Paroisse Bellegarde

Homélie de Pâques: Il est vraiment ressuscité !

      Cette année, pour notre pèlerinage de l’Ascension à Confort, pèlerinage désormais traditionnel, nous aurons la joie d’accueillir le curé de la paroisse St Médard de Paris, c’était la paroisse où vécut la sœur Rosalie. Vous savez sans doute que le souvenir de la sœur Rosalie est très vivant là-bas. Le curé pourra nous le confirmer, mais il paraît que sa tombe est toujours fleurie, signe que bien du monde vient encore se recueillir pour honorer sa mémoire, elle qui a cette merveilleuse phrase comme épitaphe sur sa tombe : « à la bonne mère Rosalie, ses amis reconnaissants, les pauvres et les riches ». Quand quelqu’un de célèbre meurt, il y a toujours du monde qui passe se recueillir sur sa tombe. 

 

         Eh bien, c’est une visite au cimetière que nous raconte l’évangile que nous venons d’entendre. Marie-Madeleine, Jeanne et Marie la mère de Jacques accompagnées d’un certain nombre d’autres femmes étaient parties pour le cimetière de Jérusalem. Elles avaient un but bien précis : accomplir les derniers rites funéraires d’embaumement. Ce chemin qui les conduisait au cimetière, elles le faisaient pour la 1° fois, mais, en marchant, elles devaient penser qu’elles n’avaient pas fini de le faire ce chemin. En effet, elles avaient sûrement à cœur de garder bien vivant le souvenir de Jésus, cet homme extraordinaire qu’elles avaient eu la chance de suivre, ce Jésus qu’elles avaient tant aimé. Pour elles, comme pour nous, le cimetière leur paraissait le passage obligé pour se rappeler tout ce qu’elles avaient vécu avec lui, tout ce qu’elles lui devaient.

 

         Les cimetières, à cette époque et dans cette région, étaient bien particuliers. On se servait de cavités naturelles dans le rocher pour en faire des tombeaux et on les refermait avec une grosse pierre qu’on roulait devant l’entrée. Quand elles arrivent, c’est une grande surprise qui les attend, elles voient que la pierre a été roulée, laissant libre l’entrée. J’imagine assez volontiers qu’elles ont dû penser qu’elles avaient été précédées par quelques apôtres qui avaient souhaité, eux aussi, venir au cimetière pour garder vivant le souvenir de Jésus. Mais rien de tout cela, elles ne trouvent ni les apôtres, ni le corps de Jésus ! Deux messagers leur apparaissent et disent : vous faites fausse route, si vous cherchez Jésus, ce n’est pas au cimetière que vous le trouverez ! Il est Vivant, ressuscité ! 

 

         J’aime beaucoup cet évangile parce qu’il ne nous dit pas que les femmes n’arrivent pas à y croire. Les messagers les invitent à se rappeler les paroles de Jésus, elles se rappellent et elles croient. Merveilleuses femmes à la foi si simple et si immédiate. A la croix, elles avaient déjà montré leur supériorité en restant jusqu’au bout alors que les hommes avaient presque tous fui, sauf Jean. On n’a pas de peine à imaginer qu’elles étaient dans une joie indescriptible. Oui, mais cette joie a dû être vite tempérée quand elles ont compris qu’il leur faudrait aller annoncer cela aux apôtres ! Vous savez sans doute que les femmes, à l’époque, on n’acceptait pas leur témoignage dans un tribunal. En effet, on ne considérait pas leurs paroles comme étant très fiables ; des paroles, elles en prononçaient tellement qu’on ne savait pas comment faire le tri. Comme quoi la misogynie ne date pas d’aujourd’hui ! Alors, ce qui devait arriver arriva, elles racontent, mais les apôtres tiennent leurs propos comme des propos délirants nous dit l’Évangile ! 

         Il leur faudra du temps aux apôtres pour devenir croyants. Il leur faudra du temps pour changer complètement leurs projets. Avec la mort de Jésus, comme les femmes, ils s’étaient mis dans l’idée qu’il n’y aurait plus que le cimetière comme lieu possible pour le souvenir. Là, dans la nostalgie, ils pensaient se raconter le bon vieux temps, tout ce qu’ils avaient vécu, tout ce que Jésus leur avait dit, tout ce qu’il avait fait et ils essaieraient pour honorer son souvenir de continuer à faire du bien. A la suite du témoignage des femmes, Pierre s’en est allé au tombeau, il ne voit rien ou du moins ce qu’il voit ne suffit pas pour qu’il puisse croire. Il faudra qu’il puisse, avec tous les autres apôtres, rencontrer Jésus ressuscité pour que tout bascule. A partir de ces rencontres, il ne sera plus jamais question pour eux d’aller au cimetière pour honorer un mort, pour se raconter des souvenirs du passé. Ils auront compris qu’avec Jésus, l’histoire s’écrit toujours au présent, que Jésus marche avec eux, que Jésus leur apporte sa force et son soutien. Leur vie sera totalement changée, et après le don du St Esprit, ils n’auront qu’une envie : devenir les témoins du Christ.

 

         Mes amis, et nous, où en sommes-nous ? Est-ce qu’il ne nous arrive pas trop souvent de mettre Jésus au cimetière ? Je m’explique : est-il vraiment pour nous un Vivant ? Un vivant que l’on peut rencontrer, un Vivant qui nous fait vivre ? Est-ce que nous faisons de vraies rencontres avec le ressuscité ? Nous le savons bien, c’est principalement au cours de la messe que nous pouvons le rencontrer aujourd’hui ; alors est-ce que nous nous préparons pour que chaque messe devienne une vraie rencontre avec le Christ ? Certains disent : moi, à la messe, je ne ressens rien. Peut-être, mais ça n’empêche pas le Christ d’être là ! Vous savez, c’est un peu comme dans un couple, après de nombreuses années, on ne ressent plus forcément de grandes émotions en étant ensemble, mais on est quand même ensemble. Et c’est souvent quand l’un des deux disparaît que l’autre réalise combien il était bon d’être ensemble même si la vie n’était pas facile tous les jours. La présence du Christ à nos côtés ne s’expérimente pas tous les jours de manière sensible, mais elle est bien réelle. 

 

         Elle est bien réelle à condition que nous ne venions pas à la messe comme nous allons au cimetière ! A la messe, nous ne venons pas évoquer le souvenir d’un grand homme auquel nous voudrions rester fidèles en imitant le mieux possible sa vie et en vivant ce que furent ses convictions. Fonctionner de cette manière, c’est mettre Jésus au cimetière ! C’est aujourd’hui qu’il nous faut le rencontrer comme un Vivant. 

         J’aime rappeler cette invitation pressante que le pape François a faite au début de son exhortation sur la joie de l’Evangile : « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui, parce que personne n’est exclu de la joie que nous apporte le Seigneur. »Et pourquoi est-ce si important de faire cette rencontre ? Tout simplement parce que ça change la vie, il y a un avant et un après. Avant, dans la foi, tout semblait lourd comme un devoir à accomplir et après tout est beau comme un amour à vivre. 

 

         Mes amis, au jour de notre Baptême, nous étions trop petits pour être conscients de ce qui se passait, mais Jésus, lui, il a voulu cette rencontre avec chacun de nous. C’est pour renouveler les bienfaits de cette rencontre que nous allons maintenant renouveler notre foi puis être aspergés avec cette eau dont la réception nous invite à rafraichir la foi de nos Baptêmes. Et, bien sûr, il viendra encore à notre rencontre dans la communion. Quelle chance nous avons de vivre tout cela en une seule messe !

 

Ressuscité