Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 27 Décembre. Nos familles: des dons de Dieu!

     Je me rappelle d’une gravure dans un vieux livre de spiritualité un peu mièvre présentant la Sainte Famille de manière idyllique avec Marie qui brodait au coin de la cheminée, Joseph qui rabotait un morceau de bois et Jésus qui le regardait admiratif ! Il faut avoir beaucoup d’imagination pour réaliser une telle œuvre car, évidemment, personne n’était là pour voir comment ça se passait entre eux ! De toutes façons, je ne pense pas que ce soit le message que l’Église nous invite à garder de la sainte Famille. D’ailleurs l’Évangile ne nous pousse pas à cette présentation idyllique de la Sainte Famille. En effet, il nous présente des parents finalement peu soucieux de leur enfant puisque Jésus a disparu depuis une journée sans qu’ils ne s’en aperçoivent et par le fait même, il nous présente aussi un enfant fugueur. Donc, pas de vision idyllique !

 

Je crois que les lectures de ce jour nous conduisent à un tout autre niveau de profondeur et pour en accueillir le message, il me semble préférable de commencer par la 1° lecture. Ce très beau texte nous parle d’une autre famille, celle du petit Samuel qui deviendra un grand prophète. Anne ne pouvait avoir d’enfants, elle a beaucoup prié et il nous est dit que Dieu a entendu sa prière. Du coup, pour ne jamais oublier que cet enfant est un don de Dieu, elle l’appellera Samuel, ce qui signifie : Dieu exauce. Et Anne fait cette promesse extraordinaire : « Quand l’enfant sera sevré, je l’emmènerai : il sera présenté au Seigneur , et il restera là pour toujours. » Et cette promesse, elle la tiendra puisque le texte s’achève par cette mention d’Anne qui va au Temple et dit : « Ecoute-moi, mon Seigneur, je t’en prie ! Je suis cette femme qui se tenait ici près de toi pour prier. C’est pour obtenir cet enfant que je priais, et le Seigneur me l’a donné en réponse à ma demande. A mon tour, je le donne au Seigneur pour qu’il en dispose. Il demeurera à sa disposition tous les jours de sa vie. »  Je trouve cette attitude vraiment extraordinaire, cette femme a prié pour avoir un enfant, Dieu l’exauce, mais il ne lui donne qu’un enfant et cet enfant unique, à son tour, elle le donne à Dieu alors qu’elle aurait pu faire tant de projets !

 

Il me semble que ce texte nous invite à une double attitude qui pourra nous aider à mieux vivre en famille.

  • Tout d’abord, nous sommes invités à considérer les autres, tous les autres, mais aussi et peut-être d’abord, ceux de nos familles comme des dons de Dieu. Et comme c’est important de demander cette grâce de nous regarder comme des dons de Dieu. Ça pourrait sûrement nous aider à vivre les moments plus difficiles où, sous le coup de la fatigue et de l’énervement, parfois très légitimes, nous aurions envie de dire ou au moins de penser que l’autre, le conjoint, tel enfant, c’est vraiment pas un cadeau ! Prenons l’habitude, comme Anne, de rendre grâce pour les membres de nos familles qui sont, chacun à leur manière, des dons de Dieu. Quand nous n’arrivons pas à nous comprendre, avant de nous expliquer commençons en faisant intérieurement cet acte de foi : tu es un don de Dieu pour moi !
  • Venons en à l’autre attitude à laquelle nous sommes invités en méditant sur les paroles que prononcent Anne et sur le don qu’elle fait de son enfant. Je crois que tout cela nous conduit à respecter infiniment les autres, tous les autres et particulièrement ceux de nos familles. Non seulement Anne reconnaît que son enfant est un don de Dieu, mais, en l’offrant à nouveau, elle accepte de ne pas mettre la main sur ce don. Et, peut-être que cette attitude nous aide à comprendre un texte bien difficile du Premier Testament, je veux parler du sacrifice d’Isaac. On a de la peine à comprendre pourquoi Dieu après avoir donné ce fils à Abraham le lui redemande. Mais il est bien possible que ce soit ce chemin que Dieu demande à Abraham de faire. Abraham devait être tellement heureux d’avoir cet enfant qu’il le couvait, le sur-protégeait, faisait des projets pour lui …  En lui demandant qu’il puisse offrir son fils, Dieu ne lui demande pas de le faire mourir en sacrifice, mais il lui fait comprendre qu’il doit arrêter de l’étouffer, d’en faire sa propriété. Dieu lui demande de ne pas mettre la main sur cet enfant qui est un don. C’est sûrement le chemin le plus difficile pour des parents : accepter de ne pas mettre la main sur le don que représentent leurs enfants, les laisser libres en accompagnant cette liberté d’un amour qui n’étouffe jamais.

 

Du coup, cet évangile que nous connaissons bien, je vous invite à le lire sous ce même angle. Dans cet épisode, c’est Marie et Joseph qui vont être conduits, à travers cette expérience douloureuse de la perte momentanée de leur enfant à reconnaître que Jésus est un don de Dieu et qu’ils n’ont pas à mettre la main sur ce don. Voilà 12 ans qu’il était avec eux, ils commençaient sûrement à s’installer dans le comportement d’une famille habituelle, faisant des projets pour Jésus. Et voilà que cet épisode de Jésus au Temple leur rappelle que Jésus, encore bien plus que Samuel, est un don de Dieu et qu’ils n’ont pas à mettre la main sur ce don. En tout cas, c’est comme ça que je comprends ce que Jésus dit à Marie et Joseph quand ils l’ont retrouvé : « Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? » Et j’aime particulièrement la phrase qui suit dans laquelle Luc nous dit : « Mais ils ne comprirent pas ce qu’il leur disait. » 

 

Comme il le dit lui-même, nous savons que Luc a écrit son évangile, « après avoir recueilli avec précision des informations concernant tout ce qui s’est passé depuis le début » Ce qui signifie que cette confidence, c’est Marie, elle-même qui l’a faite à Luc, elle lui a dit : tu sais on n’a pas compris ce qu’il a voulu nous dire avec cette réponse : Ne saviez-vous pas qu’il me faut être chez mon Père ? Il a fallu du temps à Marie et Joseph pour comprendre pour apprendre à ne pas mettre la main sur le don de Dieu. Ne nous étonnons donc pas qu’il nous faille du temps à nous aussi ! Et c’est en cela que la Sainte famille peut nous aider, elle intercède pour que nous soyons capables de reconnaître que, dans une famille, chacun est un don de Dieu sur lequel n’avons pas à mettre la main.

 

Famille