Equipes du Rosaire

« Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36)

Journée de formation spirituelle des Équipes du Rosaire du diocèse de Belley-Ars, 7 novembre 2015, Saint Genis Pouilly

 

 

Equipe Rosaire Père Pierre Le Bourgeois

 

« Jésus-Christ est le visage de la miséricorde du Père. Le mystère de la foi chrétienne est là tout entier. Devenue vivante et visible, elle atteint son sommet en Jésus de Nazareth. Le Père, ‘riche en miséricorde’ (Ep 2, 4) après avoir révélé son nom à Moïse comme ‘Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité’ (Ex 34, 6) n’a pas cessé de faire connaître sa nature divine de différentes manières et en de nombreux moments. Lorsqu’est venue la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), quand tout fut disposé selon son dessein de salut, il envoya son Fils né de la Vierge Marie pour nous révéler de façon définitive son amour. Qui le voit a vu le Père (cf. Jn 14, 9). A travers sa parole, ses gestes, et toute sa personne, Jésus de Nazareth révèle la miséricorde de Dieu.

 

Nous avons toujours besoin de contempler le mystère de la miséricorde. Elle est source de joie, de sérénité et de paix. Elle est la condition de notre salut. Miséricorde est le mot qui révèle le mystère de la Sainte Trinité. La miséricorde, c’est l’acte ultime et suprême par lequel Dieu vient à notre rencontre. La miséricorde, c’est la loi fondamentale qui habite le cœur de chacun lorsqu’il jette un regard sincère sur le frère qu’il rencontre sur le chemin de la vie. La miséricorde, c’est le chemin qui unit Dieu et l’homme, pour qu’il ouvre son cœur à l’espérance d’être aimé pour toujours malgré les limites de notre péché. »

 

Ainsi s’exprime le Pape François dans les deux premiers numéros de la bulle d’indiction du Jubilé Extraordinaire de la Miséricorde. Il nous y invite à contempler le vrai visage du Père en regardant toujours Jésus. On retrouve ainsi l’appel de saint Jean-Paul II qui, au début du nouveau millénaire, a pu engager chacun non seulement à regarder le Christ mais aussi à repartir du Christ.

 

N’oublions jamais : le Christ nous révèle le Père riche en miséricorde et en même temps, le Christ nous laisse un commandement nouveau, « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 15,12), et il continue en disant : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15,13). Nous retrouvons ici le thème de notre journée : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux » (Lc 6,36).

 

Dans la bulle d’indiction, le Pape François médite ce verset de saint Luc sur quelques lignes. Écoutons-le :

 

« L’évangéliste rapporte l’enseignement du Christ qui dit : ‘Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux’ (Lc 6, 36). C’est un programme de vie aussi exigeant que riche de joie et de paix. Le commandement de Jésus s’adresse à ceux qui écoutent sa voix (cf. Lc 6, 27). Pour être capable de miséricorde, il nous faut donc d’abord nous mettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Cela veut dire qu’il nous faut retrouver la valeur du silence pour méditer la Parole qui nous est adressée. C’est ainsi qu’il est possible de contempler la miséricorde de Dieu et d’en faire notre style de vie » (n° 13).

 

Alors faisons ce que le Pape nous invite à faire : contempler la Parole de Dieu.

 

Nous allons le vivre en trois étapes :

 

  1. Pourquoi contempler la Parole de Dieu ? En d’autres termes quelle doit être la place de la Parole de Dieu dans notre vie chrétienne ?
  2. Lecture d’une parabole de miséricorde celle dite du « Fils Prodigue » (Lc 15,11-32)
  3. Marie Mère de Miséricorde

 

Bible Evangile St Luc Magnificat

 

Pourquoi la Parole de Dieu ?

 

Afin de répondre à cette question, regardons rapidement la réalité de la Révélation ainsi que la place de l’Écriture et de la Tradition qui en découle.

 

1.    La Révélation

 

Dans un très beau document qui s’intitule Dei Verbum, le Concile Vatican II nous dit au numéro 2 :

 

« Il a plu à Dieu dans sa sagesse et sa bonté de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté grâce auquel les hommes, par le Christ, le Verbe fait chair, accèdent dans l’Esprit Saint auprès du Père et sont rendus participants de la nature divine »

 

Sans entrer dans une réflexion qui serait trop longue accueillons deux faits essentiels :

  • La révélation nous est donnée sans aucun mérite de notre part car elle prend sa source dans une volonté souveraine de Dieu.
  • Dieu, librement, se révèle lui-même et sa volonté de permettre à l’homme de participer à sa nature divine auprès du Père grâce au Christ, dans l’Esprit Saint. C’est tout le mystère du dessein bienveillant de Dieu

 

Il en résulte que toute l’Histoire Sainte devient l’histoire de la miséricorde du Père, « Car éternel est son amour », nous dit le psaume 135 dans un véritable refrain reprit après chaque verset. Toutes les étapes de la révélation, depuis la création en passant par l’alliance avec Noé puis le choix d’Abraham et de Moïse jusqu’à la plénitude de la révélation qu’est le Christ Jésus,  sont riche d’une puissance salvifique.

 

Une question se pose alors : comment Dieu nous dit-il qui il est et ce qu’il veut ?

 

2.    Écriture et la Tradition

 

Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité de son Amour pour chacun. C’est pourquoi, il a pris les dispositions nécessaires pour que cette Bonne Nouvelle soit annoncée dans son intégralité et son intégrité. Et le Concile Vatican II continue en nous disant :

 

« C’est pourquoi le Christ Seigneur, en qui s’achève toute la Révélation du Dieu très haut (cf. 1 Co 1, 30 ; 3, 16-4, 6), ayant accompli lui-même et proclamé de sa propre bouche l’Évangile d’abord promis par les prophètes, ordonna à ses Apôtres de le prêcher à tous comme la source de toute vérité salutaire et de toute règle morale, en leur communiquant les dons divins. Ce qui fut fidèlement exécuté, soit par les Apôtres, qui, par la prédication orale, par leurs exemples et des institutions, transmirent, ce qu’ils avaient appris de la bouche du Christ en vivant avec lui et en le voyant agir, ou ce qu’ils tenaient des suggestions du Saint-Esprit, soit par ces Apôtres et par des hommes de leur entourage, qui, sous l’inspiration du même Esprit Saint, consignèrent par écrit le message du salut.

 

Mais pour que l’Évangile fût toujours gardé intact et vivant dans l’Église, les Apôtres laissèrent pour successeurs des évêques, auxquels ils ‘remirent leur propre fonction d’enseignement’. Cette sainte Tradition et la Sainte Écriture de l’un et l’autre Testament sont donc comme un miroir où l’Église en son cheminement terrestre contemple Dieu, dont elle reçoit tout jusqu’à ce qu’elle soit amenée à le voir face à face tel qu’il est (cf. 1 Jn 3, 2). » (Dei Verbum, n° 7)

 

En d’autres termes, la prédication apostolique, orale et écrite, est continuée dans la succession apostolique. Il y a une transmission vivante de la révélation qui est accomplie dans l’Esprit Saint : Écriture et Tradition. Ces deux modes de transmission sont à la fois distincts et intimement liés. L’Écriture et la Tradition communiquent étroitement car elles jaillissent toutes les deux de la source divine identique ! Mettons-nous encore une fois à l’école des pères conciliaires qui nous disent :

 

« La Sainte Écriture est la Parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit ; quant à la sainte Tradition, elle porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux Apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité » (Dei Verbum, n° 9)

 

La Parole de Dieu a une place unique dans la vie du fidèle du Christ car « A travers toutes les paroles de l’Écriture Sainte, Dieu ne dit qu’une seule Parole, son Verbe unique en qui Il se dit tout entier » (CEC, n° 102). C’est pourquoi accueillir la Parole de Dieu c’est accueillir le Christ lui-même, le Verbe de Dieu qui a pris chair de notre chair.

 

On comprend mieux pourquoi le Pape nous engage le Peuple de Dieu à se mettre à l’école de l’Écriture Sainte en ce Jubilé extraordinaire de la Miséricorde. Dans l’Écriture, chacun pourra accueillir nourriture et force pour entrer dans un accueil toujours plus profond et vrai du mystère de miséricorde du Père, afin de pouvoir en faire l’expérience dans sa vie de disciple du Christ.

 

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Une Parabole de Miséricorde :

 

Le chapitre 15  de l’évangile de saint Luc nous donne trois paraboles de la Miséricorde.

 

  • Il y a celle de la brebis perdue, où nous voyons le Bon Pasteur aller à la recherche de sa brebis et la prendre sur ces épaules. C’est Jésus qui vint jusqu’à l’homme pécheur pour le conduire sur les prés d’herbe fraîche du Père.
  • Ensuite nous avons la drachme perdue qui conduit la femme à ranger toute sa maison pour la retrouver. C’est le pécheur qui range son cœur afin de retrouver la joie d’une vie accueillante et ordonnée.

 

Au terme de ces deux paraboles, comme un refrain, il y a la manifestation de la joie du Ciel suite à la conversion d’un pécheur.

 

  • « C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » (Lc 15,7)
  • « Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. » (Lc 15,10)

 

Mais pour nous introduire plus avant dans le Cœur du Père, Jésus nous donne cette magnifique parabole du Fils Prodigue, qui pourrait s’appeler aussi bien : « Un père et ses deux fils », ou encore : « Le père miséricordieux ».

 

Écoutons cette si belle parabole.

 

Texte de la Parabole (Lc 15,11-32) :

 

Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.  Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.” Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.” Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds, allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons, car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer. Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait. Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.” Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier. Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !” Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

 

Commentaire

 

Ce texte bien connu se suffit à lui-même, mais essayons d’en faire un bref commentaire sous l’angle qui nous occupe : la miséricorde. Pour cela, nous allons considérer le visage de cet homme qui est la figure du père.

 

Celui-ci a deux fils et possède des biens. Il fait confiance et donne à celui qui le réclame sa part. Le premier regard de miséricorde que nous voyons c’est justement cette confiance du père vis-à-vis de son fils. Il lui donne son bien et le laisse partir.

 

Dès qu’il s’éloigne du père, nous voyons cet enfant entrer dans une vie de désordre, il n’a plus de repère, il ne sait plus que faire. Cette vie le conduit peu à peu vers la mort. Il n’a plus à manger et est traité plus bas que les porcs ! Une fois encore, Jésus fait miséricorde en nous montrant que si nous nous éloignons du Père, nous allons nous affamer et peu à peu avancer vers la mort. Les auditeurs du Seigneur sont prévenus.

 

Mais voilà, l’être humain n’est pas totalement perverti. S’il est pécheur, il est appelé à faire un examen de conscience afin de découvrir comment Dieu fait miséricorde. Quelle est la raison de son désir de revenir vers son père ? Il a faim ! Il est affamé par le manque d’amour qui a pu être le sien pendant cet éloignement de chez son père. Il a rompu une alliance tant dans les relations avec son père qu’avec les biens terrestres ou les autres, qu’il en arrive à ne plus se supporter lui-même et à ne pas respecter sa propre dignité de fils : « Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers. »

 

Et voilà qu’il se met en route vers sa maison ! La reconnaissance de notre péché nous conduit, s’il nous le voulons bien, à faire un acte de volonté pour nous retourner vers notre demeure : le Père. Certes, la première démarche est la plus difficile, nous avons besoin de l’aide des uns et des autres, besoin de l’aide du Père, besoin de la grâce agissante de Dieu. La parabole nous montrera justement après que le père attendait son enfant, qu’il scrutait l’horizon afin de pouvoir l’accueillir dès qu’il reviendrait. N’est-ce pas ce qui se passe…. !!!

 

Ce retour du fils chez lui est magnifique et plein d’humilité. Il est facile de l’imaginer tout dépenaillé, salle et sentant le cochon. Et voilà que le père n’a pas peur, il court et le sert contre lui. On peut entendre à ce moment-là la prière même de Jésus en croix : « Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». non seulement Jésus pardonne mais en plus il excuse.

 

Le père de la parabole ne laisse pas son fils s’exprimer, il le voit rentrer et il sait que ce retour n’est pas facile. Il ne lui fait aucun reproche simplement, il le rétablit dans sa dignité de fils de la maison ayant autorité, pouvant participer au festin en homme libre.

 

Nous avons là une belle image de la miséricorde du Père. Si nous nous retournons vers lui, le Père ne nous humilie pas mais il nous relève et nous donne de retrouver notre dignité de fils. Nous sommes alors introduit dans la salle des noces de l’Agneau, c’est le festin d’alliance, c’est l’Eucharistie. C’est notre Pâque, notre passage de la mort à la vie !

 

Lorsqu’un pécheur revient vers le père, la joie du ciel nous est ici révélée, mais cette joie est celle aussi du pécheur pardonné. La joie de Dieu rejaillit dans nos cœurs et par nous rejaillit dans le monde ! Je ne résiste pas à vous citer ici le pape François dans son exhortation apostolique Evangelii Gaudium :

 

« La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours ». (n° 1)

 

Mais cette joie n’est pas présente dans le cœur du fils ainé. Il a un regard faussé sur le père et sur son frère. C’est pourquoi, il ne comprend pas et n’arrive pas à entrer dans la joie.

 

Il pense avoir tout fait pour son père et il attendait quelque chose en retour. Mais, rien n’est venu ! Le père attend de son fils la gratuité de l’amour, la gratuité du bonheur d’être avec lui, la simplicité de la demande.

 

« Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira ». (Mt 7,7-8)

 

Son cœur n’est pas ouvert, il ne peut alors comprendre pourquoi son père accueille ce fils qui revient après toutes ces frasques !

 

Alors, le père a vis-à-vis de lui un geste de miséricorde. Il l’ouvre à la vérité de sa vie en le mettant face à lui-même et à ce qu’il fait : « Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. » En d’autres termes, il l’invite à être vrai. Cette vérité sur lui-même le conduit à accueillir la vérité sur son frère. La miséricorde ne peut faire son œuvre que si nous sommes dans la vérité : vérité avec nous-même, vérité avec les autres, vérité avec le Père des Cieux.

 

Juste un dernier point au terme de ce bref commentaire : n’oublions jamais que Dieu nous aime pour ce que nous sommes et cela pour toujours.

 

Gardez toujours présent à l’esprit ces mots de saint Paul :

 

« Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. » (Ep 2,4-6)

 

Notre-Dame de la Miséricorde Marie

 

Marie, Mère de Miséricorde

 

Au sein des équipes du Rosaire, il me semble bon de méditer quelques instant sur ce titre de Marie, elle qui est Mère de Miséricorde.

 

Elle est Mère de Miséricorde car elle a donné au monde Jésus, Miséricorde Incarnée. De plus, elle continue de le donner inlassablement en étant le chemin très sûr des fidèles vers le Christ.

 

Saint Jean Paul II, dans son encyclique Dives in misericordia (30 nov. 1980) écrit que Marie est celle qui, d’une manière exceptionnelle, a expérimenté la miséricorde de Dieu, quand Elle a été préservée du péché originel et gratifiée de la plénitude de grâces pour devenir la Mère de Dieu. Au jour de l’Annonciation, elle a dit oui dans la foi, sans savoir ce qui l’attendait. Puis elle a mis au monde le Fils de Dieu à Bethléem et elle s’est occupée de lui comme une mère le fait avec ses enfants. On peut dire qu’elle participe ainsi à la révélation du mystère de la Miséricorde divine. De fait, dans son chemin de foi, Marie accompagne Jésus jusqu’au bout. Ainsi que l’écrit Jean Paul II :

 

« Marie est donc celle qui connaît le plus à fond le mystère de la miséricorde divine. Elle en sait le prix, et sait combien il est grand. » (Dives in Misericordia, n° 9)

 

Marie est Mère de Miséricorde car elle annonce l’amour miséricordieux de Dieu de génération en génération. N’est-ce pas ce que nous entendons dans le Magnificat ? En fait, Marie conduit les hommes aux sources de la miséricorde divine. Marie est celle par qui l’amour miséricordieux de Dieu se révèle dans l’histoire. Écoutons encore saint Jean-Paul II qui nous dit :

 

« A cet amour ‘miséricordieux’, qui se manifeste surtout au contact du mal physique et moral, le cœur de celle qui fut la Mère du Crucifié et du Ressuscité participait d’une manière unique et exceptionnelle – Marie y participait. Et cet amour ne cesse pas, en elle et grâce à elle, de se révéler dans l’histoire de l’Eglise et de l’humanité. Cette révélation est particulièrement fructueuse, car, chez la Mère de Dieu, elle se fonde sur le tact particulier de son cœur maternel, sur sa sensibilité particulière, sur sa capacité particulière de rejoindre tous ceux qui acceptent plus facilement l’amour miséricordieux de la part d’une mère. C’est là un des grands et vivifiants mystères chrétiens, mystère très intimement lié à celui de l’Incarnation. » (Dives in Misericordia, n° 9)

 

N’oublions pas aussi, que Marie est la Mère de la Miséricorde parce qu’elle est médiatrice de toute grâce. N’est-elle pas mère de tous les hommes et cela jusqu’à la fin des temps ? Dans son encyclique Redemptoris Mater (25 mars 1987), le saint Pape Jean-Paul II insiste beaucoup sur cette médiation maternelle de Marie. Médiation qui est subordonnée à celle du Rédempteur de l’homme, unique médiateur (cf 1 Tm 2, 5-6). D’ailleurs, le Concile Vatcian II dira dans son décret sur l’Église, Lumen Gentium, dont le dernier chapitre est consacré à la Vierge Marie :

 

« À partir du consentement qu’elle apporta par sa foi au jour de l’Annonciation et qu’elle maintint sous la croix dans sa fermeté, cette maternité de Marie dans l’économie de la grâce se continue sans interruption jusqu’à la consommation définitive de tous les élus. En effet, après l’Assomption au ciel, son rôle dans le salut ne s’interrompt pas : par son intercession multiple, elle continue à nous obtenir les dons qui assurent notre salut éternel. Son amour maternel la rend attentive aux frères de son Fils dont le pèlerinage n’est pas achevé, et qui se trouvent engagés dans les périls et les épreuves, jusqu’à ce qu’ils parviennent à la patrie bienheureuse. C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice, tout cela cependant entendu de telle sorte que nulle dérogation, nulle addition n’en résulte quant à la dignité et à l’efficacité de l’unique Médiateur, le Christ. » (n° 62)

 

Ainsi, Marie est Mère de Miséricorde parce qu’elle l’enseigne par sa vie et ses paroles, parce qu’elle nous l’apprend et nous prépare à accueillir l’œuvre de miséricorde du Père.

 

 

En guise de Conclusion

 

Qu’il me soit permis de terminer mon entretien par cette prière.

 

« Ô Marie, Mère de Miséricorde, apprends-nous à aimer ton  Fils et à vivre toujours davantage selon l’esprit de notre vocation, l’esprit de foi, d’espérance et d’amour ; l’esprit d’obéissance et de l’amour de la sainte Volonté de Dieu ; l’esprit de pauvreté, d’humilité, de miséricorde et de ferveur apostolique pour le salut des âmes, en particulier de celles que nous a confiées l’incomparable miséricorde de ton divin Fils. »

(Jésus, j’ai confiance en Toi,
Livret de prières de la Congrégation de Notre-Dame de la Miséricorde,
Varsovie 1986, pp. 21-22.)

 

P. Pierre Le Bourgeois