Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 3 janvier: Désirons-nous le bonheur

         « Et surtout la santé ! » Voilà ce que nous entendons le plus souvent dans les vœux échangés en ce début d’année. C’est vrai que la santé est importante, ceux qui en sont privés le savent bien et à chaque fois que nous avons un petit pépin, nous vérifions par nous-mêmes combien la santé est un bien extrêmement précieux. Pourtant, en ce début d’année, j’aimerais que nous prenions conscience que nos vœux ne sont pas forcément justes quand nous disons : « et surtout la santé ! » Oui, bien sûr, souhaitons-nous d’être en bonne santé, mais enlevons le « surtout » qui laisse entendre qu’il n’y a rien de plus désirable que la santé, ce n’est pas juste car il y a beaucoup de gens en pleine santé qui ne sont pas heureux.

 

J’en veux pour preuve le témoignage de Michel Delpech dont nous entendons beaucoup parler depuis ce matin. Après un immense succès qui avait quand même été un peu long à se dessiner, le chanteur va connaître comme une descente aux enfers. A l’époque, il était en pleine santé mais n’était pas du tout heureux, voilà ce qu’il dit : « j’ai littéralement sombré dans un chaos intérieur à l’approche de la trentaine. En dépit de mon succès, ma vie allait à vau-l’eau, des ruptures amicales et sentimentales m’ont fait chavirer pour de bon. » Il raconte qu’au début, comme tout le monde, il n’a pas voulu laisser voir que ça n’allait pas. Et on peut volontiers imaginer que ceux qui ont croisé Michel Delpech le 1° janvier de cette année lui ont souhaité des vœux se terminant par : « et surtout la santé ! » Ils ne pouvaient pas lui dire : « et beaucoup d’argent ou beaucoup de succès » car il ne manquait ni d’argent, ni de succès. Mais j’imagine aussi volontiers qu’en entendant ces vœux : « et surtout la santé » Michel Delpech se disait : « s’ils savaient ce que je m’en fiche, la santé, je l’ai, tout le reste aussi, il ne me manque qu’une chose : être heureux. »

 

Alors pourquoi ne pas nous souhaiter d’être heureux en 2016 ? En santé ou pas, souhaitons-nous d’être heureux. Car le bonheur n’est pas réservé à ceux qui ont une santé de fer. Certes, quand on est malade, handicapé, cabossé par la vie, le bonheur est plus compliqué mais, quand il est possible, il est aussi plus vrai. Car, finalement le bonheur, le vrai, c’est d’être entouré par des gens qui nous aiment et qu’on aime. Quand on n’a plus rien, même plus la santé, on peut encore garder ce trésor de l’amour que nul ne pourra nous voler. Je peux toujours décider d’aimer, dans toutes les circonstances même si c’est loin d’être évident. Et c’est là que la foi peut devenir un élément déterminant pour nous permettre de vivre ce bonheur d’aimer et d’être aimé en toute circonstance. En effet, quand je n’ai plus la force d’aimer parce que ma santé me met en situation trop difficile ou parce que tout le monde m’abandonne, Dieu peut me donner la force d’aimer encore. Et je peux surtout faire l’expérience que, Lui, il m’aime encore et m’aimera toujours. Permettez-moi de citer deux témoignages.

 

Le 1° est celui de Gisèle, une femme du quart-monde qui a donné son témoignage à Taizé cet été, voilà ce qu’elle dit : « On m’a demandé de vous parler de la « miséricorde », je n’avais jamais entendu ce mot ! Ça me fait penser à la « misère ». On va prier Dieu parce qu’on est dans la misère. On prie parce qu’on a besoin d’aide, on a besoin d’amour. Et lui répond à sa façon : dans nous, dans notre « cœur »… J’ai grandi dans la pauvreté. On vivait dans une seule pièce. J’avais plus d’eau que de lait dans mon biberon… vraiment on était des pauvres… Mes 2 parents n’étaient pas chrétiens, mais les 3 enfants aînés ont été baptisés. Ils étaient les préférés, ils avaient droit à l’amour de Dieu. Nous les 3 derniers, on n’avait pas le droit à l’amour de Dieu. C’est à 13 ans qu’une amie m’a présentée à la personne qui faisait le catéchisme. Elle avait une voix d’ange, elle m’a attirée…Un jour elle m’a dit : « Il faudrait que tu sois baptisée » alors je lui ai répondu : « Vous voulez bien être ma marraine ? » et elle a dit oui ! C’est Dieu qui m’a envoyé vers cette personne. J’étais dans la misère et d’avoir connu Dieu c’est comme si on retournait le gâteau : que Dieu me remettait à l’endroit et me disait « Maintenant tu seras heureuse !» Avant que j’aie connu Dieu j’étais agressive, j’étais malheureuse. On m’a présentée vers Dieu, depuis je suis mieux dans ma peau. Je me sens plus ouverte, moins malheureuse. Mon problème je le mets de coté, j’essaye d’aider les autres, je m’ouvre. Depuis que j’ai connu Dieu je suis heureuse. On a beau être dans la misère, on est riche de Dieu ! On est riche de Dieu parce qu’on aime son Dieu. Si on ne l’avait pas qu’est-ce qu’on deviendrait ?… Mais comme on l’a, on est heureux ! » Le témoignage continue et il est très fort quand Gisèle explique que, victime d’attouchements, elle a pardonné et elle termine par cette belle profession de foi : « Dieu est amour « pour la vie », pour toujours. Dieu t’aimera toujours. Moi je veux aimer comme d’être aimée. »

 

Pour le 2° témoignage, je laisse à nouveau la parole à Michel Delpech car je ne suis pas sûr que dans les hommages qui vont lui être rendus on mette en valeur sa conversion. Voilà ce qu’il dit : « J’ai constaté que les églises m’attiraient. Qu’elles m’apaisaient. Tel un vagabond, j’y entrais au hasard et m’asseyais quelques minutes. L’homme que j’étais, encore fragile, y trouvait à chaque fois un sentiment de sécurité. Parfois même, je m’y endormais ! Quelques années plus tard, j’ai retrouvé cet apaisement lors de ma première retraite, à l’abbaye de St-Wandrille. J’avais 35 ans et venais visiter un moine dont le témoignage entendu à la télévision m’avait interpellé. Les quelques jours passés là-bas ont transformé mon mal-être en bien-être. Tout s’unifiait. Il ne s’agissait pas d’un état d’exaltation ou de joie retrouvée, c’était plus subtil : je me sentais à ma place, en accord avec ce que je suis.Au début de ce chemin de conversion, deux personnes se sont côtoyées en moi : le chercheur de vérité, amoureux de Jésus, et le chanteur, en quête de gloire et de son public. Cette étrange cohabitation n’a pas été confortable tous les jours. Mais ce tiraillement s’est estompé avec l’expérience et la maturité. Depuis, j’ai mes rendez-vous avec Jésus, délicieux, réguliers. Il ne se passe pas une journée sans que je pense à lui ou l’invoque. Sans que je lui parle. Ce lien n’est pas seulement naturel, il est vital. Lorsqu’il m’arrive quelque chose de bien, je le lui attribue, et lorsqu’il m’arrive quelque chose de mal, je me l’attribue. Je n’ai par exemple jamais considéré mon cancer comme une épreuve que Dieu m’envoyait. Une fois de plus, il est à mes côtés, fidèle. »

 

Alors, plutôt que la santé, je crois préférable de nous souhaiter le Bonheur. Du coup, nous comprenons mieux pourquoi le pape François au début de sa très belle exhortation sur la joie de l’Evangile nous invite à faire ou refaire une véritable expérience de rencontre avec le Christ. C’est bien cette rencontre qui a permis à Gisèle comme à Michel Delpech qui avaient pourtant des vies diamétralement opposées de faire l’expérience du Bonheur. Il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas ainsi pour nous. Que le Seigneur nous fasse le cadeau qu’il a fait aux mages : qu’il nous envoie une étoile, quelle que soit la forme que prendra cette étoile, le plus important, c’est qu’elle nous conduise à pouvoir le rencontrer vraiment, le rencontrer à nouveau. Voilà donc ce que je nous souhaite pour cette année 2016.

 

bonheur