Paroisse Bellegarde

Homélie dimanche 27 septembre: Le plus grand rêve!

            J’espère qu’il vous arrive de rêver et comme c’est agréable quand nous faisons un beau rêve. Hélas, parfois ce sont des cauchemars qui nous réveillent brutalement. Mais, quand nous faisons un beau rêve qui nous transporte en un beau pays avec des gens merveilleux, mon Dieu que c’est agréable ! Ça se sont les rêves endormis que nous ne maitrisons pas et qui font le régal des psy, mais il y a aussi les rêves éveillés qui sont comme des projets que nous aimerions tant voir réalisés. J’imagine que vous connaissez tous le célèbre rêve de Martin Luther King. A un moment où les Etats Unis étaient encore déchirés par la haine raciale instituée, ce pasteur protestant dont le nom restera à jamais gravé dans l’histoire prononce l’un des plus célèbres discours qui communique le contenu de son rêve éveillé : qu’un jour tous les hommes de ce monde deviennent des frères, quelle que soit la couleur de leur peau, leur religion, leur nationalité. En visitant les Etats-Unis, dans son discours à la Maison Blanche, le pape François a d’ailleurs cité ce grand rêve de Martin Luther King.

 

            Et Roger Hébert, est-ce que vous aimeriez connaître ses rêves ? Rassurez-vous, je ne vais pas m’étendre sur le divan du psychanalyste pour vous partager ces images qui peuplent mes rêves ! Non, j’aimerais vous parler de ces rêves éveillés qui m’habitent. Il y a des petits rêves et un grand rêve.

 

Dans les petits rêves, mais qui sont déjà importants, il y a ce rêve qui revient souvent : j’aimerais qu’on puisse trouver une belle somme d’argent pour consolider définitivement et restaurer l’église et les salles de Musinens. Il y a encore ce rêve de voir plein de gens qui se sont éloignés de l’église ou qui étaient devenus tièdes tout en restant dans l’église s’inscrire pour participer à un parcours alpha afin de redonner un coup de jeune à leur foi. Il y a également ce rêve de la constitution d’un groupe de musique avec des animateurs entrainants au moins pour les messes des familles. Je pourrais vous en citer encore quelques uns, comme ce rêve d’être un jour obligé de trier dans les candidatures tellement il y aura de bénévoles qui se proposeront pour assurer une mission au sein de la paroisse ! Mais j’arrête ces petits rêves pour vous partager le grand rêve qui m’habite de plus en plus.

 

Mon grand rêve, il coïncide parfaitement avec ce qui nous a été raconté dans la 1° lecture et dont l’évangile se faisait également l’écho. Permettez-moi de nous rafraichir la mémoire. Nous sommes en plein milieu du désert, Moïse n’en peut plus de devoir toujours faire face aux récriminations du peuple qui se demande sans arrêt si la libération d’Égypte a été une bonne affaire. Là-bas, ils étaient peut-être esclaves, mais ils avaient à manger, une nourriture variée et abondante. Et puis les conditions précaires dans lesquelles ils vivent au désert génèrent toutes sortes de conflits que Moïse doit arbitrer à longueur de journées. Moïse n’en peut plus, il demande même à mourir tellement il se sent débordé ! Mais Dieu a une autre solution bien meilleure que la mort, il suggère à Moïse de lui dresser une liste de 70 personnes de confiance qui pourraient devenir ses collaborateurs. Pour cela, Dieu a une idée géniale, il va prendre une part de l’Esprit-Saint qui se trouve en permanence sur Moïse pour le mettre sur ces 70 personnes qui seront ainsi animées du même Esprit et donc capables de remplir la même mission. Tout est bien calé pour cette belle opération visant à multiplier les collaborateurs de Moïse. Oui, mais voilà, deux d’entre eux, Eldad et Médad ne sont pas au rendez-vous quand Dieu remet à chacun la part d’Esprit-Saint dont il aura besoin pour accomplir la mission qui lui sera confiée.

Pour Dieu, ce n’est pas un problème, ils ont été choisis par Moïse, ils recevront bien l’Esprit-Saint promis à tous les collaborateurs. Pour Dieu, ce n’est vraiment pas un problème, mais pour les 68 autres, c’est un vrai problème ! Ils estiment que, eux, ils avaient droit à l’Esprit-Saint puisqu’ils se trouvaient au rendez-vous, mais les deux autres auraient dû être exclus puisqu’absents et ils le font savoir haut et fort. On a un peu la même chose dans l’Évangile quand les apôtres viennent voir Jésus pour se plaindre en faisant remarquer qu’il y en a qui veulent faire du bien en son nom sans faire partie du groupe officiel des apôtres ! Moïse et Jésus, à sa suite, auront une réaction qui résume parfaitement mon grand rêve. Jésus dit : n’empêchez pas ceux qui veulent faire du bien d’agir, il y a de la place pour tout le monde ! Quant à Moïse, il dit dit : plutôt que d’être jaloux, vous devriez plutôt vous réjouir de voir que Dieu donne largement son Esprit pour que le plus possible de personnes deviennent des prophètes. Le voilà, mon grand rêve : que chacun de vous, avec moi, nous devenions un peuple de prophètes.

 

Mais c’est quoi exactement un prophète ? Dans le langage populaire, on a trop souvent tendance à confondre le prophète avec un devin qui prédit l’avenir. Ce n’est pas du tout ça ! Un prophète, dans la Bible, c’est quelqu’un qui parle au nom de Dieu, qui prête sa voix à Dieu pour que la Parole de Dieu puisse être proclamée dans le langage des hommes. Oh, oui, comme j’aimerais que nous devenions tous des prophètes, que nos cœurs soient tellement pleins de la Parole de Dieu qu’elle jaillisse très spontanément de nos lèvres. Evidemment, il ne s’agit pas pour nous de débiter de grandes citations de l’Écriture, mais d’avoir en toutes circonstances, pour tous ceux que nous rencontrons, une parole qui vient de Dieu. C’est à dire une parole qui console, qui remet debout, qui redonne confiance, qui éclaire et qui, quand c’est nécessaire, dénonce ce qui ne va pas mais jamais en s’attaquant aux personnes. Plus de paroles de jugements, plus de paroles qui enferment, plus de paroles qui cassent, mais des paroles qui font grandir l’autre. Et comme les paroles ne suffisent pas, accepter de devenir prophètes, c’est aussi vouloir que nos vies soient accordées à nos paroles que la bienveillance se mette à irradier notre être tout entier.

 

Pourquoi c’est le rêve qui me tient le plus à cœur ? Tout simplement parce que si chacun de nous, du plus petit au plus âgé, nous vivons de cette manière, nul doute que nous deviendrons une communauté attirante qui fera envie. J’ai sûrement déjà cité cette phrase extraordinaire de St François de Sales qui disait : ne parle de Dieu que lorsqu’on t’interroge, mais vis de manière à ce qu’on t’interroge souvent ! Si nous devenons ces prophètes porteurs de ces paroles bienveillantes, si nos vies sont de plus en plus accordées à nos paroles, nul doute qu’ils seront de plus en plus nombreux ceux qui nous poseront des questions pour connaître notre secret. Alors, nous n’aurons pas de peine à leur expliquer que nous ne sommes pas meilleurs que les autres, mais tout simplement habités par l’Esprit-Saint.

 

Et je suis sûr que si mon rêve se réalise, le vôtre se réalisera aussi ! En effet, j’imagine que votre plus grand rêve, c’est d’être heureux et de rendre les autres heureux. Eh bien croyez en mon expérience, porter la Parole de Dieu, ça rend vraiment heureux et accueillir cette Parole aussi ! C’est pour cela que j’accepte de prendre quelques risques en partant vendredi pour prêcher une retraite au Burundi. Je sais que, pour moi, il n’y a pas de plus grand bonheur que de porter la Parole et je sais aussi que, pour ceux qui vont l’accueillir, dans la situation troublée qu’ils vivent, elle sera source de paix et de joie.

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