Paroisse Bellegarde

Homélie 2 août: Mettons-nous à croire pour de bon en la puissance de l’Eucharistie !

            Vous vous rappelez, le week-end dernier, je vous parlais de l’évangile comme d’un feuilleton. Chaque semaine nous avons droit à un nouvel épisode ! Et je vous expliquais qu’en ce moment, on avait particulièrement de la chance car les épisodes se suivent. Comme pour tout bon feuilleton qui se respecte, il faut donc au début de l’épisode faire un rapide résumé des épisodes précédents. Il y a 15 jours, Jésus, malgré son projet de repos avec les disciples, avait accepté de s’occuper des foules qui l’avaient suivi car elles étaient comme des brebis sans berger. Dimanche dernier, nous avions vu comment ils s’en était occupé, c’était en leur donnant du pain à manger, un pain multiplié pour que personne n’en manque. Mais cette action extraordinaire de Jésus n’avait été possible que parce qu’un jeune garçon avait accepté de donner ce qu’il avait. Et j’avais terminé en expliquant que le possible, nous devions nous en charger, comme cet enfant qui avait fait ce qui était en son pouvoir en partageant, tout en faisant confiance à Dieu pour qu’il réalise l’impossible. Et comme tout bon feuilleton, mon homélie s’était arrêtée sur cette question pleine de suspens : ok, à nous de faire le possible, mais Dieu, comment s’y prend-il pour accomplir l’impossible ? Eh bien, vous avez bien fait de venir car la réponse devrait nous être donnée aujourd’hui !

 

            Jésus a bien compris que son coup d’éclat risquait de se retourner contre lui, c’est pourquoi l’évangile de dimanche dernier se terminait par cette mention : « Mais Jésus savait qu’ils allaient l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul. » C’est sûr qu’un roi qui multiplie les pains dès qu’on a faim, c’est très pratique ! Mais Jésus n’est pas venu pour ça, il n’est pas venu pour régler les problèmes des hommes comme par un coup de baguette magique ! Il est Sauveur, pas magicien. Or c’est ce que les hommes de tous les temps ont bien du mal à comprendre. Eux, ils aimeraient un magicien qui règlent leurs problèmes avec une baguette magique. Tu es malade, hop un coup de baguette magique, tu ne l’es plus ! Tu es pauvre, hop un coup de baguette magique, tu ne l’es plus ! Non, ce n’est pas cela la foi. Ce n’est pas ainsi que Dieu veut s’y prendre pour accomplir de manière habituelle l’impossible. Certes, il le fait parfois et ça s’appelle, aujourd’hui encore, un miracle, mais la gestion des miracles, c’est quelque chose qui nous échappe complètement.

 

            Les foules vont finir par rattraper Jésus et un dialogue va s’engager, c’est le dialogue qui nous est rapporté dans l’Évangile d’aujourd’hui. Au cours de ce dialogue, il est fait allusion à la manne, c’est pourquoi nous avions comme 1° lecture ce passage du livre de l’Exode racontant la première distribution de la manne. On pourrait presque dire que c’est une multiplication des pains avant l’heure qui durera 40 ans. Dieu règle le problème de la faim qui risquait de transformer la traversée du désert en véritable hécatombe.

 

Oui mais avez-vous remarqué que lorsque Dieu règle le problème, il dit : ainsi je vais les mettre à l’épreuve. C’est assez étonnant puisque Dieu prend en charge ce terrible problème de la faim, on ne voit pas en quoi ça peut devenir une épreuve. Pour le comprendre, il faut lire les versets du texte qui ont été sautés pour ne pas trop allonger cette première lecture. Alors que Dieu donne chaque jour de quoi manger, il y a bien une épreuve pour le peuple sans compter le fait de la monotonie de ces repas qui, pendant 40 ans, seront toujours les mêmes. L’épreuve, elle se trouve dans le fait que Dieu donne chaque jour en prévenant qu’il est impossible de faire des provisions, tous ceux qui ont essayé ont vu leurs provisions qui pourrissaient. Il n’y a que la veille du Shabbat que Dieu donnait double pour que lui-même et son peuple avec lui puissent observer le repos du Shabbat. En quoi était-ce une épreuve ? Eh bien tout simplement parce que ça oblige les hommes à aller contre leur nature, pas la nature bonne que Dieu avait donnée à la création, mais la nature perturbée par le péché. En effet, depuis le péché, les hommes sont souvent égoïstes et ils doivent se faire violence pour partager, pour ne pas penser qu’à eux. En empêchant de faire des réserves de manne, Dieu obligeait chacun à ramasser chaque jour exactement la quantité qui lui était nécessaire ; ce qui veut dire qu’on apprenait à en laisser pour les autres ! Dieu donne, mais dans le but précis que ce qui est donné soit partagé.

 

            En faisant référence à cet épisode de la manne en lien avec la multiplication des pains, il me semble que Jésus veut nous rappeler ce principe fondamental : Dieu donne, mais dans le but précis que ce qui est donné soit partagé. Et, c’est comme s’il disait : si tout le monde se mettait à partager pour de bon, il n’y aurait plus besoin d’attendre des miracles car plus personne n’aurait faim. Nous le savons bien la planète peut nourrir tous les hommes, mais encore faudrait-il qu’une petite partie des hommes ne s’accapare pas les biens destinés à tous. Si les américains étaient prêts à payer le prix juste des céréales, les paysans de l’Amérique latine arrêtaient de cultiver des champs de drogue dont le rapport est meilleur que celui du blé ou du maïs. Et si nous, nous arrêtions de piller l’Afrique des ressources naturelles rares qui nous sont nécessaires, si nous acceptions de les payer au prix juste sans arroser leurs dirigeants de pots de vin pour continuer tranquillement à les extorquer, le continent africain ne serait pas dans cet état. Aujourd’hui encore, Dieu donne, la nature est généreuse, pas de la même manière de partout, c’est vrai, mais en tous lieux Dieu donne, le drame, c’est que nous avons oublié la leçon de la manne : Si Dieu donne, c’est le but précis que ce qui est donné soit partagé, échangé dans des règles de commerce qui soient vraiment équitables, manifestant que nous nous reconnaissons frères les uns des autres.

 

Oui, mais voilà, comme je le disais, depuis le péché, la nature de l’homme est pervertie. Du coup, ces belles paroles concernant la terre envisagée comme un vaste marché où les frères échangeraient ce que Dieu ne cesse de leur donner pour que chacun ne manque jamais de rien, tout cela semble un rêve impossible à atteindre. Eh bien non, parce que Dieu est le maître de l’impossible et qu’il a envoyé Jésus pour que l’impossible devienne possible. Et le passage du discours de Jésus à la synagogue de Nazareth sur le pain de vie que nous avons entendu se termine par ces mots : « Moi, je suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif. » Par ces paroles, Jésus montre bien qu’avec lui, si on ose croire en lui, les problèmes seront réglés, l’impossible deviendra possible. Comment ? Evidemment, ces versets annoncent l’Eucharistie ; Jésus pain vivant descendu du ciel, c’est l’Eucharistie. Comment l’Eucharistie peut-elle régler tous les problèmes, j’aurais envie de vous dire suite au prochain épisode, mais je ne serai plus là dimanche prochain ! C’est pourquoi vous m’accorderez encore 2 minutes !

J’en dis un mot et le père Jean-Joseph développera, s’il le souhaite, en commentant à sa manière, la puissance de l’Eucharistie puisque dimanche prochain nous continuerons le discours sur le pain de vie. Aux jeunes réunis pour les Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne, Benoit XVI avait dit qu’il y avait dans l’Eucharistie la puissance d’une fission nucléaire. Autrement dit que l’Eucharistie était comme une bombe atomique capable de faire exploser tous les carcans de l’égoïsme ou comme une centrale nucléaire capable de fournir une énergie invraisemblable. Et c’est vrai ceux qui se mettent à croire vraiment, mais vraiment, que c’est Jésus lui-même qu’ils reçoivent en allant communier deviennent habités par cette énergie. La puissance d’amour de Jésus lui-même est à l’œuvre dans leur cœur. Où croyez-vous que la mère Térésa que j’ai citée ces deux derniers dimanches trouvait la force de faire tout le bien qu’elle faisait ? Pas en elle-même, c’était un tout petit bout de bonne femme bien fragile ! C’était dans l’Eucharistie parce qu’elle y croyait même si elle ne ressentait absolument rien, elle croyait qu’elle recevait à chaque messe l’équivalent d’une fission nucléaire. Voilà comment Dieu rend l’impossible possible, pas en agitant sa baguette magique, mais en offrant le pain de l’Eucharistie. Et en espérant que, tous ceux qui le recevront, croient vraiment qu’ils reçoivent l’énergie d’une fission nucléaire ! Si tous les chrétiens se mettaient vraiment à y croire, le monde serait bien plus beau, c’est absolument certain.

 

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