Aumônerie pénitentiaire

Les détenus renouvellent notre regard sur l’Evangile

 

Le groupe de parole du Centre de Détention de Bourg en Bresse se réunit une fois tous les 15 jours le mercredi après-midi, avec en général 6 ou 7 participants. Après un temps d’échange de nouvelles et de convivialité, nous nous disposons assis en cercle  autour d’une icône et d’une bougie. Un chant marque le début du temps de parole. Anne-Marie et Dominique définissent le thème d’une fois sur l’autre après avoir relu  ce qui a été partagé à la séance précédente. Ce peut être un texte d’évangile qui fait écho au partage ou tout simplement un point qui a été abordé au cours du partage précédent. Par exemple pour la montée à Pâques nous avions choisi de faire deux séances : la première, quelle est ma souffrance ? la deuxième en quoi ma souffrance a-t-elle été une source de vie ? Chacun a ainsi pu relire sa vie à la lumière de Pâques.

 

Bible Evangile St Luc Magnificat

 

« Les détenus  nous ouvrent à l’Évangile »

 

Le titre de ce compte rendu peut surprendre. Nous l’avons choisi tout simplement parce que c’est ce que nous avons expérimenté: les détenus élargissent notre compréhension de l’Évangile. Ils parlent souvent à partir de leur souffrance qui leur a donné d’expérimenter la Parole d’une manière toute particulière et qui souvent nous ouvre à une lecture renouvelée de l’Évangile.

 

Nous vérifions ainsi la justesse des propos du pape François dans son exhortation apostolique, la joie de l’Évangile (paragraphe 198):« les pauvres ont beaucoup à nous enseigner, par leurs propres souffrances ils connaissent le Christ souffrant. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. La nouvelle évangélisation est une invitation à reconnaître la force salvifique de leurs existences, et à les mettre au centre du cheminement de l’Église. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux…..à accueillir la mystérieuse sagesse que Dieu veut nous communiquer à travers eux »

 

 

Voici donc par thèmes les Paroles des détenus telles que nous les avons notées au fil des rencontres.

 

 

Suivre le Christ: une décision

 

“Le jour de mon anniversaire, je me sentais à la croisée des chemins: aller à droite ou à gauche? J’ai choisi le côté du Christ. »

 

« Dieu a mis en place un réseau routier: à moi de choisir les bonnes routes qui m’emènent le plus diretement à lui. »

 

« Ici à la prison j’ai décidé de prendre du temps pour écouter, pour lire, c’est un break dans le tourbillon qu’était ma vie et je découvre une Présence. »

 

« Pendant des années je n’ai rien décidé, je me suis laissé mener par le courant de la vie. Ici j’ai décidé de revenir à l’essentiel, de revenir à Dieu, d’être authentique, sincère, de ne plus être dans l’apparence. »

 

« Dieu propose, l’Homme décide et dispose. »

 

 » Le bonheur est dans la décision de suivre le Christ. Je suis libre. J’ai peur à ma sortie de prison de retomber. Les ténèbres sont bien présentes mais la lumière est plus forte, il me faut décider de rester dans la lumière. »

 

 » Si tu as peur des ténèbres à ta sortie, alors va frapper à la porte d’une église, d’une communauté chrétienne, ne reste pas seul. »

 

 » Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi » Apocalypse 3/20…..oui le Seigneur frappe à ta porte, il est là il veut te rendre visite, te protéger à ta sortie de prison, t’accompagner……

Mais à toi de décider de lui ouvrir ta porte, tu as été créé libre de décider ou non de suivre le Christ. »

 

 

Ma relation à Dieu

 

« Jésus m’invite à renaître à moi-même à ses côtés. »

 

« L’enfermement m’a mis face à Dieu seul. Avant j’allais à lui, à la messe, je suivais le mouvement ( j’étais dans la religion) , maintenant j’ai une relation personnelle à Dieu, il est dans ma cellule, je sais qu’il est là, il est devant, il est derrrière, il est à mes côtés, il m’acompagne. Le rideau est tombé, Il est là. »

 

 « Dans l’Évangile je ressens que  Jésus me parle personnellement. »

 

« Dieu m’accompagne, je le sens mais je sens aussi que je suis fragile et j’ai peur de perdre la foi. »

 

« Je retrouve Dieu dans ma prière en cellule, je sens sa présence…..ouah! »

 

« Quand j’ai lu l’Évangile la première fois, j’ai pleuré. »

 

« Le coeur de Jésus est en nous, nous sommes des demi-dieux. La lumière est en nous, on est divin. On fait partie de Dieu. »

 

 » Nous ne sommes pas des anges, nous avons tous une part de ténèbre en nous, nous pouvons tous tomber. Mais l’amour de Dieu est sans limite, il n’est pas un père fouettard, si je retombe, il sera encore là. »

 

“Tu vis ta foi, tu es un chrétien vivant.”

 

 

 

 

Aimer à la suite du Christ
 

 » Jésus me connait personnellement, il m’aime tel que je suis. Il m’invite à me montrer tel que je suis sans masque et à aimer mes co-détenus tels qu’ils sont, sans jugement. »

 

« Ma fille, mes parents, voilà ce qu’évoque pour moi aimer. »

 

« L’amour de Dieu est présent dans nos proches : Dieu m’aime à travers mon frère, à travers l’amour d’une femme …… »

 

 » Aimer c’est tout donner et se donner soi-même. » (La petite Thérèse)

 

« L’Évangile nous donne  la vie de Jésus comme témoignage. Il me faut imiter Jésus, c’est cela mon chemin. »

 

« Dans le film « des hommes et des dieux » les moines donnent leur vie par amour pour leurs voisins. Frère Christian reste dans l’amour, ses paroles désarment son adversaire, il lui serre la main ; Il aime à la manière du Christ. Le respect qu’il accorde à ses adversaires fait tomber la violence. »

 

 

Marie

 

« Voir son fils sur la croix la fait souffrir terriblement, je sais qu’elle souffre que je sois ici. »

 

« Elle a dit oui ! C’est par elle que tout a commencé! »

 

« Elle souffre en silence, elle m’apprend ici en cellule à ne pas entrer dans la révolte. »

 

 » Marie a souffert terriblement comme nous, elle a suivi son fils jusqu’à la mise en croix de son fils. Son humanité, ses souffrances la rendent très proche de moi, je la sens avec moi en cellule, elle m’emmène à Jésus, elle est comme un escabeau, comme un raccourci vers Jésus. »

 

« Pour moi Marie, c’est une statue. Je ne connais rien. Ça fait seulement quelques mois que j’ai  rencontré l’aumônerie. Tu vois, je porte la croix que tu m’as donnée. Mais derrière la statue de Marie je vois bien qu’il y a quelque chose, toute une histoire. »

 

 

Transmettre

 

« Dieu est un banquier, il détient un immense stock d’or: son Amour infini. Cet Amour il nous le ditribue gratuitement ! Chacun d’entre nous, nous sommes  des petites banques qui avons reçu gratuitement notre stock d’or. Alors ne gardons rien! distribuons gratuitement tout l’Amour que Dieu nous donne! …..nous avons reçu gratuitement transmettons gratuitement très largement! C’est l’Amour gratuit de Dieu qui sauvera le monde. »

 

 » Nous sommes chacun une étincelle de Dieu, une étincelle d’amour, nous sommes chacun  le temple de Dieu, à nous de rayonner l’étincelle. »

 

 » Transmettre l’Amour comme on transmet un témoin……Ile ne faut pas lacher le témoin, ne pas lacher l’Amour. Je suis bien avec moi-même quand je m’occupe des autres, lorsque j’aide ici ceux qui pensent au suicide. »

 

 » Transmettre le message de l’Évangile par des actes d’amour, une attitude de vérité,  plus que par des paroles. »

 

« Je vois comme un chemin de filiation: le père aime le fils, le fils nous aime et nous tranmettons l’amour de Jésus à ceux qui sont sur notre chemin. »

 

« Nous ne sommes pas là pour convertir les autres, mais pour les aimer et prier pour ceux qui souffrent. »

 

« Nous avons des histoires différentes, nos chemins sont différents, le corps du Christ a différents membres. »

 

« Dans le film « des hommes et des dieux » les moines ne cherchent pas à convertir, ils aiment jusqu’au bout comme le Christ, c’est en cela qu’ils transmettent l’Évangile. »

 

 

 

La souffrance que je porte au fond de moi
 

 

« Ma souffrance c’est d’avoir fait souffrir. D’autres sont sur un chemin de croix alors qu’ils n’auraient pas dû l’être. »

 

« Ma souffrance c’est de penser à mon chien qui s’est laissé mourir de faim lorsque j’ai été incarcéré. »

 

« Je souffre avec toi dont le chien est mort de solitude. »

 

« Des souffrances j’en porte un paquet. La haine est déchainée contre moi: dans la cour des jets, des crachats…..je me demande si ça ne va pas péter, j’ai tout le monde sur le dos….je suis prêt à mordre, c’est facile de tuer….voila ce que la prison a fait de moi. »

 

« Ici ma souffrance s’est transformée en haine, c’est comme une bête en moi, c’est une bombe à retardement. »

 

« Moi je m’étonne car je ne suis plus en souffrance, j’ai accepté l’incarcération, ce qui m’intéresse c’est de faire du bien ici et maintenant. »

 

 

 

 

 

Ma joie

 

« En prison les seules sources de joie viennent de l’extérieur. »

 

« Ici on est réduit à l’isolement, la moindre rencontre avec une personne de l’extérieur de la prison prend une saveur particulière. »

 

 » Ma fille vient d’avoir un enfant, je goûte cette naissance plus qu’à l’extérieur car ici je peux me concentrer sur la joie de cette naissance. À l’extérieur on est happé par le bruit, les acivités qui s’enchaînent et on ne prend pas le temps de savourer la beauté de la vie. »

 

« C’est comme lorsque tu as faim, tu trouves une grande joie à te mettre à table. Nous sommes affamés, le moindre parloir, la venue des aumôniers prend une saveur toute particulière. »

 

« Vous les aumôniers, vous êtes notre repas. »

 

« Heureux les affamés; malheureux les repus. »

 

 

 

 

Mon chemin en prison
 

« Lorsque les corps sont enfermés, les coeurs s’ouvrent. »

 

« Ici j’ai le temps de réfléchir….de faire le bilan de ma vie….je souhaite sortir grandi de cette épreuve. »

 

« Ici le temps s’est arrété, ici je fais mon chemin de croix. »

 

 « Je vis en prison un chemin qui alterne entre angoisse et espérance. »

 

« Parfois je gueule tout seul dans ma cellule pour évacuer la violence que j’ai en moi. »

 

« Je vis des grands moments de colère. »

 

 » Je ne suis pas aigri…..je fais le point….parfois peut-être je me reconstruis. »

 

« J’accueille mon passage en prison, je ne m’agrippe pas , je laisse passer la vague….. »

 

« Jésus attend de moi que j’accueille avec patience ce que je vis ici en prison. »

 

 » Une fois à l’extérieur on oublie la prison très vite. L’incarcération est une telle négation de la personne qu’une fois dehors on ferme sa mémoire, on fuit et on regarde devant. »

 

 » Quand on revient de permission, le monde s’écroule. »

 

« La prison c’est un peu « la politique de la poussière sous le tapis ». De nombreux détenus sont des personnes très pauvres, voire des malades. Plutôt que de les prendre en charge ou de les aider à retrouver la dignité on les fourre sous le tapis »

 

« Les détenus qui vivaient dans la rue trouvent ici une sécurité: un toit, des repas, un suivi médical…..l’un d’entre eux m’a dit: « les murs de la prison me font tenir debout ». »

 

 

Le groupe de paroles

 

« Diversité, enrichissement, oeil neuf sur ses propres idées. »

 

« Spontanéite, sincérité, fraternité. »

 

« Le mercredi en prison je m’évade, j’ai comme l’impression de ne plus y croupir. »

 

« On partage un moment ensemble. On est ensemble, même si on n’a pas toujours les mêmes idées. »

 

« Pour moi l’impact vient après….j’y repense en cellule, le chemin est progressif. »

 

« Tous les êtres ont une part d’ombre et une part de lumière (l’ivraie et le bon grain sont mélangés en chacun): faire grandir la part lumineuse de chacun, prendre conscience des richesses que nous portons et les exprimer. »

 

« Au groupe de paroles on ne débat pas d’idées, on dit ce qu’on a dans le coeur avec sincérité, on exprime souffrances et joies sans peur d’être jugé. »

 

« Paroles du fond du coeur, paroles fondamentales……c’est comme les Psaumes, ils sont des cris tellement humains et vrais qu’ils traversent les siècles sans prendre une ride….ici le mercredi nous déclamons nos propres psaumes. »

 

« Le groupe de paroles est une école de tolérance. On ne baratine pas ici, on dit sa vérité, on essaie d’écouter sans juger,  un chemin d’écoute fraternelle. »

 

“Le groupe de paroles nous libère”, “ça ré-humanise”.

 

“Dans ma cellule, j’ai mal ici, j’ai mal là, ici tout va bien.”