Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 14 février: 40 jours de soins, mieux qu’aux Thermes !

            La semaine dernière, j’ai eu un week-end extrêmement chargé et ça commençait dès le vendredi. Vendredi matin je faisais des visite en prison, L’après-midi, j’avais une réunion à l’évêché avec tous les autres prêtres responsables d’un doyenné et le soir, réunion des parents pour la 1° communion. Samedi matin, lever bonne heure puisque j’animais un carrefour prêtres et pasteurs, pour la session régionale de formation alpha à Lyon.  L’après-midi, il me fallait préparer le repas pour les fiancés qui se préparent au mariage que j’invitais après la messe de la Saint-Valentin. La soirée s’est terminée bien tard ! Le lendemain, il fallait se lever à 5h30 pour aller mettre le chauffage dans les salles et dans l’église pour la grande matinée de caté.  À 9 heures les enfants arrivaient,  À 11 heures c’était la messe suivi du repas partagé, fort agréable. Et l’après-midi il me fallait encore aller à la prison de Bourg pour visiter un détenu qui devait être libéré prochainement. Dimanche soir, comme vous pouvez l’imaginer, j’étais complètement crevé ! 

 

            Ce qui m’a aidé à tenir tout au long de ce week-end, c’est, d’une part, que tout ce que j’avais à faire était très intéressant et d’autre part, je savais que, lundi, j’allais avoir une formidable journée.  En effet, une amie m’avait offert un cadeau qui consistait en un ensemble de trois soins aux termes d’Aix-les-Bains. Et j’avais pris rendez-vous pour ce lundi. Pour la petite histoire, quand je suis entré dans le bassin,  j’ai retrouvé trois autres prêtres à qui j’avais prêché une retraite cet été.  J’imagine que ce n’est pas tous les jours qu’il y a quatre curés qui trempent dans le même bassin ! Quand j’étais dans cette eau thermale si bienfaisante,  quand je bénéficiais des soins, je me disais : «comme c’est bon !» Et J’en venais à penser que ça serait vraiment bien que j’attende le carême qui allait commencer  comme j’avais attendu cette journée aux thermes. Et, pendant que j’étais dans la baignoire bouillonnante, je continuais à réfléchir et je me disais encore que  ça serait bien si on considéré tous le carême comme 40 jours de soins aux thermes !

 

            Avouez que ce n’est pas forcément cette image là que nous avons spontanément quand nous pensons au carême. Pour beaucoup, le carême fait plus penser à une salle de torture qu’à une salle de soins ou un salon de massage.  Comme c’est dommage ! En effet, je crois vraiment que ce temps nous est donné pour nous faire du bien. J’ai eu la chance d’avoir ce cadeau qui me donnait droit à une journée de soins et c’était vraiment bon ; mais, Dieu, lui, ce n’est pas une journée qu’il nous offre, mais 40 jours ! 40 jours de soins, 40 jours pour nous faire du bien. Avec Dieu, c’est toujours comme ça, il est en permanence dans la démesure. 

 

            Oui, mais peut-être que certains, en m’entendant, se disent : il est bien gentil avec ses 40 jours de soins, mais nous, ce n’est pas ce qu’on nous a appris au caté à propos du carême, on nous a dit que le carême, c’était de faire des efforts. Et la preuve que le carême, ce sont des efforts à faire, on a entendu l’Évangile de mercredi qui nous demandait de pratiquer le plus régulièrement possible la prière, le jeûne et le partage. Or prier plus fidèlement, acquérir une maîtrise de soi et partager plus généreusement, tout le monde en conviendra, ça demande des efforts !

 

 

            Rassurez-vous, en disant cela, je ne propose pas un carême au rabais, au contraire. Pour moi le malentendu vient du fait que, pour trop de gens, le carême se résume au déploiement de ces 3 efforts que sont la prière, le jeûne et le partage. Or, il ne s’agit pas d’un but, mais de moyens. Je me rappelle de cette chanson qui disait : parlez-moi de moi y’a que ça qui m’intéresse ! Le carême, c’est précisément un cadeau qui nous est offert pour que nous sortions de cet égoïsme qui étouffe la vie en nous. Il faut oser le reconnaître, l’égoïsme finit par enserrer notre cœur comme dans une carapace, l’égoïsme finit par enserrer notre corps comme dans une armure. Et, même chez les plus généreux, il reste toujours une part d’égoïsme, de vie auto-centrée. Se présenter devant Dieu avec un cœur malade de l’égoïsme c’est un peu comme entrer dans un salon de massage avec une armure en disant qu’il est hors de question que nous la quittions ! Dans ces conditions, comment pourrions-nous nous laisser toucher par Dieu, ou par les autres ? Croyez-moi, il y a un effet automatique : plus nous vivrons dans la prière, plus nous arriverons à nous maîtriser, plus nous partagerons et plus nous pourrons nous remettre entre les mains du Seigneur qui veut nous faire beaucoup de bien. Et c’est ainsi que nos vies changeront, pas à coup d’efforts, mais parce que nous nous sommes livrés entre les mains du Seigneur.

 

            Toutefois, les partisans d’un carême qui fait transpirer pourraient encore avoir un argument à m’opposer : c’est le texte d’évangile d’aujourd’hui. En effet, ce texte nous invite à entrer, à la suite de Jésus dans un combat sévère contre la tentation, un combat qui va être difficile et qui demandera des efforts. Tout d’abord, pourquoi ce combat ? Oh, c’est tout simple, quand le Seigneur veut nous faire du bien, Il y en a un autre qui, lui, vient se mettre en travers de la route. L’Évangile le nomme à plusieurs reprises sous le nom d’Adversaire, il est l’Adversaire de Dieu, il est par conséquent l’Adversaire de l’homme. C’est la petite voix qui nous suggère régulièrement que si on s’occupait plus de nous, on serait heureux, qu’il ne faut pas compter sur Dieu qui se désintéresse de nous. Et plus on avance dans la vie spirituelle, plus il est insistant. Là encore il ne faut as s’en étonner, c’est comme en montagne, plus on monte et plus le chemin est raide. Oui, mais au sommet quelle joie ! Et puis, ce qui est très consolant, c’est de voir comment Jésus a vaincu l’Adversaire qui prend aussi le visage du Tentateur. A chaque fois, je pense que vous l’avez remarqué, Jésus lui oppose une parole de l’Écriture. Autrement dit, c’est en se remettant entre les mains de Dieu, son Père, que Jésus sortira vainqueur de la tentation. Et vous voyez la boucle est bouclée ! 

 

            Prière, jeûne et partage ne sont pas des buts mais des moyens qui nous permettront de briser notre carapace d’égoïsme afin de nous remettre entre les mains bienfaisantes du Seigneur. Et, quand nous sommes entre ses mains, l’Adversaire n’a plus de prises sur nous, la tentation ne nous attire plus. Que pourrions-nous désirer de plus ou de mieux quand nous sommes entre les mains du Seigneur ? Mes amis, je vous suggère, pour vivre un bon carême, que, chaque matin, quand le réveil sonne, ou quand nous ouvrons les yeux de dire : Merci Seigneur ! Merci pour cette journée de carême que tu nous offres, journée qui sera encore plus bienfaisante qu’une journée aux Thermes ! Pour que mon cœur et mon corps restent accessibles au bien que tu veux me faire, je n’oublierai pas de vivre la prière, le partage et le jeûne qui me permettront de me tenir entre tes mains et de rester ainsi à l’abri de la tentation.

 

Carême