Paroisse Montrevel-en-Bresse

Parole aux Pères de l’Eglise : Saint Augustin

Chers frères et sœurs,

Pendant ce temps d’été, le « Lien fraternel » couvrira deux semaines. Ce qui veut dire que le prochain sera transmis le dimanche 26 juillet. Pour les intentions de messe, ainsi que pour l’annonce de la célébration des funérailles, pour la première semaine cela se passera comme tout au long de l’année. Pour la deuxième semaine, un papier sera transmis au prêtre célébrant qui pourra ainsi les donner lors de la célébration de la Messe.

En ce qui concerne les différentes réflexions, je vous propose de laisser la parole aux « Pères de l’Église ». On appelle « Pères de l’Église » les auteurs anciens qui ont contribué à formuler la doctrine chrétienne et son vocabulaire théologique, et ce essentiellement pendant les cinq premiers siècles du christianisme.

Abbé Pierre Le Bourgeois

 

Les lignes que nous allons lire sont de saint Augustin (354-430), un géant de la pensée. Dans cet extrait du sermon sur le Psaume 32(31), il parle de l’attitude à avoir vis-à-vis des donatistes. Mais, qu’est-ce que le donatisme ?

Le schisme donatiste puise son origine dans les persécutions de l’empereur Dioclétien, en 305. Beaucoup d’évêques et de prêtres avaient alors renié le Christ pour ne pas mourir mais après la persécution et une fois que l’empire lui-même fut devenu chrétien, ils étaient revenus à la religion chrétienne. Certains membres de l’Église d’Afrique, comme Donat, évêque de Carthage qui donna son nom au schisme, estimèrent que les sacrements conférés par ces apostats avant leur reniement n’avaient pas de valeur.

À la demande de l’empereur, le tribun Marcellin, ami de Saint Augustin, réunit les évêques de la province en concile à Carthage en 411 pour en finir avec le schisme donatiste. Mais il ne réussit qu’à moitié à atténuer les divisions entre les chrétiens. Celles-ci dureront jusqu’à la conquête arabe, deux cents ans plus tard.

Le psaume 32(31) commence par ces mots de miséricorde : « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis ! Heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, dont l’esprit est sans fraude ! » Ces deux premiers versets donnent véritablement la tonalité au sermon de saint Augustin.

« Mes frères, nous vous exhortons très vivement à la charité : non seulement envers vous-mêmes, mais aussi envers ceux qui sont au dehors ; qu’ils soient encore païens, ne croyant pas encore au Christ, ou bien qu’ils soient séparés de nous, reconnaissant le même chef tout en étant retranchés du corps. Bon gré mal gré, ils sont nos frères. Ils cesseraient d’être nos frères s’ils cessaient de dire : Notre Père.

Le prophète a dit, de certains d’entre eux: À ceux qui vous disent : ’Vous n’êtes pas nos frères’, répondez : ‘Vous êtes nos frères’. Cherchez de qui il pouvait dire cela ? Serait-ce des païens ? Non, car nous ne disons pas qu’ils sont nos frères, selon les Écritures et selon le langage de l’Église. Parlait-il des Juifs, qui n’ont pas cru au Christ ? Lisez saint Paul, et vous verrez que le mot « frères », quand l’Apôtre l’emploie tout court, ne peut s’entendre que des chrétiens. ~ Mais toi, pourquoi juges-tu ton frère ? Et toi, pourquoi méprises-tu ton frère ? Et dans un autre passage : Vous commettez l’injustice et la fraude, et cela contre des frères !

Les donatistes qui disent : ‘Vous n’êtes pas nos frères’ nous traitent donc de païens. C’est pourquoi ils veulent nous rebaptiser, car ils affirment que nous n’avons pas ce qu’ils nous donnent. De là découle leur erreur, de nier que nous soyons leurs frères. Mais pourquoi le Prophète nous a-t-il dit : Vous leur répondrez : ‘Vous êtes nos frères’, sinon parce que nous reconnaissons en eux le baptême que nous ne réitérons pas. Eux donc, en ne reconnaissant pas notre baptême, nient que nous soyons leurs frères ; nous, en ne le réitérant pas sur eux, mais en reconnaissant le nôtre, nous leur disons : ‘Vous êtes nos frères.’

Ils diront : ‘Que nous demandez-vous ? Que nous voulez-vous ?’ Répondons : Vous êtes nos frères. Ils diront ‘Laissez-nous tranquilles, nous n’avons rien à faire avec vous.’ Mais nous, nous avons parfaitement à faire avec vous : nous confessons un seul Christ, nous devons être dans un seul corps, sous un seul chef.

Nous vous adjurons donc, mes frères ; par cette tendresse de charité nourrissante comme le lait, fortifiante comme le pain, par le Christ notre Seigneur, par sa douceur, nous vous adjurons ! Il est temps, en effet, que nous leur prodiguions une grande charité, une abondante miséricorde, en implorant Dieu pour eux : qu’il leur donne un jour du sang-froid, pour qu’ils se reprennent et qu’ils voient que leurs attaques contre la vérité sont sans aucun fondement ; il ne leur reste que la maladie de leur animosité, qui est d’autant plus malsaine qu’elle s’imagine avoir plus de forces. Nous vous adjurons, dis-je, pour ces malades, soi-disant sages, mais d’une sagesse naturelle et charnelle ; ils sont pourtant nos frères. Ils célèbrent les mêmes sacrements, et bien qu’ils ne les célèbrent pas avec vous, ce sont bien les mêmes ; ils répondent un même : Amen, et si ce n’est pas avec nous, c’est bien le même. Priez Dieu pour eux, du plus profond de votre charité. »