Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 21 février.

            Si vous avez participé à quelques formations sur les Évangiles, vous savez qu’il y en a trois qu’on appelle les évangiles synoptiques. Ce mot qui peut sembler compliqué, en fait, ne l’est pas tant que ça ! Optique vient du grec, et vous connaissez ce mot qui signifie voir. Quand vous ne voyez plus bien, vous aller chez un opticien pour qu’il vous fasse des lunettes ! Et, le petit préfix « syn »  signifie qu’on peut regarder ces trois évangiles simultanément, comme écrits dans trois colonnes. En effet, Mathieu, Marc et Luc racontent à peu près les mêmes événements concernant la vie de Jésus. L’Évangile de Saint-Jean, par contre, a une plus grande originalité. Toutefois, si Matthieu Marc et Luc racontent les mêmes événements, ils ont chacun leur manière propre de raconter un événement. Ainsi, pour ce texte de la transfiguration que nous venons d’entendre, si on le retrouve dans les trois évangiles synoptiques, il faut noter que chaque évangéliste aura sa petite touche personnelle.  Puisque, cette année, nous avons le texte dans l’Évangile de Luc, il est important d’être attentif à l’originalité de Luc par rapport aux deux autres.

 

            Quand on lit avec attention et que l’on compare avec les autres évangiles, on constate facilement que St Luc est le seul à noter que cet événement de la transfiguration a lieu au moment où Jésus était en prière. Il est même monté sur la montagne pour prier. C’est donc au cours de sa prière qu’il est transfiguré. D’ailleurs, dans cet évangile de Luc, on a bien l’impression que, de manière habituelle, la prière transfigurait Jésus. Quelques chapitres plus loin, on lit en effet : « Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : Seigneur, apprends-nous à prier. » Et c’est là que Jésus va donner à ses apôtres la prière du Notre Père. Il faut bien se représenter la scène : Jésus était en prière et c’est quand il revient de prier qu’un de ses disciples lui demande : Seigneur apprends-nous à prier ! On peut bien imaginer que Jésus est revenu vers ses disciples avec un visage tellement rayonnant qu’il faisait envie.

 

            Sur la montagne de la transfiguration, il s’est passé la même chose. Et à chaque fois que Jésus priait, il se passait la même chose ; mais, souvent, pour prier Jésus se retirait à l’écart, les apôtres ne pouvaient donc pas être témoins de ce qui se passait. Là, il y a Pierre, Jacques et Jean à qui il offre ce privilège de vivre ce moment avec lui. J’imagine volontiers que Pierre, Jacques et Jean, quand ils ont vu Jésus qui se mettait en prière, se sont mis eux aussi à prier. Comme tout bon juif qui se respecte, ils savaient prier, ils connaissaient beaucoup de prières, notamment les 150 psaumes. A cette époque où il n’y avait pas de livres et où les gens étaient souvent analphabètes, tout le monde connaissait par cœur l’essentiel des prières. Pierre, Jacques et Jean ont dû faire monter sur leurs lèvres quelques unes de ces prières, mais, manifestement, la prière n’avait pas sur eux le même effet que sur Jésus ! Il n’y a que Jésus qui a été transfiguré pas eux, par contre, eux, ils étaient accablés de sommeil !

 

            Peut-être pourrions-nous nous interroger sur notre propre manière de prier. Parce que, si nous sommes honnêtes, nous pouvons reconnaître que la prière ne nous transfigure pas souvent. Il n’est pas sûr qu’en nous voyant prier les autres se rendent compte qu’il se passe quelque chose, il n’est pas fréquent qu’en sortant d’un temps de prière, on en ressorte avec un visage tellement lumineux que les autres nous supplient : apprends-nous à prier ! Par contre, nous faisons souvent la même expérience que les apôtres, quand nous voulons prier, nous sommes accablés de sommeil ! Puisqu’en entrant dans ce temps de carême, nous avons accueilli cette invitation de Jésus à donner plus de temps à la prière, je vous propose que nous nous arrêtions quelques instants pour réfléchir à la prière.

            Nous reconnaissons sans difficulté que nous n’avons pas toujours des expériences transfigurantes de la prière mais au fait, dans une journée quel est le temps que nous donnons à la prière ? Nous pourrions, par exemple, comparer le temps de la prière et le temps de la télé. On voit bien que Jésus sortait de la prière complètement transfiguré parce qu’il y passait du temps, souvent l’évangile parle d’une nuit. Alors, je ne dis pas qu’il faut faire autant, mais, en été, ceux qui s’exposent au soleil savent bien que ce n’est pas en restant 5 minutes que leur peau va commencer à bronzer ! Les adeptes du jogging savent bien que ce n’est pas en courant 5 minutes qu’on va en ressentir les bienfaits. Comment se fait-il que nous soyons relativement persévérants dans plein de domaines, en étant persuadés qu’un réel bien-être nous sera apporté grâce à cette persévérance, et que pour la prière nous soyons si peu enclins à donner du temps ?  Voilà donc la 1° question que nous avons à examiner : quel temps donnons-nous à la prière ?

 

            La 2° question que nous pouvons nous poser c’est de regarder ce qui se passe dans notre prière. Ne sommes-nous pas comme Pierre, Jacques et Jean, un peu trop rapides à égrainer des prières. Je n’ai rien contre les prières qu’on récite, le mot n’est d’ailleurs pas très beau. Je connais la valeur du chapelet comme une prière qui ne demande aucun effort et qui nous porte. Mais prier, ça ne peut se résumer à dire des prières ! Là, dans l’Évangile, il nous est dit que Moïse et Elie s’entretenaient avec Jésus, la prière, pour Jésus c’était donc une expérience qui lui permettait de s’entretenir familièrement avec le ciel. Et Luc nous livre le contenu de cet entretien : ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. La prière de Jésus, ce n’est pas une prière à l’eau de roses ! Il s’entretient de son départ, des épreuves et de la mort qu’il va subir et de son retour au Père. C’est donc toute sa vie qui est dans sa prière. Et pour nous : est-ce que la prière est aussi un entretien familier avec le ciel ? Est-ce qu’il y a vraiment toute notre vie dans notre prière ?

 

            Et puis, la 3° question que nous pouvons nous poser à propos de la prière, elle concerne l’invitation qui jaillit de la nuée adressée aux apôtres : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » Est-ce que, dans la prière, nous prenons assez de temps pour écouter Jésus ? Il s’agit de ne pas toujours parler, ni en récitant des prières apprises, ni en parlant de nos problèmes. Les deux sont nécessaires dans la prière mais ne suffisent pas, il faut aussi écouter Jésus. Vous allez peut-être m’objecter que lorsque vous vous taisez dans la prière, vous n’entendez pas grand chose ! Mais peut-être pourriez-vous accueillir ces trois conseils :

  • d’abord demandez au St Esprit, à chaque fois que vous entrez en prière, d’ouvrir les oreilles de votre cœur, vous verrez, ça marche pas mal !
  • Ensuite, pour entendre le Seigneur parler, il y a un bon moyen, c’est d’ouvrir le livre de sa Parole, là encore en demandant au St Esprit qu’il transforme cette Ecriture en Parole pour nous aujourd’hui.
  • Enfin, rappelons-nous que la prière avec les autres est vraiment un lieu de grâce. Quand j’entends un frère prier, il n’est pas rare que sa prière touche mon cœur et que le Seigneur me parle à travers lui.

 

            Profitons de ce temps du carême pour demander au Seigneur de nous faire vivre une expérience transfigurante de la prière pour que cette expérience nous aide à rester fidèles les jours où la prière se fait plus aride car il y en aura forcément. Oui, mais quand on a été pris un jour dans la lumière, on tient mieux dans la fidélité quand le ciel est gris.

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