Paroisse Bellegarde

Homélie Jeudi Saint: Trois en un!

Le jeudi saint, l’Église célèbre ce que Jésus a accompli au cours du dernier repas qu’il a partagé avec ses disciples. Et on peut dire que, ce soir-là, Jésus a inventé trois sacrements qui sont indissociablement liés.

 

1/ Le premier sacrement que Jésus a inventé, c’est, bien sûr, celui de l’Eucharistie. C’est au cours de ce dernier repas qu’il a prononcé ces paroles que nous entendons désormais à chaque messe et qui nous ont été rappelées dans la 2° lecture de Paul : « Ceci est mon corps, qui est livré pour vous. Ceci est mon sang qui est versé pour vous. » Jésus sait que sa mort est proche, qu’on va bientôt lui prendre sa vie. Alors, avant qu’on ne la lui prenne, il nous la donne. C’est ce que nous chanterons tout à l’heure en reprenant les paroles de l’Évangile : Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. 

 

On peut donc dire que l’Eucharistie est le sacrement du don. Jésus a donné sa vie pour nous afin que nous puissions, à notre tour, donner notre vie. Certes, pour nous, il ne s’agit pas de la donner comme lui l’a faite dans le martyr. Mais, nous avons tous à donner notre vie. 

  • Les parents savent ce que signifie donner sa vie, ils le comprennent de manière toute particulière quand il faut passer une nuit blanche près d’un petit qui est malade et ce seront encore d’autres nuits blanches qu’il faudra passer quand les enfants grandiront et rentreront tard dans la nuit ou seront pris dans des problèmes. 
  • Donner sa vie, ceux qui ont des parents âgés et dépendants qui demandent des visites et des soins fréquents savent aussi ce que ça signifie. 
  • Donner sa vie, ceux qui ont accepté de remplir une mission au sein de la société ou de l’Église, tous savent ce que ça signifie de manière concrète. 

Mais dites moi, est-ce que vous trouvez que c’est aussi facile que ça de donner sa vie ? Vous n’avez jamais rêvez qu’on vous laisse tranquille quelques temps ? Que celui qui n’a jamais eu ce genre de pensée me jette la 1° pierre ! C’est pour cela que nous avons besoin de venir à la messe. C’est par notre participation à l’Eucharistie que nous recevons la force et l’amour du Christ qui s’est donné pour nous afin que nous puissions nous donner à notre tour. L’Eucharistie est vraiment le sacrement du don.

 

2/ Le deuxième sacrement que Jésus a inventé au cours de ce dernier repas pris avec ses apôtres, c’est celui du sacerdoce. C’est pour cela que le Jeudi saint est la fête des prêtres. Ce midi, nous nous sommes allés au restaurant, tous les prêtres et diacres de notre doyenné, pour nous retrouver autour d’un repas, quand même modeste, afin de fêter ce jour anniversaire de l’institution du sacerdoce. Pourquoi dit-on que le sacerdoce a été institué le jeudi saint ? Tout simplement parce qu’après avoir dit : ceci est mon corps, qui est livré pour vous ; ceci est mon sang qui est versé pour vous, il a rajouté : Faites ceci en mémoire de moi. 

Et c’est aux apôtres qu’il a donné cette mission, les apôtres d’hier qu’il avait choisis, les apôtres d’aujourd’hui que l’Église a choisie qui sont les évêques et leurs collaborateurs, les prêtres. Mais, quand Jésus dit : faites ceci en mémoire de moi, que demande-t-il aux apôtres ? Est-ce qu’il nous demande de célébrer la messe ? Je ne crois pas directement, il nous demande de refaire ce qu’il vient de faire, c’est à dire qu’il nous demande de donner notre vie comme lui. Avez-vous remarqué que le prêtre à la messe, en prononçant les paroles de consécration, ne dit pas : ceci est le corps du Christ livré pour vous, ceci est le sang du Christ versé pour vous ? Il ne dit pas cela, il dit, par contre : ceci est mon corps, ceci est mon sang. Dans ce moment-là, il offre ses lèvres à Jésus pour que Jésus puisse redire exactement les mêmes paroles que lors du 1° jeudi saint. Mais évidemment, en disant cela, chaque prêtre, s’il veut dire ces paroles avec le plus de vérité possible, doit aussi s’engager à donner sa vie, livrer son propre corps et être prêt à verser son propre sang. 

 

Et c’est pour cela que nous, les prêtres, nous célébrons la messe chaque jour. Nous avons mesuré notre pauvreté, notre fragilité et nous savons bien que nous ne pouvons pas faire les malins. Si nous n’accueillons pas d’abord la vie de Jésus offerte en sacrifice, nous ne pourrons pas donner notre vie. Le père Chevrier, ce prêtre lyonnais fondateur du Prado aimait dire en parlant de la vie donnée des prêtres : le prêtre est un homme mangé, mais il s’empressait d’ajouter : encore faut-il qu’il soit du bon pain ! Être donné, être mangé, c’est très beau, mais si on est rassis, ce n’est pas très agréable pour ceux qui reçoivent l’offrande de notre vie ! Priez pour nous afin que nous soyons toujours plus branchés sur Celui qui nous permettra de ne pas rassir trop vite et qui nous permettra, en donnant notre vie, de vous donner ce qui vous nourrira vraiment. Vous voyez donc que, tout comme l’Eucharistie, le sacrement de l’Ordre est le sacrement du don.

 

3/ Enfin, le 3° sacrement que Jésus a inventé au cours du jeudi saint, c’est un 8° sacrement qui ne figure pas dans la liste officielle des 7 sacrements de l’Église Catholique, c’est le sacrement du frère. Les chrétiens orthodoxes aiment utiliser cette expression de « sacrement du frère » pour manifester que l’Eucharistie, si elle ne se déploie pas dans le service du frère, elle est mensongère. Et ce n’est sûrement pas un hasard si Jésus, au cours du même repas, a institué l’Eucharistie et lavé les pieds de ses disciples. Les Evangiles de Matthieu, Marc et Luc rapportent le récit de l’institution de l’Eucharistie. C’est ce qui les a le plus marqués et il y avait de quoi ! Avouez que c’est quand même plus qu’étonnant d’entendre quelqu’un dire : prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour vous ; prenez buvez, ceci est mon sang versé pour vous. Ils ont donc rapporté avec beaucoup de détails le récit de ce repas si particulier et si décisif pour la vie de l’Eglise. 

St Jean, lui, il ne donnera pas les paroles de Jésus dans le dernier repas. On pense que St Jean, qui était le plus jeune des apôtres, a écrit son évangile à la fin du 1° siècle, une trentaine d’années après les autres. Certains exégètes pensent qu’il a eu le souci de compléter ce qui manquait dans les trois évangiles. Alors, lui, il a voulu qu’on n’oublie surtout pas le geste que Jésus a posé au cours de ce dernier repas, le geste du lavement des pieds. Car, si c’est inouï d’entendre Jésus dire : prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour vous ; prenez buvez, ceci est mon sang versé pour vous. C’est au moins aussi inouï de le voir, lui, le Seigneur, le Fils du Dieu Tout-Puissant, se mettre à genoux devant ses disciples et leur laver les pieds. Jésus qui a dit : ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne, par ce geste a voulu montrer concrètement ce que signifiait donner sa vie. C’est accomplir les gestes les plus humbles du service ; c’est considérer l’autre, tous les autres comme revêtus d’une dignité telle que je peux me mettre à genoux devant eux pour leur laver les pieds. C’est faire en sorte qu’en me mettant au service des autres, ils puissent découvrir, de par la qualité et la délicatesse de mon service, que c’est Jésus lui-même qui les sert. Comme vous pouvez le constater, ce sacrement du frère est, lui aussi, le sacrement du don.

 

Ainsi donc, chers amis, vous pourrez retenir que, pour les chrétiens, « trois en un », ce n’est pas la publicité pour une huile aux effets bénéfiques en mécanique, « trois en un », c’est le résumé du jeudi saint : trois sacrements institués en un seul repas et ce sont ces trois sacrements que nous revivons ce soir dans la foi. C’est à dire que nous sommes persuadés qu’en participant à ce jeudi saint, nous recevrons autant de grâces qu’en ont reçu les apôtres qui participaient au 1° jeudi saint.

Jeudi Saint