Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 22 novembre: Le règne du Christ est un règne de paix!

Cette fête du Christ Roi peut sembler assez bizarre à tous ceux qui n’ont pas l’habitude de fréquenter notre église et qui nous ont rejoints aujourd’hui attirés par la réputation des sonneurs qui animent chaque année cette messe de la St Hubert. Je tiens à vous rassurer, cette fête n’indique aucune nostalgie de la part des chrétiens. Nous ne rêvons pas de restaurer la monarchie, nous ne rêvons pas plus d’un état théocratique, nous voyons trop les dégâts qui sont causés quand la religion devient l’élément qui dicte la loi d’un état. Non, cette fête n’est pas de la nostalgie, elle ne nous tourne pas vers un passé que nous regretterions, c’est même tout le contraire : la fête du Christ-Roi nous tourne vers un avenir que nous espérons. Aujourd’hui, dans cette homélie, je vous ferai peut-être moins sourire que les autres années, mais vous en conviendrez les jours que nous vivons ne nous poussent pas à rire aux éclats.

 

Depuis une semaine, dans les journaux, à la radio ou à la télé, on lit, on entend qu’un climat de terreur règne dans notre pays. Et je pourrais continuer à évoquer les grands titres des informations qui nous inquiètent en parlant de ce sale climat qui règne désormais chez nous. Eh bien, nous voilà précisément au cœur de la problématique de cette fête du Christ-Roi : qu’est-ce que nous voulons voir régner chez nous ? En cette fête, il nous est dit que Jésus se propose à nous, qu’il propose son règne de paix, de justice, d’amour, de fraternité. Que choisissons-nous ? Le règne de la terreur ou le règne de la paix ?

 

Certains, et finalement je peux les comprendre, pourront dire : mais qu’est-ce qui nous prouve que la religion chrétienne peut tenir cette promesse d’instaurer un règne de paix ? Dans l’évangile, il y a un passage que nous connaissons sûrement tous, car, chaque année, nous en faisons mémoire au cours de la fête des Rameaux, une fête très populaire au cours de laquelle bien des gens viennent à l’église chercher ces rameaux bénis qu’ils mettront dans leur maison. L’évangile de ce jour des Rameaux nous montre Jésus acclamé comme un roi qui entre dans Jérusalem monté sur un âne.

 

Les historiens nous ont appris que lorsqu’un roi était intronisé en Israël, il y avait comme un rituel pour qu’il entre dans la capitale de son Royaume, Jérusalem et prenne possession de son trône. Il avait le choix d’entrer soit en étant monté sur un cheval, soit en étant monté sur un âne. S’il entrait sur un cheval, il signifiait que son règne serait un règne marqué par le désir d’agrandir le royaume en faisant de nouvelles conquêtes au prix de nombreux combats. S’il entrait sur un âne, il montrait que son règne serait un règne de paix et qu’il accomplirait sa mission dans l’humilité. Je ne sais pas si des statistiques existent pour savoir combien de rois sont entrés sur un cheval et combien de rois sont entrés sur un âne. Mais ce qui est sûr, c’est que Jésus entre sur un âne manifestant que le règne qu’il est venu instaurer sur la terre doit être un règne de paix.

 

Très bien, me direz-vous, du côté de Jésus, pas de problème, il est un homme de paix, un homme humble. Mais il n’a pas été suivi par son Église dans la suite des siècles. Alors pourquoi faire confiance à l’Église aux chrétiens pour instaurer ce règne de paix, le mieux ne serait-il pas de vivre sans religion puisqu’elles semblent souvent complices de la violence ? D’abord, je voudrais dire qu’il ne faut pas faire de généralisations qui sont souvent des caricatures qui déforment la vérité. En effet, dans l’histoire, les chrétiens ont été au moins autant victimes de la violence que complices de la violence. Pensons aux persécutions subies par les chrétiens et ça continue !

 

Et puis, même dans les périodes sombres, il y a eu de grands et de beaux témoins qui se sont levés pour ré-indiquer à l’ensemble des chrétiens le chemin de la paix. Je pense évidemment au rayonnement de St François d’Assise. Et puis, ce sont souvent des chrétiens qui ont été à l’origine de grands mouvements de libération, il suffit de penser à l’action si déterminante du pasteur protestant noir américain Martin Luther King. On pourrait aussi évoquer, plus près de nous, l’immense œuvre de réconciliation accomplie par Nelson Mandela, même s’il n’a jamais voulu mettre en avant sa foi.

 

Quant à la complicité des chrétiens avec la violence, il faut reconnaître qu’il y a des pages sombres dans l’histoire de l’Église, on peut penser à ces deux périodes souvent citées que furent les croisades et l’inquisition. Mais je ne veux pas oublier ce qui s’est passé au Vatican en l’an 2000 sous la houlette du pape Jean-Paul II. Il a réuni tous les cardinaux, de nombreux évêques, prêtres, religieux et chrétiens et a organisé dans la basilique St Pierre une grande célébration pour demander publiquement pardon pour toutes les fautes de l’Église. Il voulait que l’Église puisse entrer purifiée dans le 3° millénaire. Je ne connais pas beaucoup d’institutions qui ait eu ce courage de reconnaître publiquement ses fautes et d’implorer le pardon. Je crois que le témoignage que donne aujourd’hui le pape François est suffisamment clair pour montrer qu’une page a été tournée même s’il reste encore ça et là des brebis galeuses. Mais il est clair que ce pape a décidé de nous aider à retrouver le chemin de l’Évangile et que, aujourd’hui, nous sommes plus à l’aise pour affirmer haut et fort que le règne inauguré par le Christ est un règne de paix et de fraternité.

 

Si jamais mes paroles arrivent à vous convaincre que le règne du Christ est un règne de paix et que l’engagement des chrétiens est plus clairement orienté vers l’avènement de ce règne de paix, il vous reste peut-être encore une objection : mais après tout pourquoi avoir besoin de la religion ? Ne suffirait-il pas d’être tout simplement des hommes de bonne volonté pour travailler à l’avènement de ce règne de paix ? Permettez-moi, et rassurez-vous, je terminerai par là d’apporter deux éléments de réponse.

 

  • C’est vrai que la plupart de nos compatriotes, en France, se passent très bien de religion. Certains retrouvent le chemin des églises pour les grandes fêtes, pour des moments tragiques ou pour des occasions comme aujourd’hui où une animation spéciale est proposée. Oui, la plupart se passent de la religion et disent souvent qu’ils vivent très bien sans ! Mais est-ce aussi sûr que ça qu’on vive très bien sans religion ? Je respecte bien sûr ceux qui le disent, mais je m’interroge quand même. Moi qui reviens du Burundi, un pays extrêmement pauvre et vivant dans une grande insécurité où les églises sont constamment pleines, je me demande comment, nous qui avons tout, nous pouvons être aussi tristes et souvent aussi déprimés ? Alors pour oublier notre tristesse, on fait la fête pour faire semblant d’être heureux. Mais le lendemain de la fête, il y a le quotidien qui revient et pour l’oublier, il faudra doubler les doses de fête, d’alcool, parfois de drogue et souvent d’anti-dépresseurs. Tous ceux que je connais et qui, après des années d’errance, ont retrouvé le chemin de Dieu me disent que la tristesse a disparu de leur vie. Ils peuvent avoir des problèmes, la foi ne résout pas toutes les difficultés de la vie, mais ils n’ont plus de tristesse.

 

  • Sans religions, il reste que nous sommes seuls, nous ne pouvons compter que sur nos forces pour faire advenir ce règne de paix. Or, reconnaissons-le, nous ne sommes pas toujours hyper-performants dans nos vies. Nous avons des jours de grand enthousiasme où nous avons le feu et là, nous sommes des semeurs de paix. Mais il y a aussi beaucoup de jours où nous sommes moins performants, où nous nous laissons envahir par la rancune, parfois la haine et ces jours-là nous ne semons pas la paix. Les chrétiens savent qu’ils ne sont pas meilleurs que les autres et c’est pour cela qu’ils viennent à la messe. Ils demandent à Jésus, le prince de la Paix de venir envahir leur cœur en premier pour qu’ils puissent devenir des semeurs de paix. Que tous ceux qui veulent devenir des semeurs de paix pour que la paix règne dans notre monde s’avancent tout à l’heure pour recevoir dans leur cœur le prince de la paix. Et, dans les jours ou semaines qui viendront, ils se sentiront peut-être appelés à faire une démarche pour mettre leur cœur et leur vie un peu plus en accord avec cette foi qu’ils veulent voir brûler à nouveau dans leur cœur.

cristorey