Paroisse Bellegarde

Homélie 28 juin : Qu’il te soit fait selon ta foi !

         On entend encore ici ou là des personnes qui parlent de Jésus en le désignant comme le plus grand humaniste de tous les temps. Et ce n’est pas totalement faux puisqu’il est le seul homme à avoir habité totalement son humanité. Pilate n’imaginait pas prononcer une vérité aussi forte quand, présentant Jésus à la foule, il dit : « Voici l’homme ! » Désigner Jésus de cette manière, mettre en avant son humanité, son humanisme, c’est admirable pour ceux qui ne sont pas croyants, mais c’est nettement insuffisant pour ceux qui sont croyants. Et le drame, c’est qu’il y a des chrétiens qui continuent à ne voir en Jésus qu’un homme exceptionnel. C’est sûrement un peu moins fort que dans les années folles d’après 68, en effet, dans ces années on n’hésitait pas à écrire des livres ayant pour titre : Jésus-Christ, mon meilleur pote !

 

         Vous croyez vraiment que Jaïre, ce personnage si important, serait tombé à genoux devant Jésus pour le supplier de guérir sa fille si Jésus n’avait été qu’un homme exceptionnel ? Vous croyez que cette femme aurait bravé tous les interdits pour venir dans cette foule afin de toucher le manteau de Jésus s’il n’avait été qu’un homme exceptionnel ? Et vous croyez que vous viendriez fidèlement à la messe, chaque semaine, si Jésus n’était qu’un homme, plus brillant que les autres, certes, mais quand même juste un homme ? Non ! C’est bien parce que Jésus est le Fils de Dieu, c’est parce qu’il peut guérir, ressusciter, sauver qu’il y a 2000 ans, on le suppliait de faire quelque chose et qu’aujourd’hui encore, on vient le rencontrer.

 

         Mais peut-être y a-t-il une condition pour devenir capable de reconnaître en Jésus plus qu’un homme exceptionnel. En effet, dans ce texte, ce qui me frappe, c’est de voir à quel point les deux situations sont désespérées. En prison, je vois souvent cela : certains sont tellement désespérés quand ils prennent conscience de la profondeur du mal qu’ils ont commis ou d’autres sont tellement désespérés de vivre une épreuve souvent bien déshumanisante que la foi devient leur dernier recours et qu’ils se tournent vers Jésus en y mettant autant de convictions que Jaïre ou que cette femme.

 

         Commençons par Jaïre, il semble bien que cet homme n’ait qu’une fille et cette fille est en train de mourir. Alors, il se fiche pas mal de ce qu’on va penser de lui, de sa démarche. Il était l’un des chefs de synagogue, un responsable religieux important donc ; or, nous savons que ces responsables religieux ont souvent ferraillé avec Jésus en lui reprochant de ne pas respecter la religion. Mais pour Jaïre le moment n’est plus aux discussions théologiques, pour sa fille, c’est une question de vie ou de mort. Elle a 12 ans, dans le judaïsme, ça signifie qu’elle est à l’aube de sa vie de femme, mais cette vie risque de ne jamais s’épanouir si la maladie continue son œuvre. Alors peu importe ce que les autres pensent, peu importe même ce que lui a pu dire dans le passé sur Jésus ; si cet homme est plus qu’un homme, c’est le moment de le supplier de faire quelque chose. Et, que ce soit par son attitude ou par sa demande, on voit que Jaïre ne s’y trompe pas, il reconnaît en Jésus Dieu qui peut agir en sa faveur. En effet, chez les juifs, on ne se met pas à genoux devant un homme, or Jaïre le fait devant Jésus. On ne demande pas non plus à un homme de guérir, ça serait un manque de foi, on le demande à Dieu, or en le demandant à Jésus, il dit sa foi.

 

         Quant à cette femme, je la trouve vraiment admirable. Elle prend tous les risques pour venir trouver Jésus. Elle risque une hémorragie en route, mais elle risque surtout d’être violemment condamnée pour ne pas respecter la Loi. En effet une femme qui avait des pertes de sang, soit au moment de ses règles, soit en raison d’une maladie était déclarée impure et ne devait donc pas entrer en contact avec les autres. Cette femme, l’évangile nous dit que, à cause de sa maladie, ça faisait 12 ans qu’elle n’avait plus ni de vie de femme, ni de vie sociale. Elle ne pouvait toucher personne pas plus son mari que n’importe qui d’autre à cause de sa situation d’impureté dans laquelle la tenait ces écoulements de sang constants. Elle avait tout essayé pour s’en sortir, elle avait dû commencer par prier puisque, comme je l’ai dit, un juif ne consulte pas d’abord un médecin, il demande sa guérison à Dieu. Mais ne voyant rien venir, elle avait consulté tous les médecins possibles et sûrement tous les charlatans avec, mais sans résultats. Alors, elle tente le tout pour le tout, tant pis pour ce qu’on dira d’elle si on la reconnaît, elle veut voir et toucher Jésus parce qu’il ne reste plus que lui pour qu’elle puisse retrouver une vie digne de ce nom. Et, tout comme Jaïre, elle ne se trompe pas sur l’identité de Jésus, elle ne vient pas le voir comme elle est allée voir tous ces guérisseurs qui entre parenthèses, hier comme aujourd’hui, aggrave la situation au lieu de l’arranger, il faudrait avoir du temps pour développer ce point si important. Qu’est-ce qui me fait dire qu’elle ne se trompe pas sur l’identité de Jésus ? Tout simplement le fait qu’elle touche son manteau. Ce manteau, chez les juifs, il a une fonction très particulière, c’est ce qu’on appelle aujourd’hui le châle de prière. Vous en avez forcément de ces châles vu sur des photos montrant des juifs priant au mur des lamentations. Ces manteaux, ces châles se terminent par des franges qu’on appelle les « tsit-tsit ». En d’autres textes, il est d’ailleurs dit que les personnes viennent toucher les franges du manteau de Jésus pour être guéries. Comme cette femme, ils ne touchent pas ses cheveux, ses mains, sa tunique, mais son châle de prière. C’est à dire qu’ils reconnaissent que Jésus a une relation toute particulière, unique avec Dieu et c’est en raison de cette relation unique qu’il peut faire quelque chose pour eux.

 

         Mes amis, cette femme dont on ignore le nom et Jaïre ont été exaucés à la mesure de leur foi. Jésus le signifie d’ailleurs de manière très explicite. En d’autres passages, Jésus dira à ceux qui viennent lui demander une guérison : qu’il te soit fait selon ta foi. Ce qui signifie que, lorsqu’on s’approche de Jésus, il faut que nos intentions soient claires. A nous aussi, il sera donné en fonction de notre foi. Si nous venons à la messe par routine, il nous sera donné de nous y ennuyer ! Si nous venons simplement pour participer à un repas fraternel, comme on le répétait trop souvent il y a quelques dizaines d’années, eh bien, nous recevrons de la fraternité … plus ou moins selon ce que les autres veulent nous donner et selon ce que nous mêmes, nous sommes prêts à donner.

 

         Si, par contre, nous venons parce que nous savons, comme le dit une oraison de la messe que, sans le Seigneur notre vie tombe en ruine, alors il nous sera donné à la mesure de cette foi. C’est à dire que nous ne serons pas venu à la messe pour nous inspirer des actions d’un homme exceptionnel, en vue d’essayer d’en faire autant. Mais nous serons venus car nous avons besoin de repartir avec la présence de Jésus, le Fils unique du Dieu Sauveur qui nous aidera tout au long de la semaine à porter le poids des difficultés que nous avons à vivre, qui nous aidera à rayonner auprès de tous ceux qui en ont tant besoin cet amour qu’il déposera en nos cœurs. Oh Seigneur, viens renouveler notre foi pour que, les merveilles que tu as accomplies jadis, tu puisses les accomplir encore aujourd’hui. Ta puissance de vie n’est pas amoindrie, c’est notre foi qui est trop souvent émoussée, guéris-nous de cette si grande infirmité qui t’empêche de manifester aujourd’hui encore que tu es le Dieu de la Vie comme l’affirmait la 1° lecture.

 

Selon ta foi