Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 13 septembre 2015: Que la foi de nos frères persécutés devienne contagieuse !

         Certains d’entre vous m’ont dit lors de mon passage en cellules pour faire des visites au cours de cette semaine qu’ils m’avaient vu à la télévision ! C’est vrai que je suis passé un certain nombre de fois, tout cela en raison de l’accueil d’une famille de chrétiens réfugiés d’Irak. Les chrétiens de Bellegarde, nous nous sommes groupés pour pouvoir accueillir une famille. L’aventure a commencé lors de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, nous avions décidé de donner le montant de la quête pour ces chrétiens persécutés d’Orient. Et ensuite, nous nous sommes dit que prier pour eux, c’était bien, leur envoyer de l’argent, c’était bien, mais on pourrait peut-être faire mieux. C’est ainsi qu’a germé l’idée d’accueillir une famille, idée qui devenait réalisable puisqu’une des membres de nos communautés était prête à mettre un appartement à disposition. La préparation de cet accueil a vraiment fait grandir la fraternité entre nos différentes communautés chrétiennes : catholique, protestante, mennonite et adventiste. Au début de l’été le processus s’est accéléré puisqu’on nous a annoncé leur arrivée pour début septembre. La famille est arrivée 3 jours après la publication des photos de cet enfant échoué sur la plage qui ont tant remué les consciences, la veille de l’appel du pape en direction des paroisses, voilà pourquoi les télés sont venues à Bellegarde.

 

         Depuis une semaine, nous vivons d’intenses moments de fraternité, il ne se passe pratiquement pas une journée sans que j’aille rendre visite à cette famille, il faut dire qu’ils sont mes voisins immédiats, ils habitent juste en face de la maison paroissiale. J’ai été très impressionné par tout ce qu’a pu nous raconter Faris, le père de famille. Tout ce qu’il dit, je l’avais entendu à la radio, mais quand on l’entend de la bouche d’une personne qui est en face de nous, ça nous remue profondément ! Il nous a expliqué que Daesh est venu dans la supermarché dont il était le directeur et qu’on leur a donné le choix entre 3 solutions : se convertir à l’Islam pour pouvoir rester ou payer un impôt (mais qui serait sans fin) ou partir, mais tout de suite. Il a eu le temps de récupérer son fond de caisse et d’aller réunir sa famille pour partir sur le champ. Mes amis, pourquoi Faris est-il parti ? Pour rester fidèle à Jésus ! S’il s’était converti, il aurait pu continuer ses affaires dans le supermarché, mais il a choisi la fidélité à Jésus.

 

         Quel commentaire extraordinaire de l’évangile d’aujourd’hui ! Jésus demande à ses disciples, ceux d’hier, comme ceux d’aujourd’hui, c’est à dire vous et moi, Jésus nous demande : pour vous qui suis-je ? La réponse de Faris et de sa famille n’est pas une réponse qui serait faite avec des belles paroles récitées consciencieusement ! Non, en choisissant la fidélité à sa foi de chrétien, c’est comme si Faris répondait à la question de Jésus en ces termes : Seigneur tu es plus précieux pour moi que mon supermarché, mon compte en banque, ma réussite professionnelle et ma tranquillité. J’avoue que cette réponse en actes m’impressionne et m’interroge sur ma propre foi, sur ma propre réponse.

Je peux vous dire d’ailleurs que j’aime bien serrer la main de Faris car, secrètement, en lui touchant la main, je demande toujours au Seigneur : que sa foi passe en moi, que sa foi ravive ma foi ! C’est ainsi qu’agissaient les premiers chrétiens, ils aimaient aller toucher ceux qui avaient pu survivre à une persécution pour que la solidité de leur foi puisse devenir contagieuse envers tous ceux qui les touchent.

 

C’est vrai, la réponse de Faris nous impressionne, mais finalement, c’est lui qui a raison. En effet, quand on est dans une situation épouvantable, quand on est vraiment dans la m…. ce n’est pas un compte en banque garni, ce n’est pas un super-marché prospère qui viendra nous en sortir. Ici, par l’épreuve de l’incarcération que vous vivez, votre moral descend souvent bien bas et vous faites, vous aussi, l’expérience qu’un compte en banque bien garni ne peut vous être d’aucun secours dans ces moments-là. Et ceux qui, sans être en prison, sont aussi dans la m…. font également l’expérience que, dans ces moments là, ni la réussite professionnelle, ni l’argent ne peuvent les sortir de là. Quand on est au fond du trou, on cherche une main à laquelle s’accrocher, une main, qui ne nous lâche pas. On cherche une main qui vienne nous rassurer dans un premier temps pour nous dire que nous ne sommes pas seuls et qui, ensuite, nous tirera peu à peu vers le haut en nous redonnant confiance. Tous ceux qui ont fait l’expérience d’une vraie rencontre avec Jésus savent que sa main est une main toujours tendue, toujours disponible.

 

Attention, ne nous trompons pas de main ! En cherchant la main de Jésus, nous ne cherchons pas la main d’un magicien qui pourra changer les situations que nous vivons. Non ! Si vous prenez la main de Jésus, vos cellules ne vont pas s’ouvrir. Jésus ne change pas les situations, mais il change le cœur de ceux qui vivent ces situations dramatiques. Et, vous savez, la prison peut être un lieu très favorable pour faire ce genre de rencontre parce que c’est quand on est dans la misère qu’on a le plus de chances de rencontrer la miséricorde. Je vous ai amené le témoignage étonnant de la conversion d’un très grand truand, vous le lirez (en pièce jointe pour vous qui me lisez !) et vous verrez que tout ce que je raconte, ce n’est pas du vent !

 

Mes amis, je termine en vous lisant cette invitation du pape François que nous aimons tous tant dans son très beau texte : Evangelii Gaudium : « J’invite chaque chrétien, en quelque lieu et situation où il se trouve, à renouveler aujourd’hui même sa rencontre personnelle avec Jésus Christ ou, au moins, à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Il n’y a pas de motif pour lequel quelqu’un puisse penser que cette invitation n’est pas pour lui » (EG, 3) Que cette messe soit l’occasion pour chacun de vous et pour moi avec vous de renouveler cette expérience d’une vraie rencontre avec Jésus.

La foi

 

 

Témoignage d’André Levet

André Levet a aujourd’hui 78 ans… Cet ancien gangster est né en 1932, dans une famille «athée» et ce n’est pas à la maison qu’il entendit parler de Dieu. La seconde guerre mondiale frappe la France et André a déjà perdu sa mère lorsque son père est déporté à Auschwitz. Il n’a pas dix ans! Recueilli dans une ferme des Pyrénées, il y a reçu «plus de coups de pieds au cul que de caresses», selon ses propres mots. Son père libéré en 1945 tente un remariage qu’André n’accepte pas. A 13 ans, il fuit… son enfer commence.

Je n’ai pas accepté ma nouvelle belle-mère et je me suis enfui à Marseille à l’âge de 13 ans, couchant dans les rues et déchargeant des camions. A cette époque, la police m’arrêta et me mit en prison, aux Baumettes, en attendant de me rendre à ma famille. Au contact des autres prisonniers, je suis devenu un petit délinquant, apprenant toutes les ficelles du «métier». Une fois rendu à mes parents, je me suis à nouveau enfui, et j’ai commencé une carrière de délinquant. A 15 ans j’ai été arrêté pour une attaque à main armée, et mis en prison jusqu’à ma majorité. A 18 ans, on avait la possibilité de s’engager pour faire la guerre d’Indochine, ce que j’ai fait pour éviter la prison. J’ai été blessé et rapatrié en France.

Je me lance dans «les affaires»

Après cela, fort de mes expériences militaires et carcérales, je suis devenu le chef d’une bande de gangsters, spécialisée dans le braquage des banques.

Un jour, alors que j’étais venu à Laval pour une «affaire», j’ai aperçu un curé en robe (soutane), de l’autre côté de la route. Je suis allé vers lui et, n’en ayant jamais vu auparavant, je lui ai demandé s’il était un homme ou une femme. Il m’a répondu: «je suis un serviteur de Dieu. Dieu, c’est mon patron! » Je lui ai dit: «ton Dieu, où il est? On ne le voit pas». Il a répliqué: «je vois que tu ne connais pas Dieu, mais si un jour tu as du temps, viens en discuter avec moi, 12 bis rue de Solférino». Je n’ai jamais oublié cette adresse.

Plusieurs mois après, alors que j’étais de passage à Laval pour une autre «affaire», je suis tombé par hasard dans cette rue. Je suis allé voir le curé, il était là et m’a dit: «je t’attendais». Ce curé est devenu mon ami, il me donnait des conseils, que je ne suivais pas, et chaque fois qu’il me parlait de Dieu, je lui disais: «laisse ton Dieu où il est». Quelque temps plus tard, je me trouvais à Rennes pour attaquer une banque. Là, l’affaire a mal tourné, mon copain a été tué et j’ai été arrêté. Je me suis évadé, j’ai gagné l’Amérique du sud où j’ai organisé un trafic de drogue…

 

3 fois évadé,  3 fois repris

Revenu en France, je suis arrêté de nouveau, pour m’évader encore. Trois fois évadé, trois fois repris. Toutes mes affaires vont me valoir 120 ans de prison, s’il fallait tout cumuler ! On me transfert à Clairvaux dans la prison des durs et avec des copains je vais tenter une évasion en creusant un tunnel, comme dans le film «la grande évasion». L’évasion a failli réussir, mais nous avons été repris. J’ai encore tenté une autre évasion, seul, en crochetant un gardien avec une arme. Là encore je me suis fait prendre. Ils ont décidé de m’envoyer à Château Thierry. Le directeur m’a reçu avec ces paroles: «ici, tu marches ou tu crèves!» J’ai répondu en lui balançant le bureau sur la tête. Ils m’ont mis dans une toute petite cellule avec un lit scellé au mur, un siège scellé au mur. Mon curé ne m’a pas abandonné, il m’a envoyé une lettre par mois dans laquelle, de temps en temps, il me parlait de Dieu me disant qu’il était bon. Je lui ai répondu: «si ton Dieu est bon, pourquoi faut-il qu’il y ait tant de guerres, de misère, pourquoi certains crèvent de faim alors que d’autres ont trop ? Pourquoi certains ont plusieurs maisons alors que d’autres n’en ont pas ?»

Le curé m’a répondu: «André, c’est toi le responsable !». Quoi ? Moi ? Je voulais bien être responsable des braquages, mais pas de la misère du monde ! Et puis un jour, le curé m’a envoyé un gros bouquin en me disant: «André, ce bouquin tu pourras le lire tout le temps, même après ta mort, en commençant par n’importe quelle page». Le gardien me l’a apporté en me disant: «c’est bien ce bouquin, tu devrais le lire, tu pourras même l’emporter au cachot». «Ca parle de quoi?» «Du bon Dieu», il me répond. «Quoi! C’est pas vrai! il m’a ramené son bon Dieu dans ma cellule !»

Mon curé m’écrivait tout le temps, en me suppliant de lire le livre. Je commence à lire la Bible.

Alors, pour lui faire plaisir, en 10 ans je l’ai ouvert 9 fois. J’ai commencé par lire les noces de Cana, où Jésus change l’eau en vin. J’ai tourné le robinet de mon lavabo en disant: «mec, fais couler du vin !» Ça n’a pas marché. Je l’ai écrit au curé en disant: «ton bouquin, ça ne marche pas». Mon curé m’a répondu : «André tu lis de travers, persévère». J’ai lu l’histoire de la Samaritaine, l’histoire de la résurrection de Lazare. Avec cette histoire j’ai été révolté, je ne pouvais pas la croire, et mon copain qui s’est fait descendre par les flics, il n’est pas ressuscité lui? Puis j’ai repris la lecture, longtemps après, et j’ai lu combien Jésus avait fait de bien aux gens et combien ils l’avaient maltraité, ils lui avaient craché dessus, ils l’avaient fouetté, injurié, puis cloué sur une croix. J’étais révolté je ne comprenais pas pourquoi on faisait autant de mal à quelqu’un qui faisait autant de bien.

Rendez vous à 2 heures du matin

J’abandonnais la lecture et je cherchais toujours à m’évader. J’attendais une arme et une lime, mais ces objets ont été interceptés. Il ne me restait plus aucun espoir, alors en désespoir de cause j’ai fait appel à Jésus. Je lui ai dit: « si tu existes je te donne un rancart. Viens cette nuit à 2 heures du matin dans ma cellule et tu m’aideras à m’évader. »

Je me suis endormi cette nuit-là et d’un coup au milieu de la nuit j’ai été réveillé. Prêt à bondir, j’ai senti une présence dans ma cellule, mais je ne voyais personne. Puis j’ai entendu une voix claire et forte à l’intérieur de moi: « André, c’est moi, on a rendez-vous. » J’appelais le gardien en criant: « c’est toi qui m’appelles ? » « Non » me dit-il. « Quelle heure est-il ? », demandais-je « Deux heures. » « Deux heures combien? » « Deux heures pile », me répondit le gardien.

Puis la voix se fit entendre à nouveau: « Ne sois pas incrédule, je suis ton Dieu, le Dieu de tous les hommes. » « Mais je ne te vois pas ! » répondis-je.

A ce moment là, vers les barreaux de la lucarne une lumière apparut. Et dans cette lumière, un homme avec les mains et les pieds percés et un trou au côté droit. En me les montrant, il me dit: « C’est aussi pour toi. » A ce moment là, les écailles de mes yeux, lourdes de 37 ans de péché, sont tombées et j’ai vu toute ma misère et toute ma méchanceté. Pour la première fois de ma vie, je tombe à genoux devant quelqu’un, et je pleure, parce que pour la première fois de ma vie, quelqu’un veut m’aimer.

Cinq heures durant, de deux heures du matin à l’ouverture des cellules à sept heures, je reste à genoux. il me faut refaire à l’envers la marche de tout le mal que j’ai commis,  pour que ressorte de moi, comme d’un abcès trop mûr, tout le fardeau de chaînes, d’insultes, de coups, de poings tendus, de vols, toutes ces méchancetés, toute cette haine qui m’accablent, que je ne peux plus porter. Jésus, dans sa grande miséricorde, dans son grand amour est venu m’en libérer, moi, qui n’étais que boue. Et à genoux, là, dans ma cellule, la tête baissée, comme un petit écolier ne sachant pas sa leçon, j’ai compris que, pendant trente-sept années, j’avais été les clous des mains du Christ, les clous des pieds du Christ, que j’avais tous les jours de ma vie, pris la lance pour percer son côté.

Et, demandant pardon, il me devenait impossible de lever les yeux vers Jésus, Jésus  que désormais je connaissais. A 7 heures les gardiens m’ont ouvert, ils m’ont vu à genoux et en pleurant, je leur dis : « Je ne vous cracherais plus dessus, je ne frapperais plus personne, je ne volerais plus personne, car chaque fois que je le ferais c’est à Jésus que je le ferais. » Les gardiens ont été surpris, ils ont cru dans un premier temps à une ruse de ma part. Puis rapidement, ils ont compris que j’avais totalement changé. Plusieurs détenus ont été interpellés et ont pu eux aussi rencontrer ce Dieu merveilleux et changer de vie.

Je suis maintenant libéré, ma vie a totalement changé.

Depuis ma libération, bien des années ont passé. J’ai d’abord voulu être curé ! Mais on m’a dit : « Non, il te faudra bien des années d’études pour y parvenir et Dieu a besoin de toi tout de suite ! » Alors j’ai commencé mon chemin de missionnaire avec Jésus, mon compagnon de route. Ensemble, nous parcourons des endroits miséreux. Je sème, je donne ce qu’un jour j’ai reçu gratuitement. Je veux le partager et le crier bien fort. Il est vivant. Comme un papillon je voyage de ville en ville pour parler de ce Dieu de miséricorde, de bonté et de liberté. Je témoigne avec force de ma rencontre, car Il est là, avec nous; Il est présent en nous; Il vit en nous. je suis un de ses tout petits serviteurs, ancien gangster repenti, qui a connu l’enfer de tous les grands pénitenciers du territoire français et des quartiers de haute sécurité sous le matricule 2835, jusqu’à ce que mon existence de détenu dangereux soit bouleversée par un rendez-vous fixé au Tout-Puissant. Alors ma vie a basculé; j’ai compris que l’homme a été créé pour la liberté. Et aujourd’hui, j’en témoigne.

Je rencontre souvent des gens qui me disent: « Comme tu as eu de la chance, tu as vu Jésus-Christ. » Oui, c’est sans doute une grande grâce que d’avoir eu ce rendez-vous avec Jésus dans ma cellule. mais ce n’est certainement pas un privilège. Ma réponse reste et restera toujours la même: l’histoire de Thomas. « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui ont cru sans avoir vu. »

Certaines personnes me demandent aussi si je n’ai pas été victime d’une hallucination ou d’un rêve. Je peux dire avec franchise que je suis sûr d’avoir été confronté avec mon Dieu. Si ces personnes avaient vu ma cellule éclatante de cette belle lumière, elles n’en douteraient pas. D’autre part, il ne faut pas oublier, et c’est la plus grande preuve que, durant cette nuit, le loup est devenu agneau. Cette rencontre avec mon Jésus qui m’a sauvé, m’a enseigné ceci : Dieu a l’éternité pour Lui. Il nous attend à tout instant de notre vie : aujourd’hui comme hier, Il est sauveur. la Bible nous dit que mille ans sont comme un jour. Et un jour viendra, un jour sans fin, comme l’aurore de l’éternel matin où le Seigneur prendra possession du temps et le transformera en éternité.

Honneur, louange et gloire te soient donnés d’éternité en éternité. Amen. Puisse cette histoire vous inspirer dans votre démarche spirituelle et quelle vous donne le courage de travailler cœur à cœur avec Jésus.

Que Dieu vous bénisse tous !   André Levet