Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 13 décembre: le dimanche qui nous invite à la joie !

Souvent, on nous interroge en nous demandant : mais les chrétiens, qu’est-ce qu’ils ont de plus que les autres ? Formulée ainsi, cette question est délicate parce qu’elle sous-entendrait que les chrétiens, en ayant du plus, seraient meilleurs que les autres. Si, un jour, on vous pose cette question, proposez aux gens de la formuler autrement en disant par exemple : les chrétiens, qu’est-ce qu’ils ont de particulier ? Ou encore : quelle est l’originalité des chrétiens ? C’est quoi la différence chrétienne ?

 

Au 2° siècle, un auteur dont on ne connaît pas le nom a répondu à cette question dans une lettre devenue assez célèbre qu’on appelle la lettre à Diognète. Certes, le contexte n’est pas du tout le même, mais sa réponse est très intéressante, je ne cite que les 1° lignes : « Les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne se servent pas de quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. » Pour cet auteur, il n’y a donc pas de différence très évidente, ce n’est pas en regardant vivre les chrétiens qu’on pourra voir la différence chrétienne. Pour être tout à fait honnête, en poursuivant la lecture de la lettre, on découvre quand même deux attitudes qui les distinguent des païens : ils n’abandonnent pas leurs enfants et ils ne partagent pas le lit de ceux avec qui ils ne sont pas mariés. Ces deux points, vous en conviendrez, il n’y a pas besoin d’être chrétien pour les mettre en application. Donc, extérieurement, on peut dire que rien ne distingue les chrétiens.

 

Regardez d’ailleurs, dans l’évangile que nous venons d’entendre, les consignes que donne Jean-Baptiste à ceux qui veulent devenir de meilleurs croyants n’ont rien d’extraordinaire. « Celui qui a deux vêtements, qu’il partage avec celui qui n’en a pas ; et celui qui a de quoi manger, qu’il fasse de même ! » Et quand il détaille ses consignes en fonction des différentes catégories de personnes qui viennent le voir, là encore, il n’y a rien d’extraordinaire. Aux soldats, il dit, je traduis un peu : « Ne vous servez pas de votre force de manière arbitraire ni pour impressionner, ni pour voler.» Aux collecteurs d’impôts, il dit de même : « N’exigez rien de plus que ce qui vous est fixé. » C’est à dire, soyez honnêtes ! Bref toutes ces consignes, même si elles méritaient d’être précisées parce qu’elles n’étaient pas forcément vécues, ne peuvent pas nous servir à définir ce qui fait l’originalité, la différence d’un croyant et plus particulièrement d’un chrétien.

 

Alors n’y aurait-il aucune différence ? Chrétiens ou pas, on est tous pareils ? Mais si c’est le cas, à quoi ça sert d’être chrétien ? Oh si, il y a une différence et elle est de taille ! Mais elle ne se situe pas au niveau de ce qu’il faut faire. On a beau cherché, tout ce qui est fait par un chrétien peut être fait par quelqu’un qui ne l’est pas et qui n’est même pas croyant. Il n’y pas que les chrétiens qui partagent et qui accueillent, il n’y a pas que les chrétiens qui pardonnent. Encore une fois, ce n’est pas au niveau du faire que va se situer la différence chrétienne. Et cette différence chrétienne, je crois que Jean-Baptiste l’a très bien exprimée dans le texte de ce jour. « Moi, je vous baptise avec de l’eau ; mais il vient, celui qui est plus fort que moi. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. » Voulez-vous que nous nous arrêtions quelques instants sur cette parole qui me semble si décisive ?

 

Jean redit clairement qu’il baptise dans l’eau. Et vous savez que pour ce baptême, on ne versait pas quelques gouttes d’eau sur le front des gens ; ceux qui voulaient être baptisés, descendaient dans l’eau et étaient complètement immergés dans cette eau. Le Baptiste proposait donc une démarche assez symbolique : celui qui venait à lui, manifestait qu’il voulait noyer sa vie ancienne avec tout le mal qu’il avait pu commettre et s’engageait à entrer dans une vie nouvelle réorientée vers le bien. C’est bien le sens des consignes données par Jean-Baptiste, il donnait les repères fondamentaux d’une vie réorientée vers le bien. Mais pour vivre cette vie nouvelle, ceux qui avaient vécu cette démarche du baptême, ne pouvaient compter que sur leur bonne volonté et leurs propres forces. Voilà ce qu’était le baptême de Jean-Baptiste, il consistant en un engagement public à se détourner du mal pour s’orienter vers le bien. C’était une belle démarche, mais finalement réservée à ceux qui se sentaient assez forts pour vivre cela en ne pouvant compter que sur eux. 

 

Jean-Baptiste annonce que le baptême que donnera Jésus sera d’une toute autre nature : Jésus baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu. Baptiser, en grec, ça veut dire plonger, Jésus nous plongera dans l’Esprit-Saint et le feu. Et c’est là que se situe la différence chrétienne. Dans toutes les autres religions et même dans toutes les philosophies, on va vous dire ce qu’il faut faire pour mener une vie droite conforme à vos convictions. Le christianisme, lui, va vous donner la force de l’accomplir. Ça change tout ! Je souffre toujours quand, dans une célébration, je n’entends que l’énumération de ce qu’il faut faire et qu’à aucun moment on ne nous indique où trouver la force de l’accomplir. J’ai l’impression que trop souvent nous sommes encore dans l’ancien testament, dans cette religion que j’aime qualifier de religion de la transpiration qui nous demande toujours plus d’efforts si nous voulons devenir de bons croyants. Cette religion est aussi déprimante qu’un régime : elle demande beaucoup d’efforts et donne si peu de résultats ! 

 

Quand est-ce que nous deviendrons chrétiens ? Quand est-ce que nous vivrons de la religion de la grâce ? Quand est-ce que nous comprendrons que, à notre Baptême achevé dans la confirmation, nous avons été plongés dans l’Esprit-Saint et le feu ? Nous n’avons plus à chercher en nous l’énergie nécessaire pour vivre tant de situations qui nous dépassent. Avec la COP 21, nous avons tellement entendu parler d’énergie renouvelable ; eh bien, nous les chrétiens, celui qui nous donne une énergie sans cesse renouvelée, c’est l’Esprit-Saint ! 

 

Vous pourriez me demander : mais comment se replonger en lui pour retrouver le feu sacré ? Oh, ce n’est pas compliqué, tous les sacrements nous replongent en lui. Un père de l’Église a écrit, à propos de la communion : celui mange avec foi le pain de l’Eucharistie, mange le pain et le feu ! Tout à l’heure, quand vous viendrez communier, pensez-y, venez avec foi et demandez, avec foi, de pouvoir manger le feu en mangeant le pain de l’Eucharistie. Demandez au St Esprit qui est la source inépuisable d’énergie renouvelable de brûler en vous. De même qu’on ne sait pas stocker l’électricité, on ne peut pas stocker cette énergie renouvelable, c’est pour cela qu’on revient à la messe, c’est pour que le feu ne s’éteigne jamais !

Et, cette semaine, nous sera aussi proposé de vivre le sacrement du pardon. Voilà encore une belle manière de se plonger dans l’Esprit-Saint dont le vent pourra chasser les cendres de notre médiocrité afin que rien ne vienne étouffer en nous le feu de l’Amour.

 

Vous le voyez c’est une très bonne nouvelle qui nous est transmise ce dimanche, c’est pour cela qu’on l’appelle le dimanche du Gaudete, c’est à dire le dimanche qui nous invite à la joie !

 

La joie