à cela que l’Évangile nous appelle aujourd’hui et n’oublions pas que la force du Christ nous accompagne.

 

Se donner