Paroisse Bellegarde

Homélie 27 février: Soyons des témoins actifs de la miséricorde !

            Ces lectures que nous venons d’entendre sont un vrai cadeau qui nous est fait en cette année de la miséricorde. Vous savez tous que le pape François a voulu faire de cette année une année de la miséricorde et si vous venez au mercredi de carême qui aura lieu dans 15 jours environ, vous en saurez beaucoup plus sur le pourquoi de cette année de la miséricorde et ce qu’elle veut nous faire découvrir. J’espère que cette homélie vous mettra l’eau à la bouche car on peut relire les lectures d’aujourd’hui, comme un enseignement qui nous est donné sur la miséricorde et plus particulièrement sur ce qu’on appelle les œuvres de miséricorde. Le pape François a choisi de remettre au goût du jour cette vieille appellation qui désigne tout le bien qu’on peut faire quand on lit sérieusement Mt 25 : j’ai eu faim, vous m’avez donné à manger, j’étais étranger, vous m’avez accueilli ….

 

            Une fois n’est pas coutume, je développerai plutôt la 1° lecture, cette lecture qui vient clouer le bec à tous ceux qui pensent que, dans le 1° Testament, Dieu est impitoyable et qu’il aime faire couler le sang. En écoutant cette 1° lecture, nous sommes toujours intrigués par ce buisson qui est en feu sans se consumer. Mais vous connaissez le proverbe : le sage montre la lune et l’idiot regarde le doigt ! Ce buisson ardent est un signe qui sert à attirer l’attention de Moïse ; ceci dit, il est un signe extraordinaire sur lequel il serait intéressant de s’arrêter un peu plus de temps. Retenons que s’il est un signe, il ne faut pas s’arrêter à lui mais à ce qu’il renvoie. Et là, dans le texte, il est clair qu’il faut s’arrêter à la voix qui jaillit de ce buisson, car cette voix, c’est Dieu lui-même qui parle à Moïse. Et que lui dit-il ? « J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants. Oui, je connais ses souffrances. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter de ce pays vers un beau et vaste pays, vers un pays, ruisselant de lait et de miel. » J’espère que vous avez été attentif à ces paroles car elles sont bouleversantes : Dieu voit la misère de son peuple, Dieu entend ses cris, Dieu connaît la souffrance de son peuple, Dieu a décidé de le délivrer de cet enfer et de lui offrir une terre qui ressemble au paradis. 

 

            On peut dire que dans ces éléments, il y a comme un condensé de la définition de la miséricorde. Dire que Dieu est miséricordieux, c’est dire qu’il voit, qu’il entend, qu’il connaît notre misère et qu’il est prêt à prendre tous les moyens nécessaires pour nous en faire sortir. Vous avez d’ailleurs remarqué qu’une fois que Dieu a dit tout cela, il ajoute : « Maintenant donc, va ! Je t’envoie chez Pharaon : tu feras sortir d’Égypte mon peuple, les fils d’Israël. » Peut-être bien que Moïse, quand il était encore dans la cour de Pharaon, en voyant la misère de ses compatriotes, se demandait ce que Dieu faisait, pourquoi il n’intervenait pas. C’est parce qu’il ne pouvait plus supporter cette situation qu’il avait d’ailleurs tué un égyptien qui maltraitait l’un de ses compatriotes et c’est ce qui le mettra en disgrâce et l’obligera à fuir. Du coup Moïse devait se demander avec encore plus de force : mais que fait Dieu, pourquoi n’intervient-il pas ? Ça me rappelle une histoire que je trouve très belle et que je me permets de vous raconter parce que je sais qu’on retient plus les histoires que les homélies !

 

 

            Un homme traversait une ville quand il rencontra une enfant pauvre qui demandait l’aumône. Il se tourna vers le Seigneur : « Mon Dieu, comment peux-tu permettre une telle misère ? Fais quelque chose. » Le soir au journal télévisé, il voit des scènes de mort, des yeux d’enfants moribonds et des corps torturés.  À nouveau, il prie : « Seigneur, quelle horreur, fais quelque chose. » Dans la nuit, il entend le Seigneur lui dire avec clarté : « Tu m’as demandé de faire quelque chose, mais je l’ai déjà fait puisque je t’ai fait, toi ! »

 

            Aujourd’hui comme hier, le Seigneur voit, il entend, il connaît la souffrance de tant et tant d’hommes et femmes, jeunes et enfants sur la terre. Pour eux, il n’a qu’un seul désir : que sa miséricorde puisse les rejoindre et les relever, les restaurer. En effet, étymologiquement miséricorde signifie «  avoir son cœur près des pauvres. » On voit donc bien que, du milieu du buisson ardent, Dieu se révèle comme le Dieu de miséricorde c’est à dire qui tient son cœur aux côtés des pauvres de son peuple : il voit, il entend, il connaît la souffrance de son peuple.

 

            Oui, mais pour se révéler à tous comme le Dieu de miséricorde, il n’a pas d’autres moyens que de passer par nous. Et c’est là qu’il y a un problème ! Nous, nous ne voyons pas toujours, même pas souvent, nous n’entendons pas toujours, nous ne connaissons pas suffisamment la souffrance des autres, du coup, nous restons inactifs et, par le fait même, nous bloquons la miséricorde de Dieu, nous l’empêchons de rejoindre ceux qui en auraient tant besoin. 

 

            Mais alors, me direz-vous, si Dieu ne peut passer que par les hommes pour faire du bien, finalement, il est inutile ! Oh non ! Parce que lorsque quelqu’un a vu, entendu, connu la souffrance des autres et qu’il dit au Seigneur : envoie-moi, le Seigneur va décupler ses forces. Croyez-vous que la mère Térésa qui était si petite de taille, si chétive et si vieille arrivait à faire tout ce qu’elle faisait uniquement par ses propres forces, en puisant dans sa propre générosité ? Bien sûr que non ! Elle s’est livrée totalement à Dieu pour accomplir cette œuvre de miséricorde extraordinaire et Dieu s’est livré totalement à elle lui donnant une force et même des moyens financiers qu’elle n’aurait jamais pu imaginer un seul instant quand elle a commencé. C’est la grande différence qu’il y a entre une ONG (Organisation Non Gouvernementale) qui fait du bien et les œuvres de miséricorde, comme l’œuvre de Mère Térésa par exemple. L’ONG, qui fait vraiment du bon travail, n’a que ses propres ressources, la  force de ses membres pour agir. Alors que, lorsque l’on s’engage dans une œuvre de miséricorde, c’est la puissance de Dieu qui est à notre service … à condition qu’on compte vraiment sur lui et qu’on se livre vraiment à lui. 

 

            C’est pour cela que le Pape François qui valorise tellement les implications sociales de l’Évangile ne cesse, en même temps, de mettre en garde l’Église, les mouvements carritatifs de l’Église pour qu’ils ne deviennent pas des ONG. Ce n’est pas pour rien si, dans cette année de la miséricorde, il met tellement l’accent sur les œuvres de miséricorde. C’est en les pratiquant que les hommes permettront à la miséricorde de Dieu de donner toute sa mesure. Ce sont bien des hommes qui agiront, mais avec la puissance de l’Amour de Dieu et c’est pour cela qu’il y a tant et tant d’œuvres de miséricorde, dans l’histoire et aujourd’hui encore, qui sont de véritables miracles. Des hommes se sont laissés toucher par la misère des autres, ils ont choisi de tenir leur cœur  près des pauvres, mais, conscients de leur faiblesse, ils se sont totalement remis entre les mains de Dieu.

 

            Du coup, on comprend pourquoi Jésus, dans l’Evangile, va réfuter énergiquement la thèse très répandue à l’époque : si quelqu’un meurt jeune, c’est qu’il est puni par Dieu. Et nous continuons souvent à emboucher la même trompette quand nous disons devant quelque chose de difficile qui nous arrive : mais qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu pour mériter cela ? Dans sa réponse, qui mériterait de longs développements, il me semble que Jésus dit deux choses essentielles :

1/ Dieu n’est pas responsable de la mort, ni de la maladie, ni d’aucune catastrophe. Dieu, parce qu’il est miséricordieux, il tient son cœur près des pauvres, il entend, il voit, il connaît leur souffrance.

2/ Et par deux fois, Jésus dit : « si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même. » Comme pour nous dire : on peut tous mourir de manière idiote en se trouvant au mauvais endroit au mauvais moment. On ne choisira pas notre manière de mourir. Par contre, on peut choisir notre manière de vivre, alors ne vivons pas de manière idiote ! 

 

Et là, pour choisir de ne pas vivre de manière idiote, j’entends le Pape François nous dire : engagez-vous résolument dans des œuvres de miséricorde parce que c’est de miséricorde que notre monde qui va si mal a tant besoin ! Rappelez-vous toujours quand vous aurez envie de demander à Dieu ce qu’il fait devant la misère qu’il vous dira : j’ai déjà fait beaucoup puisque je t’ai fait toi !

 

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