Paroisse Bellegarde

Homélie fête de la Sainte Trinité. Une seule question : dans quoi tu veux plonger ?

            Quand j’étais enfant, comme beaucoup d’enfants, j’aimais beaucoup lire les aventures de Picsou … peut-être justement parce qu’on manquait terriblement de sous dans ma famille ! Et je me rappelle que j’étais toujours assez triste de constater à quel point ce personnage qui avait une fortune si élevée était radin, toujours en train de compter ses sous et jamais désireux de partager, d’être généreux pas même avec les enfants de son neveu Donald les fameux Riri, Fifi et Loulou. Dans la vie de Picsou, telle qu’elle nous était racontée, il y avait quand même quelque chose qui m’amusait particulièrement, c’était de voir que Picsou n’allait pas à la piscine pour se baigner, il entrait dans son gigantesque coffre fort et prenait des bains au milieu de ses pièces d’or. Il y avait même un plongeoir qui lui permettait de profiter encore mieux du bonheur d’être au milieu de ses sous en s’immergeant complètement dans l’or. Je me rappelle que cette image du plongeon dans l’or m’interrogeait quand même, je me disais qu’il devait se faire mal en plongeant dans l’or. Plonger dans l’eau, c’est agréable parce que l’eau s’ouvre pour vous accueillir, mais quand on plonge dans des pièces d’or, c’est pas pareil !

 

            Ça va peut-être vous étonner, mais c’est bien cette image de Picsou plongeant dans ses pièces d’or qui m’est venue à l’esprit quand j’ai médité sur cet évangile. Quand ce genre de choses se produit, je me dis toujours que c’est le St Esprit qui me fait un clin d’œil et qui m’offre une image pour que je puisse vous l’offrir à mon tour dans mon homélie ! Evidemment, je demande ensuite des explications parce que le lien entre Picsou et cet évangile n’est pas immédiat. Assez vite, j’ai compris que c’est pour illustrer la fin de l’évangile que cette image m’était donnée. Jésus donne un ordre à ses apôtres et c’est la dernière consigne qu’il leur donne puisque ce sont les tout derniers versets de l’évangile de Matthieu. La dernière consigne, elle a une valeur toute particulière, c’est un peu comme le Testament de Jésus ; j’oserais presque dire qu’il s’agit de ses dernières volontés, même si ce texte se situe après la résurrection. Et voilà ce que dit Jésus : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. »

 

            Avec tout ça, vous ne voyez encore pas bien le lien avec Picsou, c’est normal, parce que pour voir le lien, il faut connaître le grec. Je ne suis pas un spécialiste mais j’en ai fait au séminaire et je sais que le verbe « baptizein » signifie littéralement plonger. Jésus demande donc à ses apôtres de faire de tous les hommes des disciples en les plongeant dans le nom du Père et du Fils et du St Esprit. Picsou, pour vivre, il avait besoin de plonger dans ses pieces d’or parce que le fric, c’était son milieu naturel et dès qu’il ne baignait plus dans ses pièces d’or, il pensait à elles avec beaucoup de nostalgie en attendant de pouvoir à nouveau les rejoindre. Si Jésus demande à ses apôtres de plonger tous les hommes de toutes les nations en Dieu, c’est parce que Dieu, c’est le milieu naturel des hommes, pas étonnant, puisque c’est Dieu qui les a tous créés. Saint Irénée, le grand évêque de Lyon a expliqué que Dieu a laissé en chaque homme son empreinte.

 

            Vous savez un peu comme un artiste qui signe son tableau ou mieux encore comme un orfèvre qui marque son œuvre d’un poinçon. C’est pour cela que les personnes qui racontent une conversion fulgurante qu’elles ont vécue explique la plupart du temps qu’elles ont beaucoup pleuré et ensuite ressenti un bonheur comme elles n’avaient jamais ressenti. Ça se comprend facilement, imaginez une personne qui retrouve son père après des années de séparation et de galère, quand elle peut, à nouveau, se jeter dans ses bras, elle en pleure de joie et ensuite, elle nage dans le bonheur. A chaque fois, que nous retrouvons le chemin de Dieu, nous nageons dans le bonheur. C’est bien pour cela que Jésus invite ses apôtres à faire de tous les hommes des disciples en les plongeant dans le nom de Dieu, c’est parce qu’il sait que les hommes, quand ils s’éloignent de Dieu ne peuvent pas être heureux. Picsou, loin de son or, il ne vit plus, et si vous en avez assez de ce personnage, prenez l’image d’un poisson que vous retirez de l’eau qui est son milieu naturel, il va mourir très vite.

 

            Dans l’évangile, Jésus résumera sa mission en disant : Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance. Eh bien, Jésus sait parfaitement que loin de Dieu, les hommes ne peuvent être heureux, quand ils se coupent de celui qui est leur source, ils s’asphyxient peu à peu. Et on le voit bien aujourd’hui, plus le monde, dans son ensemble, s’éloigne de Dieu et plus la vie devient difficile. Alors que la plupart des gens ont de plus en plus de moyens de vivre, ils ne sont pourtant pas heureux et comment pourrait-il en être heureux puisqu’ils ont, dans le même temps, de moins en moins de raisons de vivre. Remettez Picsou dans son coffre, il retrouve tout de suite des couleurs ; remettez un poisson dans l’eau, il retrouve immédiatement sa vigueur ; plongez un homme en Dieu et sa vie en est illuminée.

 

            Il y a quelques temps, j’ai vu sur internet une très belle vidéo, on voyait un banc de dauphins qui était en train de s’échouer sur une plage de sable. Je ne sais pas pourquoi, ils arrivaient comme ça sur la plage. Mais dans leur malheur, ils ont eu de la chance car il y avait, sur cette plage, de nombreux baigneurs. Ils se sont tous mobilisés pour remettre les dauphins à l’eau et leur éviter ainsi une mort qui s’annonçait inéluctable. Mes amis, nous mobiliser pour évangéliser, c’est exactement avoir la même attitude que ces baigneurs. Ils sont de plus en plus nombreux ceux qui, parmi les hommes, s’échouent loin de Dieu qui est leur milieu naturel. C’est  vrai que c’est beau, que c’est gentil un dauphin, mais ne devons-nous pas devenir capables d’une mobilisation au moins aussi grande pour sauver tous nos frères en humanité proches de l’asphyxie ? C’est ce que Jésus demandait à ses apôtres, c’est ce qu’il nous demande encore aujourd’hui et ça s’appelle l’évangélisation.

 

            Avec ces histoires de Picsou et de dauphins, vous êtes peut-être inquiets : je n’ai pas parlé de la Trinité que nous fêtons aujourd’hui ! Rassurez-vous, je vais en parler et ça n’aura pas besoin d’être long ! Quand Jésus demande à ses apôtres de plonger tout homme dans le nom de Dieu, il explicite ce nom de Dieu en disant qu’il est Père, Fils et Saint Esprit. Dieu, le Dieu des chrétiens est Amour. Le Père aime le Fils d’un amour sans retenue qui lui rend totalement cet amour qu’il ne cesse de recevoir et cet amour est tellement fort qu’il porte un nom : le St Esprit. C’est pour cela que plonger en Dieu rend la vie et donne tant de bonheur car c’est une plongée dans l’amour infini. Lançons un défi à tous les Picsous de la terre et montrons leur qui sont les plus vivants, qui sont les plus heureux : ceux qui plongent dans leurs coffres forts ou ceux qui plongent dans l’océan d’amour qu’est Dieu dans son mystère trinitaire ?

 

Plonger dans son amour