Paroisse Bellegarde

Pourquoi avez-vous peur ?

            J’ai déjà raconté tout à l’heure aux enfants une grande peur qui m’était arrivée à l’époque où je faisais du voilier. J’avais cette chance de pouvoir partir chaque année pour une semaine de voilier avec une équipe d’animateurs de l’aumônerie des jeunes de Bourg. Je peux aussi vous raconter une autre grande peur que j’ai vécue quand j’étais encore enfant. Nous étions partis en famille pour Chamonix avec le projet de monter en téléphérique à l’Aiguille du Midi. Je ne sais pas si vous avez déjà eu cette chance de monter là-haut, c’est merveilleux le téléphérique nous emmène à 3777 m ! Oui, c’est merveilleux sauf que lorsque nous sommes montés, il y a eu un terrible orage dans la 2° partie de la montée, nous avons vu un éclair et puis le téléphérique s’est arrêté. Combien de temps, je ne sais pas … mais je peux vous dire que le temps paraît long, très long ! D’autant plus qu’il y avait un véritable vent de panique dans le téléphérique, les gens criaient, la benne tanguait à cause du vent qui s’était levé. Et, le chef de cabine qui aurait dû être là pour nous rassurer était tout blanc et ne disait rien, on voyait bien qu’il était comme nous, pas rassuré du tout !

 

            Alors, je trouve que, dans l’Évangile, Jésus, il en a de bonnes quand il fait se reproche aux apôtres : pourquoi avoir peur ? Pourquoi avoir peur, mais la réponse est évidente, parce que ça ne va plus du tout. Les apôtres ont peu de mourir. Comme nous dans le téléphérique, si la benne se décrochait, on faisait une chute de 3777 m ! Autant dire qu’il n’allait pas rester grand chose de nous ! Pourtant, à bien y réfléchir, il y avait une grande différence entre la situation des apôtres et la nôtre dans le téléphérique. Mis à part qu’eux étaient sur l’eau et nous dans les airs, la grande différence, c’est l’attitude du chef de cabine dans le téléphérique et l’attitude de Jésus dans la barque. Je crois vraiment que nous, on avait le droit d’avoir peur quand on voyait la tête de ce pauvre chef de cabine qui était complètement décomposé. Mais les apôtres, eux, ils auraient dû rester dans la confiance pour deux raisons : Jésus était là et lui, il n’était pas inquiet du tout puisqu’il dormait. Peut-être que si nous, nous avions eu un chef de cabine parfaitement serein qui nous rassure en montrant qu’il maitrisait la situation, nous n’aurions pas eu peur.

 

            Ainsi donc ce qui déclenche la peur, c’est le fait de se retrouver dans des situations compliquées et d’avoir le sentiment d’y être un peu seul avec personne qui tienne vraiment la route pour nous rassurer. Du coup, on comprend le reproche que Jésus fait aux apôtres. Oui, la mer est déchainée et ce qui est en train de se passer est inquiétant mais ils ne sont pas seuls, Jésus est là et lui, il n’est pas du tout inquiet puisqu’il dort. De cette situation, mes amis, j’aimerais en tirer quelques conclusions pratiques pour nous.

 

1. D’abord, le fait d’être chrétien, de croire que Jésus est avec nous, n’empêche pas de traverser des tempêtes. Je connais une famille très chrétienne dont j’ai enterré successivement, à plusieurs années d’écart, les 3 enfants. Le fait d’être chrétien, de croire en Jésus, ne va pas écarter les tempêtes de notre vie. Pourquoi ? Tout simplement parce que ce n’est pas Dieu qui est responsable des tempêtes, ce n’est jamais lui qui les déclenche. Les tempêtes, elles viennent parfois de mauvais choix de notre part. Quand je vois des jeunes en scooter me coller à un mètre en roulant à fond, j’ai toujours peur d’être obligé de freiner brusquement. Si le jeune qui me suit se tue, ça ne sera pas la faute de Dieu. La plu part des accidents de jeunes ont lieu le week-end après des nuits bien arrosées et sans sommeil, Dieu n’y est pour rien ! Mais il y a aussi des tempêtes inexplicables. Il y a des accidents qui sont inexplicables, il y a des maladies qui vous tombent dessus et qui sont inexplicables. Il y a des catastrophes naturelles qui font beaucoup de morts et qui sont inexplicables. Mais ce que je sais, c’est que ce n’est pas Dieu qui est responsable de ces tempêtes. Dieu n’est jamais du côté de ceux qui dont pleurer, de ceux qui font mourir, mais il est toujours aux côtés de ceux qui pleurent et de ceux qui meurent. C’est vrai que lorsque nous sommes dans la tempête, souvent, notre première réaction, c’est de nous retourner contre Dieu et de l’accuser. Mais il n’y est pour rien et il souffre avec nous des dégâts causés par toutes ces tempêtes de la vie que nous traversons.

 

2. Au cœur de ces tempêtes, je crois que Jésus est avec nous. Il s’était embarqué avec les apôtres, il était vraiment avec eux, il ne leur donnait pas des conseils pour s’en sortir en étant bien confortablement installé sur le rivage, là où on ne risque rien. Non, il était avec eux. Je crois que Jésus est toujours avec nous quand nous traversons une tempête dans notre vie. Hier, j’animais une rencontre à Besançon et j’ai passé un petit film sur la situation des chrétiens persécutés en Irak et en Syrie. Ceux qui parlent ont tout perdu, ils ont dû quitter leur maison en un instant sans avoir le temps de rien emporter. Eh bien, pas un seul de ceux qui sont interrogés, n’accuse Dieu de les avoir abandonnés, au contraire. Ils disent tous que si Dieu n’était pas été avec eux pour les aider à traverser cette épreuve, ils ne pourraient pas tenir le coup. Les forces du mal se déchainent contre eux, mais eux, ils disent qu’ils ne vont pas couler car le Seigneur est avec eux. Et il y en a même un qui ajoute : ils nous ont tout pris, et si jamais on devait mourir, il y a une chose qu’ils ne nous prendront jamais, c’est notre foi ! Que ce témoignage de nos frères si durement éprouvés nous fortifie.

 

3.  Enfin le dernier point, c’est que nous avons toujours le choix dans les tempêtes. Soit nous regardons les difficultés, soit nous regardons le Seigneur qui est avec nous pour nous aider à ne pas couler. Mais évidemment, quand on est dans la tempête, ce n’est jamais facile regarder autre chose que les difficultés, on a beau essayé, souvent on ne voit plus que ça. C’est pourquoi il est si important, dans ces moments là, de trouver des amis, des frères dans la Foi qui resteront à nos côtés et c’est leur présence qui nous aidera à croire que nous ne sommes pas seuls. Bien sûr, ces amis, on ne leur demande pas de nous faire de grands et beaux discours pour nous rassurer, pour disculper Dieu, une seule chose compte dans ces moments-là, leur présence aimante, leur capacité à écouter, à rester là sans rien dire mais en résistant à la tentation de fuir. Puissions-nous trouver de tels amis dans ces circonstances, puissions-nous devenir ces amis pour ceux qui, autour de nous, sont dans la tempête. Car, si un jour quelqu’un se trouvait vraiment seul dans la tempête, il pourrait légitimement croire qu’il a été abandonné par Dieu. Seule la présence d’amis, de frères peut aider à croire en la présence de Dieu.

 

Avec toute la force de ma foi, je crois que le Seigneur n’est jamais à l’origine des tempêtes que nous traversons, je crois que Jésus reste toujours présent à nos côtés, je crois que pour sentir cette présence, nous avons besoin de la présence des autres à nos côtés.

 

Tempet