Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 20 mars: C’est le dimanche des Rameaux et de la passion car il nous aime avec passion !

         Comme chaque année, nous venons de lire la passion. La passion… est-ce que vous avez bien entendu ce mot ? Pour nous chrétiens, ce mot, il désigne de manière très particulière le texte qui relate les derniers moments de la vie de Jésus, son arrestation, son procès, tous les outrages qu’il a subis et sa mort. Mais si vous allez dans la rue interroger les gens, pour eux, le mot passion, il aura un tout autre sens. Si vous leur demandez de vous parler de leurs passions, ils vont vous parler de leurs activités favorites, de ce qui leur tient particulièrement à cœur. On a l’impression que c’est tout l’inverse de la signification retenue par les chrétiens pour parler des derniers moments de la vie du Christ. Alors est-ce que les chrétiens n’appartiennent pas au même monde que les autres hommes ? Pourquoi donnent-ils aux mots une signification si différente voire contradictoire ?

 

         En fait, c’est étonnant, mais ce sont les chrétiens qui ont raison ! Etymologiquement, le mot passion vient du latin « patior » qui signifie souffrir. Alors pourquoi, dans le langage courant, est-il synonyme d’amour fou ? Oh tout simplement parce que l’amour et la souffrance forment un binôme inséparable. C’est vrai, quand j’aime, je souffre aussi : je souffre de ne pas assez aimer l’autre, les autres, je peux aussi souffrir de ne pas être assez aimé. Et si on prend le mot de passion dans le sens d’activités favorites, c’est pareil. Moi qui aime le foot, je souffre de ne pas avoir le temps d’aller voir des matchs et je souffre aussi de tout ce qui se passe dans ce sport complètement gangrené par l’argent. 

 

         On comprend donc que ce mot de passion qui désigne tout à la fois ce qu’on aime et ce qui nous fait souffrir ait été choisi pour parler des derniers moments de la vie du Christ. Comme chacun de nous, le Christ n’aime pas la souffrance. La souffrance, on l’a entendu dans le récit de l’évangile, a failli faire chavirer le Christ, elle lui sera tellement insupportable qu’elle va provoquer une épreuve terrible chez lui. Comme au désert, les tentations reviennent. C’est le passage un peu énigmatique sur l’argent et les épées. Jésus est tenté d’échapper à ce qui va lui arriver en payant ceux qui doivent l’arrêter ou en se défendant par les armes. S’il est tenté de cette manière et avec une telle intensité, c’est à cause de la perspective de la souffrance. Toutefois Jésus va se reprendre et, comme au désert, il sera victorieux de la tentation. Il faut oser le dire : la souffrance lui fait peur comme à chacun de nous, mais il est habité par une passion qui sera plus forte que sa peur. La passion du Christ, c’est l’amour des hommes, de tous les hommes, à chaque instant, quelles que soient les circonstances. La passion du Christ, c’est l’amour de Jésus pour Dieu son Père qui lui a confié la mission de sauver les hommes dans la puissance de l’Esprit-Saint. Passion des hommes, passion de Dieu, voilà ce qui lui donnera la force d’aller jusqu’au bout.

 

 

         Pourtant cette passion des hommes ne lui donne pas que de la satisfaction. Il sait que la foule qui l’a acclamé dans son entrée solennelle à Jérusalem va le lâcher et même se retourner contre lui. Et puis, vous avez entendu, St Luc est le seul à mettre cet épisode à ce moment-là, c’est juste après le repas de la Cène que les disciples se chamaillent pour savoir qui est le plus grand, un peu comme si, sentant la mort du maître qui approche, ils commençaient déjà à se disputer l’héritage ! En plus, Jésus sait, puisqu’il l’annonce, qu’il va être trahi par l’un de ses apôtres, par l’un de ceux qui vient de partager avec lui ce repas de l’Institution de l’Eucharistie. Jésus aurait pu se poser des questions en se demandant s’il ne s’était pas trompé en aimant les hommes avec une telle passion. Non, aucune remise en cause de son amour passionné !

 

         Il continue d’aimer avec passion les apôtres qu’il a choisis et, à travers eux, c’est nous qu’il aime avec passion même quand nous trahissons sa confiance comme Pierre le fera. S’il a pardonné à Pierre cette infidélité si lourde pouvons-nous avoir le moindre doute sur son pardon à notre égard ? Dans les jours qui viennent, vous pourriez relire ce texte de la passion dans l’évangile de St Luc et vous arrêter, comme je viens de le faire à chaque paragraphe pour voir ce qui nous est dit de l’amour de Jésus pour nous les hommes dans ces circonstances si particulières. Oh oui, quelle passion ! Jamais un homme ne sera allé aussi loin sur le chemin de l’amour. Jamais un homme n’aura vécu un amour aussi passionné pour ses semblables. Jamais un homme n’aura vécu un amour aussi passionné pour Dieu.

 

         Chers amis, ne gâchons pas les jours qui viennent ! Prenons le temps de contempler la passion de Jésus pour nous et pour Dieu. Entrons dans ce mystère d’amour et devenons à notre tour des hommes et des femmes vivant une passion pour nos semblables et pour Dieu tellement forte que rien ni personne ne pourra l’arrêter. Puisque nous allons recevoir dans cette eucharistie l’amour passionné de Jésus, et puisqu’aujourd’hui c’est le printemps, que sa passion vienne donner un nouveau printemps à nos passions du moins celles qui ne sont pas désordonnées !

 

Coeur