Paroisse Bellegarde

Si vous voulez voir des miracles : silence et service seront les maîtres mots pour cette semaine !

            J’espère que vous avez vu le très beau film sorti il y a quelques années maintenant : le fabuleux destin d’Amélie Poulain. Ce film avait eu beaucoup de succès, c’est d’ailleurs rassurant de voir que les films qui ont le plus de succès sont des films qui donnent une belle image de la vie des hommes, je ne parle pas ici de la guerre des étoiles, mais de Intouchables, qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu, Bienvenue chez les Chtis et donc Amélie Poulain. Cette jeune femme, elle souffre beaucoup de ne pas avoir eu un papa qui l’ait serrée dans ses bras, qui lui ait prodigué des câlins. C’est même amusant car son papa était médecin et la seule fois où il osait la toucher, c’était pour l’ausculter, Amélie en était tellement bouleversée que son cœur se mettait à battre très fort, du coup, le papa médecin en avait conclu qu’elle avait un problème cardiaque ! Pour se venger de son malheur, Amélie avait choisi la meilleure des vengeances possibles, elle avait décidé de faire du bien, mais sans jamais qu’on puisse savoir que c’était elle qui avait fait du bien. Elle se cachait pour voir le bonheur de ceux à qui elle prenait tant de plaisir à faire du bien.

 

            Dans cet Évangile des noces de Cana que nous venons d’entendre, j’ai l’impression que Jésus agit un peu comme Amélie Poulain. Il va faire du bien, beaucoup de bien, mais en secret. Car c’est vraiment extraordinaire ce que Jésus va faire, ce mariage risquait de tourner à la catastrophe : il n’y avait plus de vin. Or vous savez, dans ces pays la noce dure plusieurs jours, au premier soir, il n’y a déjà plus de vin. Comme disent les jeunes, c’est la cata ! Grâce à l’intervention de Marie, et il y aurait beaucoup à dire sur cette intervention, Jésus va intervenir et de quelle manière : 600 litres de vin ! Mais qui a été témoin de ce miracle ? Aucun des personnages principaux : ni les mariés, ni leurs parents, ni le maître des noces, il n’y a que les serviteurs et peut-être Marie, même si on ne peut pas déduire du texte qu’elle a vu le miracle, elle a cru que Jésus le ferait, elle a invité les serviteurs à avoir foi en Jésus, mais peut-être qu’elle même n’a rien vu du miracle. Les seuls à avoir été les témoins de ce miracle sont les serviteurs qui ont dû remplir d’eau les jarres et qui ont constaté que, lorsqu’ils portaient le contenu des jarres dans la salle des noces, ce n’était plus de l’eau mais du vin ! A partir de ce fait étonnant, seuls les serviteurs ont vu le miracle, je voudrais développer deux points qui me paraissent importants.

 

1/ Les miracles, les vrais ne font pas de bruit. Vous connaissez sans doute l’adage plein de sagesse qui dit : le bien ne fait pas de bruit, le bruit ne fait pas de bien ! Dieu le Père, Jésus, l’Esprit-Saint sont des adeptes de cet adage. Nous connaissons tous ce très beau texte du Premier Testament dans lequel le prophète Elie, découragé, demande la mort. Dieu lui dit : va dans la montagne et pour te réconforter, je vais t’offrir une rencontre. Elie imaginait sans doute que Dieu allait se manifester à lui dans un coup d’éclat, c’est pourquoi, il n’est pas surpris de voir un ouragan se lever, mais Dieu n’était pas dans l’ouragan, puis un tremblement de terre, mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre et un feu, mais Dieu n’était pas dans le tremblement de terre. Et voilà que se lève un vent très léger et le texte nous dit littéralement que Dieu se trouvait dans le silence ténu de cette brise légère. Vous avez entendu : le silence ténu d’une brise légère, vraiment on peut dire que ça ne fait pas beaucoup de bruit ! Eh bien, Dieu a choisi de se manifester dans le silence ténu d’une brise légère ! C’est donc bien vrai : le bien ne fait pas de bruit et le bruit ne fait pas de bien !

            Jésus a toujours refusé de se servir de miracles exceptionnel pour faire des coups d’éclat qui obligeraient à croire. Sur la croix, on lui dit : descends et on croira en toi. C’est vrai que s’il était descendu de la croix, ça aurait fait de l’effet ! Il aurait pu le faire était-ce plus dur que de changer de l’eau en vin, je ne pense pas, mais il ne le fera pas. C’est dans la discrétion que Jésus interviendra aujourd’hui encore dans nos vies. Les merveilles qu’il accomplit en nous, il les accomplit sans faire de bruit.

 

            Alors, mes amis, ça signifie, qu’il faut se méfier de tout ce qui fait du bruit, de ne pas courir trop vite après le merveilleux qui attire tant et tant de personnes et qui les conduit souvent dans des impasses. Ça signifie aussi qu’il faut ménager du silence dans nos vies si nous voulons voir Dieu à l’œuvre. Et ça c’est un combat de tous les jours, pour vous comme pour moi !

 

2/ Le 2° point que je voudrais développer à partir du constat que, seuls les serviteurs ont été témoins du miracle de Cana, c’est que si nous voulons voir des miracles, il faut que nous nous mettions au service. En effet, aujourd’hui encore, les serviteurs sont aux premières loges pour voir Dieu à l’œuvre. En tout cas, je peux dire que c’est vrai pour moi. C’est ce que je vis, par exemple, dans mes visites en prison. En me mettant au service de ces hommes cabossés, en les écoutant, en acceptant de les rencontrer alors que certains ont vraiment commis des actes odieux, je suis témoin de miracles. Peu à peu leurs cœurs vont s’ouvrir, ils vont prendre conscience du mal qu’ils ont fait à leur victime d’abord, mais aussi à leur entourage et même à toute la société. Et j’en vois, évidemment pas tous, qui entrent dans une démarche de repentance et je peux témoigner que certaines cellules de détenus sont transformées en cellules de moines, ces cellules deviennent des lieux de prière, de jeûne et même de partage. Oui, quel miracle ! Cette année, j’ai aussi prêché beaucoup de retraites pour des prêtres, notamment au Burundi qui va si mal en ce moment, en me mettant au service de ces prêtres, j’ai été témoin des merveilles que le Seigneur a accompli dans leur vie. Mais j’ai aussi prêché des retraites pour des laïcs, notamment dans le magnifique foyer de charité de La Flatière aux Houches. En plus des 3 enseignements quotidiens, de l’homélie à la messe, je recevais 10 personnes chaque jour durant 20 minutes. Je peux témoigner qu’en accomplissant ce service, assez épuisant par certains côtés, j’ai vu des miracles. J’ai vu des personnes qui arrivaient complètement cassées et qui sont reparties ressuscitées, pas par moi, mais par le Seigneur.

 

Oui, quand on accepte de se mettre au service, on voit des miracles. Et la 2° lecture nous a rassurés en nous expliquant que l’Esprit-Saint nous équipait de toutes les qualités nécessaires pour accomplir ce service. Je pense que les catéchistes, les animateurs d’aumônerie, les personnes qui vont à la rencontre des malades pourraient également témoigner qu’elles ont vu de véritables miracles. C’est à tous ces serviteurs que le Seigneur, aujourd’hui encore, offre ce privilège merveilleux d’être témoins des merveilles qu’il accomplit dans les cœurs. C’est pour cela d’ailleurs que le service ne vide pas ceux qui l’accomplissent, même si, certains jours, on se couche très fatigué ! Nous sommes témoins de tellement de merveilles que cela nous nourrit profondément et nous regonfle de manière permanente. Alors, si vous voulez voir des miracles, vous savez ce qu’il vous reste à faire : du silence et du service !

 

Service