Paroisse Montrevel-en-Bresse

Diversité et unité

Chers frères et sœurs,

 

Pour continuer la réflexion sur la construction de notre paroisse, j’aimerais partir d’un mot du Pape François dans son encyclique Laudato si’ sur la sauvegarde de la maison commune. Cette très belle encyclique, que nous lisons ensemble dans une rencontre mensuelle les deuxièmes mardis du mois, nous ouvre à une réflexion générale et globale sur le rapport que nous avons avec l’œuvre du créé, la personne humaine en faisant partie.

 

Dans son passage sur l’anthropologie, le Saint Père invite l’homme à prendre sa juste place dans l’harmonie de la création. Certes, si, du fait de son intelligence et de sa science, il peut prétendre être au-dessus de la création, il n’en pas moins créé lui aussi et donc il est appelé à respecter l’intégrité de l’œuvre du créé. Au cœur de cette réflexion, le Pape écrit :

 

« Quand l’être humain se met lui-même au centre, il finit par donner la priorité absolue à ses intérêts de circonstance, et tout le reste devient relatif. » (n° 122)

 

Il résulte de cette situation « un relativisme dans lequel tout ce qui ne sert pas aux intérêts personnels immédiats est privé d’importance. Il y a en cela une logique qui permet de comprendre comment certaines attitudes, qui provoquent en même temps la dégradation de l’environnement et la dégradation sociale, s’alimentent mutuellement », nous dit le Pape dans ce même numéro.

 

Cette réalité, présentée dans une dimension générale et globale de l’humanité, est également valable pour chacun d’entre nous personnellement. D’une manière directe, on peut donc dire que si je me mets au centre alors tout devient relatif à moi, à ce que j’ai toujours fait, à ce que je vis. Cette logique donne d’entrer non plus une recherche du bien commun et une construction d’une vie communautaire, au sens noble de ce terme, mais conduit à des relations d’opposition qui deviennent la manifestation d’une concurrence latente, consciente ou non. En ce sens, la richesse de ce que j’ai vécu, ou de ce que je vis, de ce que je porte, ou des initiatives que je peux avoir ne sont plus au service d’autrui pour le bien de tous mais seulement au service de moi-même.

 

Comme le pape le demande il y a une véritable conversion du cœur à laquelle nous sommes appelés, conversion que nous pouvons vivre non seulement chacun personnellement mais également d’une manière communautaire. C’est une conversion vécue en Église.

 

Riche de sa diversité, il est un fait que notre paroisse est une, mais avec de nombreux lieux de culte. Chacun de ces lieux ne sont pas en concurrence les uns avec les autres mais bien au contraire ils sont chacun d’entre eux au service de tous, et donc au service de la vie paroissiale. Réjouissons-nous d’avoir une diversité de propositions de lieux mais en même temps cette diversité ne doit pas empêcher la construction de l’unité, qui est manifestée par exemple par le fait que nous citons les intentions de messe de l’ensemble de la paroisse à chacune des messes quel que soit le lieu. En même temps, nous devons nous rappeler l’importance de savoir nous rassembler ensemble, ce qui est plus stimulant pour les jeunes, car « Oui, il est bon, il est doux pour des frères  de vivre ensemble et d’être unis ! » (Ps 132,1)

 

Construire cette unité dans la diversité des lieux et des histoires, ce n’est pas facile. Alors qu’il me soit permis une petite image. J’ai toujours été frappé de voir qu’un arbre bien enraciné fait de l’ombre à tous. S’il reste seul, alors sont peu nombreux ceux qui peuvent venir profiter de cette ombre. Mais, s’il y en a plusieurs une forêt permet à tout le monde de pouvoir venir se promener et de profiter de cette ombre qui est large, même s’il y a des arbres qui sont plus petits ou éventuellement tordu.

 

Notre paroisse est comme une forêt dans laquelle chaque arbre serait un de nos villages. Chacun, nous sommes fiers de nos racines, et nous avons raison. Chacun nous cherchons à entretenir nos racines, et nous avons raison. Mais, si on ne regarde que ses propres racines alors on ne voit pas les merveilles qu’elles peuvent apporter à tous, et nous n’arrivons pas à prendre conscience que l’on peut profiter de celle des autres. Il nous faut donc non pas seulement regarder en bas mais aussi regarder vers le ciel. En d’autres termes, nous sommes appelés à avoir les deux pieds sur terre et la tête dans le ciel.

 

Alors, décentrons-nous de nous-même pour nous centrer sur la personne du Christ. Et ensemble levons les yeux vers Jésus qui nous dit : « Quand j’aurais été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32). L’unité appelle une authentique démarche de conversion. Sommes-nous prêts à la vivre ?

 

Abbé Pierre Le Bourgeois