Paroisse Bellegarde

« Cherche jardinier pour semer largement, rendements extraordinaires promis » Si ça vous intéresse de répondre à cette petite annonce …

J’espère qu’il n’y a pas de Corses parmi vous ou, s’il y en a, j’espère qu’ils ne sont pas susceptibles ! On raconte qu’un ingénieur agronome passant ses vacances dans une région de Corse était étonné de voir qu’il n’y avait pas de plantations. Il rencontre un homme et lui demande comment ça se fait. L’homme lui répond qu’il ne sait pas mais que déjà son grand père lui racontait que rien ne poussait ici. Etonné, l’ingénieur se penche, prend de la terre dans sa main et l’étudie, au bout d’un moment, il dit : je ne comprends pas, cette terre a l’air excellent, si on sème ça doit pousser. A ce moment le Corse lui répond : ah je dis pas le contraire, si on sème, ça poussera peut-être, mais nous, ni on ne sème, ni on ne plante !

 

            C’est vrai qu’elles doivent être très rares les terres qui ne produiraient rien si on les ensemençait généreusement. Certaines terres sont plus fertiles que d’autres, c’est vrai ; certaines terres demandent plus d’arrosage que d’autres et il n’y a pas forcément de l’eau disponible partout, c’est vrai. Mais des terres qui, par elles-mêmes ne donnent rien, jamais rien, je ne sais pas si ça existe. Donc si on sème, ça doit pousser ! Finalement c’est exactement la leçon qu’on peut tirer de l’Évangile que nous venons d’entendre. En ce sens, Jésus n’approuve pas l’attitude prêtée au Corse de mon histoire. Il nous redit avec conviction que si on sème, ça poussera et même ça poussera très bien.

 

            Mais, vous l’aurez bien compris, dans ces histoires, Jésus ne parle pas de jardinage, mais d’évangélisation. Il commence en précisant bien qu’il va nous parler du Règne de Dieu. C’est à dire qu’il va nous expliquer que Dieu veut régner de plus en plus dans les cœurs, dans le monde. Autrement dit, Dieu veut que son amour puisse triompher dans nos vies, l’emporter sur tout ce qui risquerait de nous tirer vers le bas. Et, c’est à l’Église que Jésus a confié le soin de faire grandir le Règne de Dieu, c’est à dire que tous les chrétiens reçoivent la mission de devenir des jardiniers du Bon Dieu.

 

            Parvenus à ce point de notre réflexion, mes amis, je voudrais vous annoncer deux nouvelles : une qui est très bonne et l’autre, rassurez-vous, elle ne sera pas du tout mauvaise, mais elle sera engageante !

 

            Alors commençons par la bonne nouvelle. Puisque nous avons à devenir les jardiniers du Bon Dieu qui nous confie le soin de semer largement son amour dans les cœurs, il nous faut prendre quelques conseils auprès des jardiniers expérimentés ! Or, si vous rencontrez un bon jardinier, il vous parlera vite de la qualité de la semence. Aujourd’hui, certains jardiniers ne font plus confiance aux magasins qu’ils suspectent de vendre des semences transformés, dégénérées, alors, ils préparent eux-mêmes leurs semences pour être bien sûrs de ce qu’ils mettront en terre. C’est au niveau de la semence que se situe la bonne nouvelle. Celle que nous fournit Jésus n’est pas frelatée, c’est du 1° choix !

            Elle est tellement extraordinaire cette semence que Jésus n’hésite pas à dire à celui qui serait inquiet du travail que ce jardinage va exiger : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment, d’elle-même, la terre va produire. » Si les Corses correspondent à la caricature que l’on fait d’eux, je crois qu’ils pourront aimer cette parole ! D’où vient cette confiance de Jésus ? Tout simplement de la puissance contenue dans la graine semée, rappelons que c’est l’amour de Dieu qu’il s’agit de semer. Voilà qui devrait nous encourager à répondre sans crainte à la petite annonce que le Bon Dieu ne cesse de publier : cherche jardinier pour semer amour d’une puissance incroyable, très grands rendements possibles.

 

            Venons en à la nouvelle engageante. J’ai dit que c’était à l’Église que le Seigneur avait confié cette mission de semer. Or, mes amis, l’Église, quand on est à Rome, c’est le Pape et les évêques ainsi que les chrétiens qui sont à Rome ; mais l’Église, quand on est à Bellegarde, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous ensemble. Bien sûr, nous tous en communion avec l’évêque et tout le reste de l’Église. Jusqu’à maintenant, je peux vous dire que je n’ai pas reçu de lettre du pape me disant qu’il viendrait passer quelques semaines chez nous pour faire le travail à notre place. Ne comptons sur personne d’autres que sur nous pour remplir la mission que le Seigneur nous confie : répandre l’amour de Dieu dans les cœurs de tous ceux qui habitent notre pays bellegardien. Bien sûr, nous pouvons compter sur le St Esprit qui nous assistera pour ne jamais nous décourager ; bien sûr, nous pouvons compter sur la puissance de la semence qui contient en elle-même une puissance incroyable. Mais encore nous faut-il semer !

 

            Qu’est-ce que ça veut dire semer ? C’est tout simple ! Quand j’annonce une célébration d’éveil à la foi sur les feuilles, c’est en parler aux familles que vous connaissez et qui ont des enfants. Quand je vous solliciterai en septembre pour faire connaître le caté, c’est oser mettre un papier d’invitation dans les boites aux lettres de votre voisinage. C’est aller visiter une famille qui a vécu un deuil et les assurer de votre prière … Nous ne sommes pas en Irak, vous ne risquez pas une décapitation sur la place publique pour avoir osé une telle démarche !

            Je peux vous annoncer encore une nouvelle ! Notre évêque, le père Pascal Roland, depuis qu’il est arrivé dans notre diocèse, a décidé de faire le tour du diocèse en passant une semaine dans chaque groupement paroissial pour faire ce qu’on appelle des visites pastorales. Il viendra chez nous du 4 au 11 avril 2016. Je ne voudrais pas qu’on résume sa visite à l’histoire Corse que je racontais au début. L’évêque va nous demander que nous puissions lui montrer ce qui pousse chez nous. Il ne faudra pas lui dire : oh vous savez, chez nous, il n’y a pas grand chose qui pousse, nos communautés sont petites, fragiles, peu d’enfants au caté, peu de jeunes à l’aumônerie, plus grand monde pour préparer les messes, personne pour préparer les baptêmes avec les prêtres, pas toujours des laïcs pour participer à l’animation des funérailles … Parce que si on lui dit ça, l’évêque, il va regarder attentivement et il nous dira : je ne comprends pas, les cœurs des habitants du bassin bellegardien ne semblent pas différents des cœurs des autres habitants du département. Je ne comprends pas pourquoi ça ne marche pas, si on sème, ça devrait pousser comme ailleurs. Peut-être entendra-t-il alors une réponse : ah si on sème, je dis pas !

 

            Mes amis, le Bon Dieu a besoin de jardinier, les cœurs attendent, la semence est puissante, il ne reste qu’à trouver les semeurs. Après, c’est sûr qu’il faudra quand même s’occuper des cœurs dans lesquels on aura semé la semence si puissante de l’amour de Dieu. Oui, elle poussera toute seule, mais si on n’arrose pas, si on ne désherbe pas, la semence risque d’être étouffée comme le dit une autre parabole. Le renard expliquait au petit prince qu’on devient responsable de celui qu’on apprivoise. On peut dire de la même manière qu’on devient responsable de ce qu’on a semé. Ah, si notre paroisse pouvait se transformer peu à peu grâce à tous ceux qui accepteraient de devenir ces jardiniers du Bon Dieu. J’en suis sûr, si on sème, ici comme ailleurs, ça poussera, c’est sûr, mais encore faut-il qu’on sème !

 

Jardinier